Marc 1.4-13
Jean parut, baptisant dans le désert, et prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés. Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui et, confessant leurs péchés, ils se faisaient baptiser par lui dans la rivière du Jourdain.
Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
En ce temps-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.
Au moment où il sortait de l’eau, il vit les cieux s’ouvrir, et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Et une voix fit entendre des cieux ces paroles : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis toute mon affection. » Aussitôt, l’Esprit poussa Jésus dans le désert, où il passa quarante jours,
tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
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Jésus l’homme du désert
Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient
La manière dont les évangélistes commencent leur récit révèle le sens qu’ils vont y mettre.
Matthieu commence son évangile par une généalogie montrant que Jésus descend en ligne directe d’Abraham, du roi David et de tous les rois d’Israël ce qui lui donne une légitimité que l’on retrouve un peu plus loin lorsqu’il dit : « vous avez entendu qu’il a été dit… mais moi je vous dis… ».
Luc commence avec la présence surnaturelle du Ciel sur la terre manifestée par l’apparition d’anges annonçant les naissances miraculeuses de Jean-Baptiste et de Marie puis saluant celle de Jésus. Présence surnaturelle que l’on retrouve dans les guérisons de Jésus que Luc appelle des « actes de puissance ».
Jean commence par la « Parole » créatrice active dès le commencement du monde, incarnée en Jésus et à l’œuvre en tous les hommes.
Marc, quant à lui, nous présente Jésus entrant dans la ville de Capernaüm en provenant du désert. Jésus, l’homme du désert qui était avec les bêtes sauvages, avec Satan et que servaient les anges, qui entre maintenant en contact avec les premiers disciples, puis avec la ville de Capernaüm.
Marc écrit cela à Rome en l’an 70 ou à peu près, nous disent les biblistes. (Le professeur Vouga penche plutôt pour la ville de Syracuse et pense que l’évangéliste Marc était une femme)
A Rome, à cette époque, on ne lisait dans l’église que les épitres de Paul et la Première de Pierre. C’était bien mais souvent difficile à comprendre et un peu abstrait. Alors Marc les a transcrites sous forme de récits, à la manière juive.
Quand Paul écrivait : « à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l’Eglise et en Jésus-Christ », Marc écrivait : c’est comme un paralysé à qui Jésus dit : « lève-toi et marche », et à qui il dit, sans attendre le Yom Kippour où l’on se repent de ses péchés pour être pardonné, « tes péchés sont pardonné ». C’est la même chose mais on comprend mieux.
Alors, écrit Marc aux Romains, Jésus est l’homme du désert qui était avec les bêtes sauvages, avec Satan et que les anges servaient.
L’homme du désert à Rome. Rome, un million d’habitants, l’animation insensée des
commerçants, des fonctionnaires, des esclaves, des étrangers de toutes sortes. La construction du splendide Colisée. Des temples partout (les Romains n’étaient pas très religieux mais ils étaient pratiquants !). Choc du Fils de Dieu venant du désert dans notre ville !
Jésus qui regardait les gens de la ville avec le regard d’un homme du désert.
Au désert on ne regarde pas la réussite professionnelle ou familiale des gens, leur niveau de vie ou quels codes ils respectent. On ne regarde pas la religion, la couleur de la peau la place dans la société.
On regarde si l’homme a faim ou soif, s’il a de l’eau dans sa gourde, si la fatigue l’empêche de marcher, s’il a une couverture pour la nuit. S’il peut vivre, lui et ses compagnons.
La « bonne nouvelle » qu’apporte Jésus, dit Marc, est le regard de Dieu sur nous, le même regard que nous sommes appelés à avoir les uns sur les autres, indépendant de nos certitudes, de nos idées reçues, de nos rites, de nos idéaux.
Le regard que Jésus porte ensuite sur le paralysé est libérateur et créateur : alors que le pardon est, selon la loi de Moise, exige une réelle repentance et n’est annoncé que le jour du Kippour, et que la guérison exige au moins une demande de foi, Jésus qui vient du désert se libère de ces règles et sa parole ouvre l’homme à une vie nouvelle, où il va même partager le repas des collecteurs d’impôts et des autres pécheurs, en souriant enfant de Dieu.
Il en est de même ensuite pour les disciples qui « moissonnent » et mangent des épis de blé ce qui est interdit le jour du sabbat, accueille le centurion romain pourtant égtranger au peuple de Dieu.
• Paul disait : « n’étouffez pas l’Esprit ». Marc traduit : l’esprit de Jésus est le libre souffle du désert.
Eido Tai Shimano, maître zen japonais
L’autre jour, je marchais le long du fleuve. […] J’ai soudain pris conscience du soleil qui brillait à travers les arbres, de sa chaleur, de sa lumière et du caractère entièrement libre et complètement gratuit de tout cela. J’ai réalisé que tout ce qui comptait : m’incliner, m’incliner profondément. »
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