Michel Leconte
-
Le dynamisme créateur du Christ
On peut décrire Jésus, historiquement et existentiellement, comme une figure de dynamisme créateur au sens fort : non pas un fondateur de système, ni un conservateur d’héritage religieux, mais un homme qui introduit dans son monde une énergie de transformation — symbolique, sociale et intérieure — qui rompt avec les fixités et ouvre des possibles inédits. D’abord, son Lire la suite
-
La résurrection : traversée symbolique du fantasme d’immortalité
La résurrection ne peut plus être pensée aujourd’hui comme une simple réanimation d’un cadavre ni comme la preuve spectaculaire de la divinité du Christ. Une telle lecture, outre qu’elle entre en concurrence inutile avec les savoirs scientifiques, risque de fonctionner comme un mécanisme de défense contre l’angoisse fondamentale de la mort. Si l’on prend au Lire la suite
-
La parabole des talents
La parabole des talents (Mt 24, 14-30) me touche moins comme un appel à la performance que comme une scène décisive de séparation. Un homme part. Il confie. Il s’absente. Ce retrait est la condition même de la liberté. Le maître ne surveille pas, il ne prescrit pas la méthode, il ne fixe pas d’objectifs. Il Lire la suite
-
Plaidoyer pour le droit de choisir sa mort
Je viens d’une tradition religieuse qui promettait l’éternité. J’ai longtemps cru que la grandeur de l’homme consistait à tenir jusqu’au bout, à consentir à la souffrance comme à une épreuve mystérieusement féconde. Puis le travail théologique, la fréquentation de penseurs comme Jacques Pohier, Christian Duquoc ou Paul Tillich, et aussi l’épreuve de l’analyse, m’ont conduit Lire la suite
-
A propos du pardon
Pour un chrétien, pardonner ne peut jamais signifier nier la réalité du mal subi. Ce serait une falsification psychique et spirituelle. La blessure existe, elle marque le corps et la mémoire, elle suscite colère, agressivité, tristesse ou ressentiment. L’Évangile ne demande nulle part d’effacer ces affects par décret moral. Jésus lui-même éprouve l’hostilité, la trahison, l’abandon. Lire la suite
-
Jacques le frère de Jésus
Jacques, appelé dans la tradition ancienne « le Juste » et désigné dans les sources primitives comme « le frère du Seigneur », est l’une des figures les mieux attestées historiquement parmi les proches de Jésus. Les témoignages convergent suffisamment pour dégager un noyau de données solides, même si leur interprétation demeure débattue. Les sources les plus anciennes sont Lire la suite
-
Pourquoi a-t-on divinisé Jésus ?
Pourquoi a-t-on voulu diviniser Jésus ? La réponse ne relève ni d’un simple décret autoritaire ni d’un complot doctrinal, mais d’un processus historique complexe où se croisent expérience spirituelle, relecture scripturaire, élaboration philosophique, enjeux politiques et dynamiques psychiques profondes. Le point de départ est une crise : la crucifixion. Un messie exécuté comme blasphémateur et agitateur constituait Lire la suite
-
« Né de la vierge Marie »
La naissance sans père : lecture psychanalytique d’un mythe chrétien et de son absolutisation dogmatique La tradition chrétienne a progressivement fait de la naissance virginale de Jésus un point nodal de l’orthodoxie, jusqu’à en faire un article du Credo. Pourtant, les données historiques montrent que les récits de conception par l’Esprit n’apparaissent que tardivement dans Lire la suite
-
Jésus s’est-il trompé ?
La question de savoir si Jésus s’est trompé en annonçant la proximité du Royaume dépend entièrement de la manière dont on comprend le langage apocalyptique qu’il emploie. Si l’on lit ses paroles comme l’annonce d’un événement cosmique objectivable — fin visible du monde, jugement universel spectaculaire, transformation immédiate de l’ordre politique — alors, historiquement, cet événement ne Lire la suite
-
Porter sa croix
Dans les évangiles, « porter sa croix » ne renvoie pas d’abord à l’acceptation résignée de petites difficultés quotidiennes, mais à une métaphore radicale, puisée dans le contexte romain de l’exécution. Porter sa croix, c’est d’abord, littéralement, le sort du condamné qui marche vers sa mort (Mc 8,34 ; Mt 16,24 ; Lc 9,23). La croix est l’instrument infamant réservé aux Lire la suite