
La résurrection de Jésus-Christ ne relève pas, pour Gerhard Ebeling, d’un surnaturel spectaculaire qu’il faudrait démontrer. Elle est avant tout un événement de foi, qui advient dans la rencontre avec la Parole de l’Évangile. Contre les lectures littéralistes qui veulent fonder la foi sur le tombeau vide ou sur les apparitions du Ressuscité, Ebeling affirme que le Christ ressuscité se donne aujourd’hui dans la prédication qui transforme l’existence.
Quand la foi cesse de chercher des preuves
Depuis des siècles, une partie du christianisme s’efforce de défendre la Résurrection comme un fait historique objectivement démontrable. On cherche à expliquer comment le corps de Jésus a quitté le tombeau, à établir la crédibilité des récits d’apparitions ou à montrer que la foi repose sur la certitude d’un événement passé.
Pour Ebeling, cette démarche passe à côté de l’essentiel. Plus la foi ressent le besoin de s’appuyer sur des preuves, plus elle risque de perdre ce qui fait sa véritable nature.
La résurrection n’est pas d’abord un fait à démontrer, mais une parole à accueillir. Le Christ ressuscité n’est pas rencontré dans la reconstitution d’un événement ancien, mais dans l’annonce actuelle de l’Évangile, où le Crucifié devient pour nous le Vivant.
La résurrection comme événement de la Parole
Ebeling ne nie nullement la résurrection. Il en déplace le lieu et la signification.
La résurrection est un événement de parole. Elle se produit lorsque l’Évangile rejoint une existence, ouvre un avenir, libère de la culpabilité et suscite la confiance. Le Ressuscité est le Christ annoncé, celui qui devient présent dans la prédication et dans la foi qu’elle fait naître.
Croire à la résurrection ne consiste donc pas principalement à adhérer à un événement du passé, mais à faire aujourd’hui l’expérience que Dieu dit « oui » à Jésus crucifié, et qu’à travers lui ce même « oui » est adressé à tout être humain.
La résurrection devient alors l’événement par lequel le pécheur est justifié, l’homme relevé de son désespoir et rendu libre d’espérer malgré la mort.
Contre les impasses du fondamentalisme
Les lectures fondamentalistes font souvent de la résurrection une condition préalable à la foi : il faudrait croire à la matérialité du tombeau vide ou aux apparitions telles que les racontent les Évangiles pour appartenir à l’Église.
Ebeling refuse cette manière de poser le problème.
La foi chrétienne ne consiste pas à donner son assentiment à un récit miraculeux, mais à accueillir une parole qui transforme l’existence. Ce qui fonde l’Église n’est pas la démonstration d’un miracle ancien, mais l’action actuelle de la Parole qui relève l’homme de sa peur et l’appelle à une vie nouvelle.
Une parole qui relève aujourd’hui
Disciple critique de Rudolf Bultmann et profondément marqué par Martin Luther, Ebeling affirme que Dieu se communique avant tout dans sa Parole.
Ce qui fait vivre le croyant n’est pas une preuve historique ou archéologique, mais l’expérience d’être accueilli, justifié et aimé malgré sa fragilité. Le croyant ressuscité est celui qui, en entendant l’Évangile, retrouve la force de se tenir debout.
Croire en la résurrection, ce n’est donc pas d’abord croire que Jésus est sorti physiquement de son tombeau. C’est croire que Dieu a définitivement confirmé la vie, le message et la mission de Jésus, et qu’en lui une parole de vie continue aujourd’hui de rejoindre les femmes et les hommes.
Conclusion
Ne cherchons pas à sauver la foi en l’appuyant sur des preuves. La foi ne se démontre pas : elle se reçoit et s’éprouve.
La résurrection n’est pas d’abord un miracle appartenant au passé ; elle est la présence actuelle du Christ dans la Parole qui nous rejoint. Elle ne démontre pas l’existence de Dieu : elle ouvre un avenir, suscite une liberté nouvelle et remet l’être humain debout. C’est dans cette expérience vivante que le Christ se donne comme le Vivant.
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* Gerhard Ebeling (né le 6 juillet 1912 à Berlin et mort le 30 septembre 2001 à Zurich) est un philosophe et théologien luthérien allemand, disciple de Rudolf Bultmann. Avec Ernst Fuchs (autre élève de Bultmann), Ebeling influence toute la « théologie herméneutique » du XXe siècle. Professeur de théologie à l’université de Tübingen et à l’université de Zurich, il fait partie de la mouvance des Quêtes du Jésus historique.
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