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Quand parlent les images

 

Les paraboles dans l’évangile de Matthieu

 

Céline Rohmer

pasteur de l’Église protestante unie de France,
docteur en théologie
chargée de cours à la faculté de théologie protestante de Montpellier

 

Ed. Olivétan

168 pages – 15 €

 

 

Recension Gilles Castelnau

 

 

3 décembre 2017

Céline Rohmer publie sous une forme simplifiée sa thèse de doctorat en théologie qu’elle a soutenu sur ce sujet des paraboles de Jésus dans l’évangile de Matthieu.
Dans un langage très clair et vivant, elle nous fait comprendre le genre littéraire des paraboles de Jésus et la manière dont elles fonctionnent dans l’esprit de leurs lecteurs.
Nul doute qu’après avoir lu ce livre très didactique, nous aborderons les paraboles de Jésus de façon plus intelligente.

En voici quelques passages.

 

1

Jésus, héritier d’images

 

Jésus paraboliste hors pair

page 32

La stratégie de communication
Pourquoi utiliser le langage parabolique plutôt qu'un langage littéral qui exprime clairement les choses ? La parabole modifie le rythme habituel de la communication en imposant un travail de maturation supplémentaire. En langage parabolique, le chemin emprunté vaut plus que l'arrivée. L'obscurité du propos s'estompe lentement pour celui qui accepte ce parcours de sens supplémentaire. Au plan de la communication, cette stratégie présente plusieurs intérêts notamment en situation de crise.

La parabole permet de tempérer la violence d'un propos adressé de manière trop directe. Dans l'Ancien Testament, les prophètes utilisent cette ruse pour adresser indirectement leurs reproches au roi. La parabole fait partie de leurs stratégies de communication. On pense au prophète Natan qui choisit prudemment de raconter une parabole au roi David pour lui faire reconnaître ses crimes (2 S 12. 1-4). La parabole lui permet de contourner une situation périlleuse ou le conflit risquerait d'interrompre toute forme de communication.

 

 

2

Le discours en paraboles (Mt 13)

 

Pourquoi Jésus parle-t-il en paraboles ?

page 42

La théorie des paraboles
[...]
Les disciples s'intéressent à ce langage dans la mesure ou ils le croient réservé aux foules, à ceux qui précisément restent silencieux et ne prennent pas position en faveur de Jésus. La réponse de Jésus confirme que les paraboles ont bien un lien avec le refus de certains de recevoir sa parole. Comme l'annonçait le prophète Esaïe (Es 6.9-10) : mépris, rejet et incompréhension apparaissent, voilà pourquoi Jésus leur parle en paraboles (v. 13). Ce langage vient en réponse à un refus - le refus d'Israël - dont Mt cherche à rendre compte dans son évangile. Les paraboles mettent au jour l'aveuglement des uns et l'incompréhension des autres, elles révèlent la séparation en cours entre qui accueille et qui rejette. Si Mt ne lève jamais le voile sur l'identité des deux camps en présence, il n'empêche qu'un terrible fossé se creuse entre les ivraies d'une part et les belles semences de l'autre.

La réponse de Jésus aux disciples exacerbe les positions en jeu dans ce discours. Plus Jésus décrit les corps raidis et empêchés de recevoir la parole, plus il valorise les oreilles qui entendent et les yeux qui voient. La réponse de Jésus ne désigne pas de coupables, elle ne jette pas l'opprobre sur tel ou tel personnage et encore moins sur un groupe en présence. Elle valorise les yeux qui voient et les oreilles qui entendent au point de prononcer une nouvelle béatitude (v. 16).

 

Le pacte parabolique

page 68
[...]
Le pacte stipule une prise de risques. Du côté du paraboliste, le risque encouru est d'échouer à faire entendre les mystères du Royaume. La figure des foules l'atteste. La parole peut se perdre et ne jamais trouver preneur. Certains ont même désiré voir et n'ont pas vu (v. 17). Il ne suffit pas de le désirer. La parabole se propose comme un don - libre et gratuit - et c'est ainsi que la parabole attend d'être accueillie. Elle se ferme à celui qui croit déjà savoir. Elle reste muette à celui qui refuse de cheminer. 0n ne peut que se risquer aux paraboles. On vagabonde d'images en images, en quête d'un Royaume donné sans savoir comment, surabondant sans savoir pour qui, déjà là sans savoir où, imminent sans savoir quand. Les paraboles dégagent des chemins qui ne s'empruntent qu'à nos risques et périls. Elles rendent vulnérables ceux qui veulent connaître, elles déstabilisent ceux qui veulent posséder. Le discours en paraboles l'affirme : l'oreille qui entend la parole a abandonné toute prétention à la maîtrise, les yeux qui la voient se sont fermés au pouvoir, le cœur qui la comprend a renoncé à bâtir son propre royaume. Bienheureux le corps qu'elle traversera (v. 16)

 

 

3
La compréhension en crise (Mt 18 ; Mt 20-22)

 

Les paraboles enseignent
[...]
page 84

encadré : La brebis des Pères de l'Eglise
La parabole de la brebis égarée a été comprise de bien des manières. Les premières interprétations, de nature allégorique, sont l'œuvre des Pères de l'Église et ont profondément influencé les lectures suivantes. lrénée de Lyon (2siècle) reconnaît derrière l'image du berger, le Logos (ou Verbe) incarné. La descente des montagnes vers la brebis égarée est relue comme l'allégorie du mouvement même de l'incarnation. Cette version de la parabole lui sert notamment à lutter contre l'influence du gnosticisme. Origène (2e/3e siècle), considéré comme le père de l'exégèse biblique, défend une interprétation équivalente du berger qui descend de la montagne vers une humanité égarée. La dimension parénétique de sa lecture est également reprise par ses successeurs et perdure jusqu'à la période dite « moderne » de l'exégèse. Ainsi, nous lui devons une association quasi immédiate entre le personnage du « bon » berger et le pasteur, guide des fidèles, appelé à imiter ce comportement bienveillant. Jérôme (4e/5e siècle), traducteur et commentateur éminent de la Bible, prolonge la lecture allégorique en devinant derrière la brebis égarée, pas uniquement le pécheur mais l'ensemble du genre humain.

L'histoire de l'interprétation donne un aperçu des richesses que, dès les premières lectures, les hommes ont su saisir à travers cette parabole. Elle a servi tour à tour d'argument, de modèle ecclésial et de catéchèse mais son langage la préserve - aujourd'hui encore - de l'enfermement en un sens unique et définitif invitant davantage à laisser ses images agir qu'à transmettre un contenu.

 


4
question de vie ou de mort (Mt 24-25

 

Être ou ne pas être… là ! (25.1-13)

page 144

Une dernière surprise nous est réservée au v. 13. L'exhortation finale conclut par un appel à la vigilance : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure ». Quelle drôle de conclusion pour notre histoire ! Aucun personnage n'a veillé. Compte tenu du retard, toutes les jeunes filles se sont légitimement endormies et leur sommeil ne leur a même pas porté préjudice. Le décalage entre la sentence finale et la parabole contraint donc à relire autrement l'histoire sans chercher une figure-modèle du veilleur. Que peut signifier ici veiller ? Le seul événement qui survient véritablement à l'improviste est le cri dans la nuit (v. 6). L'exhortation finale, amputée de sa dernière partie (cf. 24.42), renvoie moins à la venue de l'époux qu'à l'appel impérieux : Sortez à la rencontre ! Le paraboliste insiste, il n'y a pas de modèle comportemental à retenir dans cette histoire. Il y a l'appel adressé à chacun en dehors de ses qualités. Bien avisé celui qui lui répondra en prenant la route à la rencontre du Christ. La grande scène finale du jugement dernier précisera comment le fidèle rencontre le Christ ici et maintenant (25.35-36). En attendant, l'auditeur est ramené à l'événement fondateur de sa foi dont Dieu a été à l'initiative. Veiller consiste pour lui à se tenir sur le qui-vive, au sens , étymologique de l'expression, c'est-à-dire se tenir vivant.

 

Conclusion

Au risque des paraboles

page 159

Mt a confié aux paraboles de Jésus des préoccupations qui apparaissaient essentielles à sa communauté. Il leur a confié de rendre compte du rejet des autorités juives, de parler de la présence agissante de Dieu dans l'existence du croyant. Mt a misé sur leur langage de révélation pour accompagner sa communauté au plus près de la réalité et l'ouvrir à la nouveauté de sa mission. Il a reconnu en elles le moyen d'exprimer ce qui ne pouvait l'être dans un langage univoque : le désir d'une rencontre. Les paraboles selon Mt portent encore le sujet qui les anime, tendues vers celui qui écoute.

La mise par écrit n'a pas tué celle qui vénère l'oralité. Indissociablement liée à Jésus, la parabole s'en fait le porte-voix et proclame sa parole pleine d'une intention pour celui qui écoute. Elle n'est pas une parole de pouvoir, elle est le pouvoir de la parole - capable de montrer en images la réalité telle qu'elle est et sera. Elle ne pratique pas la langue de bois qui parle pour ne rien dire, elle amplifie le cri venu de plus haut et de plus loin. Ce cri réveille, redresse et envoie pour faire parvenir chacun à l'humaine existence devant Dieu. La parabole est porteuse d'un changement profond promis à l'existence humaine. Tendre l'oreille, c'est déjà comprendre qu'elle nous réclame. Entrouvrir les yeux, c'est déjà apercevoir la joie qui l'anime. Ouvrir le cœur, c'est oser la rencontre bouleversante. A nos risques et périls.

 

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