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Des paroles de Jésus à la Bible

 

L’Église des années 100 à 250

 

 

Pierre Prigent

professeur en retraite de la Faculté de théologie protestante de Strasbourg

 

Ed. Olivétan

216 pages, 21,50 €


Recension Gilles Castelnau


.

20 mars 2014

Pierre Prigent nous ouvre à cette période de la jeune Église qui succède immédiatement aux temps apostoliques et à la rédaction du Nouveau Testament. Le christianisme s’est implanté partout dans le monde gréco-romain, de multiples questions théologiques se posent. Les grands conciles byzantins du 4e siècle qui promulgueront la divinité du Christ, la Trinité, le Symbole des Apôtres, Marie mère de Dieu etc. n’ont pas encore eu lieu. Des théologiens écrivent, polémiquent entre eux et avec les « païens » ; certains sont martyrs.
Pierre Prigent nous présente Irénée de Lyon, Tertullien, Clément d’Alexandrie, Origène.

Voici comment Pierre Prigent commence sa présentation du monde hellénistique :

 

page 53

Le monde hellénistique

Il n’est pas inutile de jeter un regard intéressé sur le monde qui, à cette époque, est plus qu’un décor pour l'histoire du christianisme, qu'il accompagne, influence ou combat.

C'est le plein épanouissement de ce qu’on a coutume d’appeler l'hellénisme.

L’époque des conquêtes grecques est révolue, le particularisme des cités grecques s'estompe et cède la place à une conscience plus mondialisante. C'est l'un de ces moments de l'histoire humaine qui semble comme un temps d’attente. Diverses religions viennent confluer et offrir aux individus comme aux peuples des perspectives aux dimensions théologiques et mystiques jusque-là cantonnées dans des frontières nationales voire ethniques : le monothéisme juif exerce une séduction que seul freine son particularisme intransigeant. De Babylonie, les sciences et les cultes de l'astrologie invitent à interroger les lois mystérieuses du destin arrêté par les puissances célestes. La vieille religion Perse répand un dualisme bien propre à rendre compte de l'inquiétante présence du mal dans le monde.

Le succès de ces religions - qui se mêlent souvent dans les mentalités populaires mais trouvent aussi un accueil favorable dans les classes cultivées - révèlent une mutation culturelle notable par rapport au vieil idéalisme grec qui regardait avec optimisme la marche de l'humanité vers un avenir promis à la domination de la raison. Prenant nettement conscience que cet espoir n'est qu'une illusion, les hommes se tournent vers une religion à laquelle ils demandent plus qu’une simple règle de vie : insatisfaits et inquiets du monde dans lequel ils vivent, ils espèrent en un salut répondant à leurs aspirations profondes.

C'est sur cet arrière-plan qu'il faut imaginer à la fois l'essor du christianisme et le développement en son sein - ou dans ses marges - de courants religieux qui veulent être en prise directe avec les attentes de leurs contemporains. Au premier rang de ces courants, citons la gnose.

 

Il nous introduit à des textes importants, dont certains ont trouvé place dans les premières « éditions » du Nouveau Testament : La Première lettre de Clément de Rome, la Didachè, la Lettre de Barnabé, le Dialogue avec le juif Tryphon de Justin martyr, la Démonstration de la prédication apostolique d’Irénée de Lyon, le Diatessaron de Tatien.
Il explique les premières « hérésies » : la gnose, Marcion, Montan.

Voici des passages de son chapitre consacré à la « querelle pascale » :

page 87

La date de la mort de Jésus

Il faut rappeler qu’il y a, dans le christianisme primitif, deux manières de rendre compte du passage de la Pâque juive à son accomplissement chrétien.

Les évangiles synoptiques rapportent que Jésus a fait préparer le repas pascal qu'il prend avec ses disciples (institution de l'eucharistie). Cela se passe le 14 Nisan. Dans la nuit qui suit (donc le 15 Nisan qui a commencé après le coucher du soleil), Jésus est arrêté. Au matin du 15 ont lieu les comparutions de Jésus devant le sanhédrin et devant Pilate qui le condamne et le fait crucifier. À quinze heures (nous sommes toujours le 15) Jésus meurt. Le lendemain (le 16) est un sabbat, puis vient le premier jour de la semaine (dimanche, le 17) à l’aube duquel Jésus ressuscité apparaît aux femmes.

Le quatrième évangile répartit ces évènements autrement dans le temps. Pour lui, Jésus est l’agneau de Dieu, c'est lui l’agneau pascal. Il est crucifié au moment où l’on immole l’agneau pascal. Au jour de sa condamnation et de son exécution, les juifs n’ont pas encore pris le repas pascal. C'est bien pourquoi le quatrième évangile ne raconte pas que Jésus a pris ce repas avec ses disciples. La mise au tombeau a encore lieu avant la fin de ce jour de la Préparation (la Parascève, c’est-à-dire le vendredi 14 Nisan). Le récit reprend à l'aube du dimanche (le 16).

On sait que Jean, après avoir été assigné à résidence à Patmos, s'est établit à Éphèse où un nombre de fidèles disciples se regroupent autour de lui. Ce cercle johannique dont l'influence s'étend sur toute la province d’Asie, entend conserver la tradition léguée par son maître et s’attache à célébrer Pâque à la manière juive, le 14 Nisan, quel que soit le jour de la semaine sur lequel tombe cette date.

 

Pâque juive ou dimanche ?

Cette pratique devait nécessairement heurter le reste de la chrétienté qui considérait qu’on ne pouvait célébrer Pâque qu'au jour de la résurrection, le jour du Seigneur, le premier jour de la semaine : le dimanche.

Ce fut l’occasion d'abord de discussions, puis d'oppositions. Le débat devint querelle et si la cause nous en paraît futile, c'est qu'il faut essayer de mieux comprendre.

Polycarpe, évêque de Smyrne dont il a été question plus haut, se réclame de la tradition johannique. Pour lui, Jésus est mort le 14 Nisan. C'est donc ce jour qu'il faut fêter Pâque. Polycarpe fait partie de ces chrétiens que, en raison de leur attachement au quatorzième jour de la lune du premier mois juif, on a appelé les quartodécimans.  [...]

 

page 96

Fêter la résurrection

Il convient donc de veiller jusqu'au moment où éclate souverainement la joie de la résurrection. Mais jusque-là (jusqu'au chant du coq), il convient de jeûner strictement en écoutant la lecture des Écritures : Exode 12 qui est la base des méditations de l'Homélie pascale de Méliton, et des Psaumes.

C’est sans doute à ce moment qu’ont lieu les baptêmes : « C'est à Pâque qu’on baptise parce que c'est alors que s'est accomplie la Passion du Seigneur en laquelle nous sommes baptisés », écrit Tertullien. Ce basculement du deuil à la joie conduit Tertullien, et plusieurs après lui, à proposer une nouvelle étymologie : Pâque signifie « passage » de la tristesse à la liesse. Maintenant, ce serait péché que de jeûner et de se lamenter. Alors on apporte les nourritures préparées et c'est une eucharistie de fête.

On peut même se demander si quelquefois le souvenir d'un texte des Actes n'a pas joué : on y lit que le Christ ressuscité s'est manifesté à ses disciples qui ont mangé et bu avec lui après sa résurrection.

La vigile est une coutume assez fermement établie pour que Tertullien puisse redouter qu'un mari païen n'en vienne à interdire à son épouse chrétienne de passer la nuit entière hors de la maison pour la fête pascale !

 

Le jeûne exclut la fête

Ceci étant, on comprend mieux que les différences de pratiques aient été ressenties comme insupportablement scandaleuses : alors que la majorité des Églises communie dans le jeûne et la tristesse à la mort du Christ, en Asie (et partout où résidaient des chrétiens venus d‘Asie), il pouvait se faire qu’on laisse déjà éclater sa joie.

C’est sans doute ce qui explique la suite de l'histoire dont on trouve le récit chez Eusèbe : il arrive que les Églises asiates interrompent le jeûne avant le dimanche, jour de la résurrection. On s'en émeut, on se réunit, on vote des motions. En Palestine, à Rome, dans le Pont Euxin, en Gaule, en Osroène, à Corinthe, à Éphèse, tous sont d'accord pour condamner la pratique asiate.

Les tenants de celle-ci se rebellent : ils se réclament de Jean, le disciple de Jésus, de Philippe enterré à Hiérapolis, de Polycarpe, de trois autres qui ne sont guère connus et finalement de Méliton. Tous ces témoins fameux attendent la résurrection pour le jour où le Christ reviendra. On relèvera avec intérêt cette pointe d’eschatologie pascale.

Les Romains, comme on l’a vu, se réclament à leur tour de l’usage en vigueur chez eux depuis plusieurs dizaines d'années. Des évêques de Syro-Phénicie expriment leur avis concordant. Alexandrie fait savoir qu'elle célèbre scrupuleusement le dimanche pascal.

Fort de ces appuis, Victor, évêque de Rome, décide « de retrancher en masse de l’unité commune les chrétientés de toute l’Asie en même temps que les Églises voisines, comme étant hétérodoxes... Il proclame que tous les frères de ces pays-là, sans exception, sont excommuniés ».

La dureté de cette réaction entraîne une protestation de plusieurs évêques, parmi lesquels Irénée qui écrit à Victor une belle lettre dans laquelle il rappelle l'exemple ancien de tolérance qu’ont donné Anicet et Polycarpe. La démarche est couronnée de succès : Victor rapporte son décret d'excommunication. Ce fut, remarque Eusèbe, une admirable occasion pour Irénée de mériter son nom qui, en grec, signifie pacificateur !

Il semble que la querelle s'apaisa du fait tout simplement de la disparition progressive des tenants de la célébration quartodécimane.

 

 


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