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La lecture intrigante

La Bible appliquée à vingt situations de vie

 

 

Antoine Nouis

 

Éd. Labor et Fides

246 pages – 20 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

 

23 octobre 2012

Antoine Nouis est directeur de l’hebdomadaire protestant Réforme après avoir été plus de vingt ans pasteur de paroisse. C’est dans cette expérience du ministère qu’il a élaboré sa théorie de la « lecture intrigante ».

Il en situe le point de départ dans sa rencontre d’une jeune africaine qui manifestait un remarquable courage dans son combat pour la vie alors que les pires difficultés du monde se dressaient contre elle. Elle disait puiser son énergie et son espérance dans son prénom Josépha qui était le même (en féminin) que celui du patriarche Joseph, dont le récit dit qu’il avait été vendu par ses frères en Égypte mais qu’il avait réussi à émerger et même à devenir premier ministre.
Cette correspondance de prénoms n’a aucune signification pour les biblistes mais pour cette jeune fille le récit biblique s’était mis à vibrer d’une vie autonome dynamique et créatrice.
La « lecture intrigante » que pratique le pasteur Antoine Nouis consiste donc à éviter d’apporter des réponses toutes faites aux questions que posent (ou ne posent pas !) ses interlocuteurs mais à leur proposer un texte biblique en leur suggérant de s’y impliquer librement et sans crainte jusqu’à ce que le Souffle qui l’anime accomplisse à nouveau et de façon peut-être inattendue son effet créateur.
Antoine Nouis propose dans son livre vingt exemples de ces situations de vie, dont les unes ont débouché sur une existence renouvelée dans la présence de Dieu mais dont d’autres sont restées bloquées dans un échec navrant.
Chacun pourra évidemment faire à sa manière son profit d’une telle utilisation de la Bible qui n’a rien ni de fondamentaliste ni de froidement scientifique.

En voici quelques pages.

.

 

page 10

Je lui fais part de mon admiration pour son courage et sa détermination et elle me répond que tout est écrit dans son prénom ??? Devant mon étonnement, elle précise : « Josépha, c'est le féminin de Joseph. Souviens-toi de l'histoire du fils de Jacob dans la Bible : il a été vendu par ses frères comme esclave, puis il a été le régisseur d'un riche propriétaire, puis il a été jeté en prison, puis il est devenu ministre de Pharaon. Finalement, c'est lui qui a sauvé sa famille de la famine. Je ne suis pas sûre qu'un jour je serai ministre, mais je sais que j'aurai une maison suffisamment grande pour accueillir mes frères et sœurs. »

Au regard des critères de l'exégèse scientifique, l'interprétation biblique de Josépha est puérile et ne mérite pas qu'on s'y arrête mais comment ne pas entendre dans son histoire des résonances bibliques ?
[...]
L'histoire de Josépha est emblématique. Voilà une femme orpheline, deuxième épouse d'un homme marié dans un pays où la polygamie n'est pas reconnue, ayant perdu toutes traces de son mari, faisant des études avec des papiers qui ne sont pas les siens et rêvant de travailler en France avec un diplôme qui ne sera pas reconnu.

 

page 14

En tant que ministre d'une Eglise issue de la Réforme, la sola scriptura se présente comme un impératif que je me dois de décliner. Mais lorsque j'entre en relation avec un homme, une femme, qui me fait le privilège de partager une question de vie, que devient cette référence à l'Ecriture ? La tentation est d'utiliser la Bible comme un mode d'emploi dans lequel on va chercher une réponse immédiate à la question posée. Cette attitude n'est pas très pastorale car, face à une réponse qui se propose comme parole de Dieu, il y a peu d'espace de négociation possible. La réaction du sujet risque de se trouver dans l'alternative entre la soumission infantile et la contestation radicale. Face à ce risque, je me propose de présenter une utilisation des Ecritures qui ne se situe pas dans le registre de la réponse à la question posée mais de la mise en intrigue de l'histoire d'un sujet par l'entremise de la médiation d'un récit biblique. Je lui ai donné le nom de lecture intrigante.

Cette méthode de lecture n'est pas le produit d'une illumination subite, ni la synthèse d'un travail auprès des docteurs de l'Eglise, elle est le fruit de tâtonnements le long de deux décennies de ministère en paroisses et dans l'animation de retraites spirituelles.  L'expression lecture intrigante suggère plusieurs niveaux d'interprétation. D'abord, il s'agit d'une lecture qui est attentive aux détails du récit biblique afin d'en démêler l'intrigue. Elle essaye d'entrer en dialogue avec les différents personnages de l'histoire afin de repérer leurs attentes et de supposer leurs sentiments. Une fois ce premier niveau atteint, la lecture intrigante cherche à susciter une mise en intrigue de sa propre situation afin de la faire entrer en résonance avec le récit biblique.

 

 

page 22

« Dans la méditation, le texte biblique n'est pas abordé pour ce qu'il a à me dire sur Dieu, mais comme un texte à travers lequel Dieu vient me parler. »  (Daniel Bourguet) Dans cette perspective, la méditation nécessite du silence et de la solitude. La démarche de méditation solitaire peut courir le risque d'une interprétation délirante ;  c'est la raison pour laquelle, dans la tradition, la lectio divina était spirituellement accompagnée. Mon expérience est que cette méthode de lecture,  quand elle est bien accompagnée, a une vraie pertinence et peut conduire à des libérations personnelles.

 

 

page 24

La Bible est beaucoup plus qu'un enseignement, elle est un souffle, un cri, une histoire d'amour, un tableau impressionniste, un cantique... Elle est un récit dans lequel les mots sont des fenêtres qui ouvrent sur autre chose.
[...]
De plus en plus souvent,  il m'arrive de suggérer une lecture biblique à la personne rencontrée et de lui proposer de revenir sur ce texte pour voir comment il « parle » à sa situation.
[...]
Le risque de cette pratique étant d'instrumentaliser la Bible et de la réduire à un catalogue de réponses, j'essaye de le contourner en ne choisisant pas des textes parénétiques, mais des récits qui évoquent des rencontres ou des relations.
[...]
La raison pastorale est d'éviter de me tenir à la place de Dieu en ne me situant pas face à la personne comme le sujet supposé savoir, mais à côté d'elle, face à une Parole qui nous dépasse tous les deux. Le positionnement pastoral n'est pas la posture du maître qui connaît la réponse à la question posée mais celle du compagnon qui cherche avec lui la source qui lui permettra de se désaltérer.
[...]
Le propre du pasteur n'est pas de faire venir à lui les brebis mais de désigner le Chrit : « Moi, je ne suis pas le Christ, mais c'est devant lui que je suis envoyé. Il faut que lui croisse et que, moi, je diminue. » En renvoyant mes interlocuteurs à la parole, il est parfois arrivé qu'un texte parle dans une diretion toute différente de celle que j'avais imaginée.

 

 

page 50

C'est lorsque l'Ecriture est reçue, priée et vécue qu'elle devient pleinement Parole de Dieu et qu'elle prend toute son autorité. La façon dont l'écrit devient Parole relève de l'action de l'Esprit saint, elle est tout sauf scientifique. Cela ne relève pas d'une mécanique qui peut se décortiquer, s'analyser et se comprendre selon un schéma immuable, mais relève de la rencontre entre la liberté de l'Esprit et celle d'un sujet lorsque s'opère une mise en écho entre un récit biblique et une expérience de vie. La foi qui résulte de cette rencontre ne s'appuie pas premièrement sur une argumentation ou une interprétation, mais sur un récit. La transformatiou qu'elle induit ne peut ni s'expliquer ni se formaliser; en revanche, elle peut se raconter, c'est pourquoi le style de la narration est particulièrement  adéquat à notre sujet.

 

 

page 235

Je l'ai souligné à plusieurs reprises,  la première vertu de la lecture intrigante réside dans la position qu'elle accorde au pasteur. Celui-ci n'est pas un maître qui donne la réponse, sa solution, à une question posée - voire qui cherche à justifier sa position par l'Ecriture, ce qui la rend intouchable -, il est un écoutant qui invite le sujet à partager sa quête de Parole. Les rencontres  que j'ai décrites  le montrent,  à plusieurs reprises le sujet a entendu dans le récit que je lui proposai de méditer tout autre chose que la raison pour laquelle j'avais choisi le passage en question.

Le discernement apparaît dans la démarche à deux reprises. D'abord dans le choix du texte par le pasteur. Cela demande de sa part une fréquentation assidue de l'Ecriture et une disponibilité spirituelle. Lorsque j'aborde une relation pastorale, ma position de départ est qu'il existe, dans l'immense variété des récits bibliques, un passage qui peut parler à la situation rencontrée. Il m'appartient de le discerner en essayant de repérer la vraie question posée par le sujet et d'imaginer le récit qui pourra entrer en résonance avec la situation.

L'Esprit intervient ensuite dans l'écoute et la méditation du sujet selon le principe calviniste du témoignage intérieur du Saint-Esprit. A ce moment, la lecture devient charismatique en ce qu'elle laisse toute liberté à l'Esprit de parler et au sujet d'entendre. A partir de ce moment, le pasteur est en retrait, la situation ne lui appartient plus, son seul rôle éventuel est d'être un garant évitant des interprétations  délirantes.

 

 

page 237

Le propre du récit est qu'il ouvre un jeu et un espace qui ne figent pas le sens en permettant à l'auditeur de suivre le chemin qui pourra le conduire à une appropriation personnelle. Le narrateur ne donne pas de clef unique même s'il laisse un trousseau. Il revient à l'auditeur de se risquer lui-même à déchiffrer le récit en puisant dans ses ressources propres, son imaginaire, son intelligence, sa culture religieuse, son expérience humaine.

 


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