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Les Actes des prophètes

 

 

Samuel Amsler

professeur à la faculté de théologie de l’université de Lausanne

 

 

Éd. Labor et Fides

96 pages – 13,70 €

 


recension Gilles Castelnau

 

.

 

Le professeur Amsler présente et explique 26 actes symboliques accomplis par les prophètes de l’Ancien Testament et montre comment ces récits qui nous paraissent étranges participent effectivement à la révélation de Dieu effectuée par le prophète.

En voici un exemple et des considérations générales qui découlent de l’ensemble.

 

page 33

Il faut le répéter, la mission des prophètes de l'Ancien Testament ne consiste pas d'abord à prédire l'avenir, et encore moins à scruter les signes du ciel et de la terre dans le but de percer le secret des intentions divines. Les prophètes d'Israël ne sont pas des super-devins. Ils se montrent au contraire d'une lucidité parfaite sur l'avenir que le SEIGNEUR prépare à son peuple. C'est même cet avenir qui les mobilise et les contraint à parler et à agir, dans la situation présente : « Un lion rugit, qui ne craindrait - le SEIGNEUR parle, qui ne prophétiserait ? » (Am 3,8).

Loin de chercher dans le présent les signes annonciateurs de l'avenir, le prophète a pour mission de placer le peuple devant le Dieu de son avenir et, pour cela, de dresser déjà maintenant dans le présent les signes révélateurs de cet avenir. C'est ce qu'il fait par ses oracles. C'est en particulier le rôle des actes qui soutiennent ses paroles.
[…]

La famille du prophète

Osée 1,2-4. 6. 8-9
2 Début des paroles du SEIGNEUR par Osée.
Le SEIGNEUR dit à Osée :
« Va, prends-toi une femme se livrant à la prostitution
et des enfants de prostitution,
car le pays ne fait que se prostituer
en se détournant du SEIGNEUR. »
3 Il alla prendre Gomer, fille de Divlaïm : elle conçut et lui enfanta un fils. 4 Et le SEIGNEUR dit à Osée :
« Donne-lui le nom d'Izréel, car encore un peu de temps et je ferai rendre compte à la maison de Jéhu du sang d'Izréel et je mettrai fin à la royauté de la maison d'Israël.
6 Elle conçut encore et enfanta une fille, et le SEIGNEUR dit à Osée :
« Donne-lui le nom de Lo-Rouhama - c'est-à-dire : Non-aimée -,
car je ne continuerai plus à manifester de l'amour à la maison d'Israël :
je le lui retirerai tout entier. »
8 Elle sevra Lo-Rouhama, puis elle conçut et enfanta un fils. 9 Et le SEIGNEUR dit :
« Donne lui le nom de Lo-Ammi - c'est-à-dire : Celui qui n'est pas mon peuple -,
car vous n'êtes pas mon peuple
et moi je n'existe pas pour vous. »

Le récit veut-il laisser entendre que cette femme avait eu antérieurement contact avec le « milieu » et qu'elle gardait un penchant à y retourner, ou qu'elle s'était soumise à un rite coupable d'initiation sexuelle dans un sanctuaire baalique, ou encore qu'elle n'allait pas tarder à tromper son mari, comme semble le supposer le récit du chapitre 3 ? Mais à quoi bon en avoir averti le prophète à l'avance, alors que cette précision ne joue pas de rôle dans la suite de notre récit ? Remarquons-le, cette qualification sert de base à l'interprétation donnée au mariage et à la naissance des enfant d'Osée, sitôt après l'énoncé de l'ordre reçu : « car le pays ne fait que se prostituer ». C'est donc un trait de la narration qui a son origine dans le sens prophétique donné à ce mariage, trait qui a passé dans l'énoncé de l'ordre pour avertir le lecteur plutôt que le prophète lui-même, à la veille de son mariage ! On pourra donc laisser ici ouverte la question objective de la vie sexuelle plus ou moins régulière de l'épouse du prophète pour concentrer notre attention sur l'appellation des trois enfants qui naissent, coup sur coup, dans le foyer d'Osée.

Dans tout le Proche-Orient ancien, et aussi en Israël, le nom donné à un nouveau-né joue un rôle déterminant pour la vie entière de l'enfant : c'est l'expression de son identité véritable, le programme de sa vie, même s'il arrive à la tradition d'en modifier ultérieurement le sens à la lumière de ce que le personnage est effectivement devenu. Aussi les noms donnés par le prophète à ses enfants, sur l'ordre de Dieu, sont-ils autant de signes dressés au milieu du peuple pour le placer devant l'avenir qui l'attend. Le premier fils, Izréel, reçoit un nom à résonance funeste, évoquant à la fois le passé récent du royaume, notamment le coup d'État sanglant qui avait mis fin à la dynastie d'Omri (2 R 9 et 10), et son avenir bouché, où le SEIGNEUR va mettre fin lui-même à la royauté.

Avec le nom de la fille qui naît peu après, Lo-Rouhama, Pas-aimée, un nom négatif tel que l'hébreu n'en a jamais formé, le malheur se fait encore plus menaçant : c'est le signe que la miséricorde de Dieu a atteint une limite au-delà de laquelle il n'y aura plus de pardon.

Enfin, après une sorte de délai d'épreuve qui correspond à la durée de l'allaitement de la fillette, soit pour l'époque deux ou trois ans, le nom catastrophique donné au second fils annonce la rupture de l'alliance entre Dieu et son peuple : Lo-ammi, Pas-mon-peuple.

L'acte que constitue cette triple appellation prend une portée plus durable, au milieu du peuple, que des actes ponctuels liés à une occasion historique précise. Mais avec la durée qui fut celle de la vie de ces trois enfants du prophète - dont on ne sait rien par ailleurs, mais dont aucune raison ne fait douter de leur existence -, ces trois noms ont servi de « signaux avancés » de la venue du jugement, au cours des ultimes décades de l'existence politique de l'Israël du Nord. C'est ainsi que par l'obéissance d'Osée aux ordres de son Dieu, le jugement à venir a trouvé une sorte d'anticipation dans la famille du prophète.

 

 

page 81

On pourrait prolonger cette présentation par des comparaisons entre les récits de l'Ancien Testament et d'autres exemples, tirés de l'histoire des religions, comme l'ont fait G. Fohrer et plus récemment Th. W. Overholt. La parenté serait encore plus directe avec certains actes de prophètes du christianisme primitif. On pense à Agabus, dont le geste est rapporté par le livre des Actes des apôtres (20,10s), qui annonce à Paul sa prochaine captivité en se liant lui-même pieds et mains au moyen de la ceinture de l'apôtre.

Ce sont surtout les actes de Jésus qui mériteraient d'être placés dans le prolongement des actes des prophètes de l'Ancien Testament. L'expulsion des marchands du Temple (Mc 11,15-17 et parallèles ; Jn 2,14-17) est une parole- en-acte qui tient de la provocation, caractéristique de l'acte prophétique; et elle entraîne la réaction scandalisée des spectateurs (cf. Jn 2,18). Plusieurs récits de miracles des évangiles trouveraient, dans ce contexte, un nouvel éclairage. Et que dire du geste paradoxal du Maître lorsqu'il lave les pieds de ses disciples (Jn 13,1ss) ? C'est à la fois un exemple (v. 15) et tout autre chose d'un simple exemple. Pour sa part, l'acte eucharistique de la fraction du pain, accompagné de sa parole explicative, n'apparaît-il pas aussi comme un acte prophétique, devenu acte liturgique ? Enfin, pour en venir au point central de l'Évangile, le récit de la passion, avec ses notations sur le silence de Jésus au tribunal du grand-prêtre (Mc 14,61) et surtout son évocation de la mort de Jésus en croix, devient le récit de l'acte prophétique par excellence, avec son insondable effet de provocation et d'appel à la foi. Peut-être que tous les actes des prophètes de l'ancienne alliance n'ont fait que préparer cet acte-là, qui est le cœur de la révélation biblique.

[…]
Lorsqu'on rappelle aujourd'hui à l'ensemble de l'Église la mission prophétique qui lui est confiée dans le monde, on la rend attentive au rôle irremplaçable de certains actes concrets dans son témoignage. Ces actes peuvent prendre la forme d'une action collective de solidarité et d'entraide, surtout si cette action ne prétend pas résoudre elle-même un problème social, mais cherche à attirer l'attention de l'opinion publique sur une injustice inconciliable avec l'Évangile. A cet égard, le programme spécial de lutte contre le racisme, engagé par le Conseil Œcuménique des Églises, peut être considéré, à mon avis, comme un acte prophétique précisément parce qu'il ne prétend pas apporter la solution aux injustices raciales dans le monde, mais signifier concrètement à leurs victimes que ces injustices sont inconciliables avec la foi chrétienne. L'acte prophétique prend aussi des formes plus individuelles où certains membres de la communauté chrétienne engagent leur honneur, leurs biens ou même leur vie, à l'image des prophètes de l'Ancien Testament. L'objection de conscience au service militaire trouverait ici à la fois sa justification et sa limite, car elle signifie courageusement le désaveu de Dieu sur toute forme de guerre, mais elle ne saurait prétendre devenir elle-même la solution au conflit entre les peuples.

 

Voici des exemples des textes étudiés

Livres des Rois
1 R 11,29-39 Ahiyya et son manteau déchiré
1 R 19,19-21 Élie et son manteau
1 R 22,11 Cidqiyahou et les cornes de fer
2 R 13,14-19 Élisée et les flèches

Livre d'Ésaïe
Es 7,3 Le prophète et son fils
Es 8,14 Les premiers mots de l'enfant
Es 20,1-6 Le promeneur nu

Livre de Jérémie
Jr 13,1-11 La ceinture abîmée.
Jr 16,1-9 L'homme sans famille
Jr 19,1-15 Le vase brisé
[et 6 autres]

Livre d'Ézéchiel
Ez 4,1-3 La brique assiégée
Ez 4,4-8 Le prophète ligoté
Ez 4,9-17 Le régime alimentaire du siège [et 9 autres)

Livre d'Osée
Os 1,2-9 La famille du prophète
Os 3,1-5 La femme adultère

Livre de Zacharie
Za 6,9-15 La couronne est prête

 


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