#MONOTHÉISTES

Par

La commune vocation de l’Église chrétienne, du judaïsme et de l’islam au cœur de l’humanité

Gérard Siegwalt est un ancien professeur à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg

Ed. Olivétan

132 pages – 12 €

recension Gilles Castelnau

Le professeur Gérard Siegwalt consacre la première moitié de son livre à l’Église chrétienne, dont il montre que la vocation d’amour est à vivre non seulement au plan des relations individuelles mais aussi et surtout sur les plans sociaux et politiques de la société.

Il part ensuite du principe que c’est au même Dieu unique que se rattachent les fidèles des religions juive, chrétienne et musulmane, quelle que soit l’appellation qu’ils lui donnent dans leurs divers livres sacrés. Et ce monothéisme doit – devrait – créer un mouvement d’unité commune et de compréhension réciproque.

Le lecteur intéressé devra traverser le style volontiers abstrait des théologiens germaniques pour pénétrer dans la compréhension profonde de ce que représente le monothéisme dont le professeur Siegwalt nous fait mesurer l’importance.

Les nombreux sous-titres opportunément ajoutés par Corinne Égasse facilitent bien la lecture et soulignent la diversité et la progression de la réflexion.

En voici des passages.

1
L’Église et les chrétiens et chrétiennes 
dans leur incarnation au cœur 
de la réalité humaine empirique

1.3 Dans l’espace existentiel – social – des relations personnelles du voisinage à la nation

1.3.1. Voisinage 

Voisinage local, de maison, de rue, de village, de quartier. C’est un voisinage de destin, on ne le choisit normalement pas, il est le plus souvent donné comme une réalité soit passivement à subir, soit pragmatiquement à faire avec et à gérer, soit constructivement à habiter, selon ce qui est possible à chacun. Il est cependant capital d’avoir conscience qu’il s’agit en tout état de cause de personnes : de femmes, d’hommes, d’enfants, de jeunes, de vieux, de familles…

[…]

1.4 À l’horizon existentiel des peuples de la terre et de notre planète

Relations macrolongues par rapport à celles, microlongues en comparaison, de la nation. Mais relations existentielles elles aussi, tant le plus proche est relié au plus lointain et l’un dépend-il de l’autre. C’est vrai sous tous rapports, et seuls l’égocentrisme, le petit-régionalisme, le nationalisme, s’il y a lieu le fédéralisme absolutisé de plusieurs nations, ou encore le continent-centrisme d’un côté, l’anthropocentrisme de l’autre côté peuvent l’ignorer ou le nier, par aveuglement, inculture et absence de pensée. 

1.5  Sous la poussée existentielle permanente du travail intérieur de la transcendance vers un au-delà d’accomplissement
La foi, c’est la puissance de la transcendance en nous, et la vocation est de faire fond sur elle : c’est cela la vocation de l’Église et des chrétiens et chrétiennes. Elle est toujours vocation d’un au-delà, non pas d’un au-delà au-dessus et en dehors du réel mais dans et à travers le réel ; elle est, dans le réel, l’appel à ne pas l’enfermer sur lui-même, parce que l’horizon du réel est percé, que le royaume de Dieu est déjà à l’œuvre ici et maintenant, fût-ce dans et à travers les ruines de ce monde.

2. 
L’Église et les chrétiens et chrétiennes selon leur foi commune 
avec les deux autres religions abrahamiques : 
le monothéisme

2.2 La communion de foi monothéiste entre les religions bibliques et l’islam

2.2.4. La signification du monothéisme


2) Le monothéisme est l’unification du réel et de l’humanité, dans toute leur diversité incompressible, en Dieu. Il implique un holisme, non d’uniformisation mais de différenciation, de respect de la diversité constitutive du réel et de l’humanité, un respect fondé dans la référence de ceux-ci à leur fondement et leur finalité en Dieu.

 Il en résulte ceci : les trois religions monothéistes, en tant que référées au Dieu vivant qu’est le Dieu un et unique – « branchées » si on peut dire sur lui -, sont référées par là même au tout du réel, auquel le Dieu un et unique est référé. Double référence constitutive de la foi ainsi comprise : à Dieu lui-même et au tout du réel dont il est le Dieu. Cela implique qu’aucune des trois religions n’est là pour elle-même, mais qu’elle est là dans et à travers la particularité historique et culturelle pleinement – et critiquement – assumée de chacune d’elles. Sur la 

base de leur fondement commun et de la signification de celui-ci, elles sont là pour le bien commun.

3.
L’Église et les chrétiens et chrétiennes selon leur foi spécifique 
en Dieu comme Père et comme Fils et comme Saint-Esprit : 
le monothéisme trinitaire

3.2. La compréhension trinitaire de Dieu représente un réel enrichissement du monothéisme et donc du Shema Israël
3.2.2 Extra nos, pro nobis, in nobis

Ensuite, en quoi consiste cet enrichissement, ce déploiement de la compréhension monothéiste de Dieu ? On peut le dire par trois expressions latines : extra nos, pro nobis, in nobis.

Extra nos : Dieu est « hors de nous », au-dessus de sa création. Il est le Créateur, il est le Rédempteur, le Sauveur, et comme tel il est le Tout-Autre, le transcendant. À jamais il dépasse -transcende – sa création et notre humanité. « Dieu est au ciel et nous sommes sur terr », dit l’Ecclésiaste (Qoheleth 5.1). Autrement dit, il est l’origine et la fin transcendantes de tout. Extra nos transcendance de Dieu.

Pro nobis : pour nous. Le Dieu extra nos ne reste pas extra nos, hors de nous. Il est le Créateur et le Rédempteur, c’est-à-dire il se manifeste hors de lui. Il est tourné vers l’immanence de notre univers et de l’humanité, dont il est précisément le Créateur et le Rédempteur. Nous l’avons vu en évoquant le prologue de Jean, lequel est appuyé par bien d’autres passages du Nouveau Testament : le Dieu transcendant (extra nos) est tourné vers nous en Jésus Christ, comme Sauveur ou Rédempteur, mais il est tourné vers nous, dans le même Logos, le même Christ, déjà comme Créateur. Le Christ est pour ainsi dire le visage du Dieu transcendant : il révèle le Père, dit le Nouveau Testament. Pro nobis : immanence de Dieu.

In nobis : en nous. Le Dieu extra nos ne reste pas hors de nous. Lui, le Père transcendant, devient immanent – pro nobis – comme Créateur et Rédempteur dans le Fils. Le Fils, qui est le visage de Dieu pour nous, est en nous – in nobis – dans le Saint-Esprit, qui est par conséquent la manière d’être présente de Dieu, pas seulement dans les êtres humains mais dans toute la création. Il habite en nous, dit saint Paul ; !’Esprit de Dieu emplit l’univers, dit l’Ancien Testament (Sagesse 1.7). In nobis présence de Dieu.

4. 
L’Église et les chrétiens et chrétiennes ainsi que les deux autres religions abrahamiques et leurs adeptes, renvoyés à la foi commune monothéiste dans le Dieu vivant comme au fondement de son actualité au sein de la société et du monde : 
aller à la source

4.2 La portée pour la société et le monde de la confession de foi monothéiste en tant que commune aux trois religions monothéistes

4.2.3 Portée humaine

La portée humaine a été évoquée à propos de l’analogie humaine – anthropologique – de la trinité. Cela signifie : tu n’es pas réductible à tel aspect de toi-même, à tel trait de caractère, aussi à telle étiquette qu’on te colle ou que tu te colles à toi-même. Tu es un mystère, par lequel tu participes à Dieu, tu es un être de relation, donc tu es plus grand que toi dans ta réduction à toi, tu es esprit, âme et corps. « Lhomme passe l’homme », dit Blaise Pascal : utilise donc ta vie à explorer ton humanité, les relations dans lesquelles elle te place, le monde dans lequel tu es placé, et la réalité de Dieu telle qu’elle advient en tout cela comme réalité de libération, de signification, d’orientation !

4.3.1 Une éthique pour la vie

Il ne saurait être question d’exemplifier ici l’affirmation faite, même si les différents aspects de l’existence humaine tels que « couverts » par les dix commandements mériteraient d’être repris un à un, plus particulièrement ceux de la deuxième table qui sont proprement éthiques. La problématique inter-générationnelle, le respect de la vie ; la sexualité, le mariage et la tentation y liée ; la propriété, la justice et la solidarité ; la vérité dans les relations interhumaines et le mensonge ; la tentation de la non-acceptation de la propre finitude et l’abus de pouvoir… Quelle actualité dans chacun de ces commandements ! 

4.3.2. Une éthique fondée sur la relation à Dieu

Si les religions, au lieu d’être d’abord et fondamentalement des religions de la grâce, sont d’abord des religions des œuvres, si par conséquent elles en appellent à l’effort humain sans fonder celui-ci dans la grâce, sans voir que l’œuvre est un fruit de la grâce, elles inversent leur sens et se pervertissent. Elles deviennent des codes de morale et vite des conformismes religieux, au lieu d’être des fontaines, des sources donc, des points de ressourcement, où se « reposer » dans notre être de marcheurs, de voyageurs, de pèlerins, sur un chemin qui est celui de la vie, de la possibilité et capacité, de la force de vivre et donc aussi de l’endurance, de l’espérance, de la joie. 

[…]
Il y a toujours une bénédiction dans le fait de « pratiquer » les commandements, également ceux-là qui consistent à nous « souvenir », ou « faire mémoire » de Dieu, comme l’expriment nos différentes Écritures : un Dieu fondamentalement de grâce, de miséricorde, un Dieu qui n’est pas perverti par quelque idolâtrie que ce soit, un Dieu à invoquer, à prier, un Dieu à célébrer en communauté. Ces pratiques religieuses, personnelles et communautaires, lorsqu’elles sont vécues selon la vérité (celle de l’esprit de vie, et là le discernement est toujours de mise), sont des « espaces-temps » essentiels pour la foi comme relation à Dieu et, de ce fait, comme renouvellement de la vie dans tous ses aspects, aussi éthiques. Ces pratiques, à la longue, nous enracinent en Dieu en nous conformant à lui.

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