
La foi chrétienne dans la culture contemporaine
Christine Fontaine
238 pages – 15 €
Recension Gilles Castelnau
Christine Fontaine est une femme catholique, chrétienne convaincue. Théologienne dans la mesure où, dans les paroisses qui ont été les siennes, elle s’est impliquée de toutes son intelligence à comprendre le message du Christ pour notre monde tel qu’il est et tel que Dieu l’aime.
Avec les autres paroissiens, elle a lu attentivement la Bible, elle a cherché à comprendre pourquoi et comment les autorités de l’Église en ont tiré les règlements ecclésiastiques actuels et dans quelle mesure ceux-ci pourraient être modernisés tout en étant fidèles aux traditions séculaires issues du passé.
Bien que femme, elle a pu, pendant des années, prêcher la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, cinq fois par jour aux homélies de sa paroisse, en alternance avec le prêtre ordonné. Elle a pu, pendant toutes ces années, constater la difficulté des fidèles d’aujourd’hui de faire le lien entre les affirmations heureuses des Évangiles et les règlements étroits et souvent incompréhensibles promus par les autorités ecclésiastiques.
Avec l’aide de trois condisciples – mais beaucoup d’autres s’impliquaient spirituellement avec eux – elle a rédigé cet important volume : 10 chapitres en 237 pages écrites serré où elle reprend tous les sujets qui font problème pour les catholiques d’aujourd’hui, leur origine, leur signification, la manière dont – tout e demeurant catholique – on peut les comprendre à nouveau.
Heureux seront ceux qui auront eu le courage de partager sa réflexion, de découvrir les raisons historiques des règlements ecclésiastiques de réfléchir à nouveau à ces grandes questions fondamentales et d’essayer de s’y engager dans la pensée actuelle de nos contemporains.
En voici quelques passages :
Avant-propos
Présentation du livre
Les églises n’ont cessé de se vider silencieusement. La hiérarchie catholique attribue cette désaffection au phénomène de sécularisation qui caractérise la société. C’est sûrement vrai mais en partie seulement. Elle ne veut toujours pas voir qu’un grand nombre de croyants cessent toute pratique religieuse non pas parce qu’ils ne sont plus croyants mais précisément parce qu’ils le sont. Elle ne veut pas voir non plus le profond malaise – pour ne pas dire la grande souffrance – de certains clercs et laïcs qui demeurent fidèles à une institution dans laquelle ils ne trouvent plus leur place.
[…]
Pour la hiérarchie catholique – ainsi que pour un grand nombre de catholiques – ce sont les dogmes, la morale et les sacrements qui permettent de faire l’unité de l’Église. Le fait qu’ils ne signifient plus rien pour une grande partie des baptisés est souvent considéré comme un malheur qui conduirait à la ruine de l’Église si l’on n’y remédiait pas. Nous le considérons comme une chance. La chance de retrouver l’esprit qui circule entre les disciples de Jésus-Christ et qui peut s’incarner sous des formes différentes.
[…]
Présentation du travail commun
Il est, selon nous, bien plus fondamental de se reconnaître disciples de Jésus-Christ – chrétiens – que catholiques, protestants, orthodoxes, ou d’une autre confession chrétienne. Il est vrai que nous nous sentons souvent plus proches de certains protestants que de beaucoup de catholiques pratiquants. Mais il n’en est pas moins vrai que nous sommes tous les quatre issus de l’Église catholique romaine.
L’intérêt fondateur en christianisme
Jésus s’est-il sacrifié pour nous ?
À quoi reconnaît-on un croyant ? La foi chrétienne ne s’exprime ni par des sacrifices, ni dans des dogmes ni dans une morale mais dans une certaine manière de se comporter en humanité. Au cours de son dernier repas, dans l’évangile de Jean, Jésus – après avoir lavé les pieds de ses amis – leur déclare : « Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous » (Jn 13, 14-15).
Se laver mutuellement les pieds consiste à s’incliner les uns devant les autres. Se mettre au pied d’un autre, c’est se placer plus bas que lui.
Vivre dans la foi, une déprise
La perversion en christianisme
Le problème n’est pas qu’il existe des pervers parmi les clercs dans l’Église catholique comme il y en a ailleurs. La véritable question est de savoir jusqu’à quel point le système ecclésial, en lui-même, non seulement ne fait pas obstacle à cette perversion, mais peut aller jusqu’à l’autoriser. Dans la mesure où le commandement d’amour fraternel – d’écoute mutuelle – n’est plus le seul commandement de droit divin, toute emprise des uns sur les autres peut devenir la règle… au nom de Dieu. Le fait qu’il y ait des hommes mis à part pour donner Dieu aux autres peut devenir la clef de voûte d’un système de domination des uns sur les autres. Comme ce système se présente ordonné à Dieu par la volonté de Dieu lui-même, il est difficile – voire impossible pour certains croyants – de le contester.
La Sainte famille
Le mythe de la Vierge-Mère n’est pas propre au christianisme. On en trouve de nombreux exemples dans l’histoire qui le précède. À l’origine de l’Église, les évangiles de Matthieu et de Luc sont les seuls à raconter la naissance virginale de Jésus. Il n’en est pas question chez Marc et Jean, ni dans les épîtres de Paul dont certaines précèdent la rédaction des évangiles. Qu’une Vierge soit mère n’a rien d’original. L’originalité des récits de Matthieu et de Luc procède de la lecture des origines de Jésus que font ceux qui, après sa résurrection, vivent dans son Esprit.
[…]
L’Église catholique ou la Sainte Famille de Dieu »
Est-il besoin de rappeler que Jésus n’est pas né dans une famille de prélats mais à Nazareth, une ville qui n’avait pas bonne réputation ? « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1.46), dira un jour Nathanaël. Marie ne ressemble guère à cette femme grandiose que l’on encense sur les autels. C’est une petite gamine de rien du tout qui est suffisamment consciente de ses limites pour ne pas craindre d’être dépassée par ce qui lui arrive. On ne sait pas grand-chose de Joseph si ce n’est qu’il est charpentier : « N’est il pas le fils du charpentier ? » (Mt 13,55) dira-t-on de Jésus. La charpente est un bon métier. Jésus est né dans une famille modeste qui ressemble à n’importe quelle autre. Gageons qu’il choisit encore cette vie cachée pour renaître aujourd’hui.
Le Corps du Christ l’Église
Qui est dedans, qui est dehors ?
Si Paul semonce les Corinthiens, il n’en vient pas pour autant à exclure certains de la communion au pain et au vin. Il les invite simplement à faire la vérité sur les relations qui circulent entre eux. Jésus, lors de première Cène a lavé les pieds de Judas et a partagé le pain avec lui autant qu’avec les autres. À la suite je Jésus, Paul refuse d’adopter la position du Maître ou Seigneur par qui la Loi s’imposerait aux autres et qui exclurait ceux qui ne s’y soumettraient pas. « Ceux que Dieu a établis dans l’Église, écrit-il, sont premièrement les apôtres » (1 Co 12,28b). L’autorité que Paul a sur les Corinthiens en qualité d’apôtre ne peut être celle d’un Seigneur qui commande en Maître. Elle ne peut s’exercer qu’en renvoyant chacun à son propre discernement. « Que chacun s’éprouve soi-même… » leur dit-il (I Co 11.28a)
Le temple de Dieu, c’est vous
La loi intouchable a touché ses limites
Les marques sur le corps de Jésus ressuscité discréditent à tout jamais la hiérarchie qui les a infligées. Et, dans le même mouvement, elles révèlent que la Loi Intouchable, enfermée dans le Saint des Saints, a touché ses limites. Les Pharisiens, scribes et hiérarques n’ont pas reconnu en Jésus l’envoyé de Dieu que les prophètes annonçaient, car la Force de Vie qui l’animait le poussait constamment – non pas à abolir la Loi – mais à l’accomplir en la dépassant. Pour les disciples du Christ, un unique commandement demeure de « droit divin » ou « sacré » : celui de s’aimer les uns les autres comme lui-même les a aimés. Cet ultime commandement excède tous les autres. Il en supprime le caractère immuable.
Un sacré désordre dans l’Église
La coexistence de deux systèmes contradictoires
Ainsi, dans l’Église catholique, n’y a-t-il plus ni Juifs ni Grecs, ni hommes ni femmes, ni esclaves ni hommes libres mais il y a des clercs et des laïcs. La différence entre les uns et les autres réside en ce que le pouvoir de donner la vie de Dieu – en particulier dans les sacrements – est réservé aux clercs. Les autres ont le pouvoir – et même le devoir – de la recevoir mais il leur est interdit de la donner. Sans prêtres le lien avec la Source de Vie est rompu : sans prêtre, c’est la mort ! Non pas la mort physique – car nous ne sommes plus au temps de l’Inquisition – mais celle de l’âme, ce qui est pire pour un croyant. […] D’où la formule constamment répétée et intériorisée par nombre de catholique : « On ne peut pas faire d’Église sans prêtre ». S’il en est ainsi, mieux vaut un mauvais prêtre que pas de prêtre du tout.
[…]
« Pas en mon nom ! », leur dira Jésus-Christ quand viendra le Jour du jugement dernier… Mais, en attendant, souvenons-nous que selon la plus pure tradition catholique, si les sacrements sont la voie normale, Dieu peut passer par d’autres chemins. Selon l’adage scolastique, « Deus non alligatur sacramentis » c’est-à-dire « Dieu n’est pas lié par les sacrements ». L’expression est issue de la théologie médiévale. Elle a sa source dans la Somme théologique de Thomas d’Aquin qui écrit : « Dieu n’a pas lié sa puissance aux sacrements, de telle manière qu’il ne puisse pas conférer la grâce sans eux. »
Épilogue
L’odeur de Dieu et la parabole des algues vertes
Parmi les croyants issus de l’Église catholique, certains refusent de continuer à dire « Dieu » tant son Nom a été frelaté quand d’autres continuent à l’appeler sans plus savoir où le trouver. Mais il y a aussi tous ceux qui refusent d’être ébranlés et voient, dans ce qui se passe aujourd’hui, la confirmation de ce que l’Église catholique a toujours été : le lieu où Dieu se dit et se donne à condition d’être fidèles aux successeurs de Pierre et des apôtres.
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