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Sous la main invisible


Michel Freychet

Traversée d’un siècle entre ombre et lumière
1930-2020

Mémoires

Préface du pasteur Michel Bertrand

Éditions E & R

538 pages – 29 €


16 mars 2022

Cet immense livre de mémoires de Michel Freychet se dévore comme un roman, tant il est plein de mille détails vécus. Ceux-ci évoquent sa vie personnelle vue par les yeux d’un enfant, d’un adolescent, d’un étudiant (en théologie), d’un pasteur de paroisse, d’un responsable d’œcuménisme.

Il décrit au passage les événements sociaux, politiques, humains, religieux qu’il a traversés dans cette longue existence.

Michel Freychet est un homme souriant qui cherche toujours à comprendre les causes et les raisons de toutes les petites (et les grandes) choses qui lui sont arrivées, sans jamais émettre ni agressivité ni reproches. Il est un homme de paix – et de foi – dont l’ouvrage rayonne d’un bon esprit. Sa lecture nous réconforte, nous apaise et… nous instruit de la vie d’un monde que les aînés reconnaîtront et que les jeunes découvriront.

 

Comme il le dit lui-même :


Jetant un coup d'œil en arrière, on s'aperçoit que la vie est souvent faite au quotidien de petits riens qui ont finalement plus d'importance qu'on ne pourrait '-e croire de prime abord : il peut s'y glisser parfois un souffle dont on ne sait d'où il vient, ni où il va ! Ils colorent le parcours, même s'il est vrai que celui-ci est tributaire au premier chef d'événements marquants qui, au fur et à mesure qu'on avance sur le chemin de la vie, vont l'orienter dans telle ou telle direction. (page 9)


En voici, parmi mille, un passage vécu lors d’une année de théologie qu’il a vécue aux États-Unis.



Au temps des trente glorieuses



Union Theological Seminary, Richmond, Virginie (1956-57)


Tout comme mes prédécesseurs français à l’UTS, je fus également invité par un cercle de dames d'un âge respectable et apparemment issues de la bonne société de Richmond. Leur langage et leurs attitudes étaient empreints d'une certaine préciosité, et quoique ce genre de salon mondain, quelque peu guindé, ne fût pas accordé à mon goût, j'y fus accueilli avec une aimable prévenance.


Ces dames se réunissaient dans le but d'entretenir, voire de perfectionner leur français. Leurs rencontres hebdomadaires ou bimensuelles étaient centrées sur la lecture d'un livre suivie d'un échange à bâtons rompus autour d'une tasse de thé. Le livre choisi pour l'année en cours était le roman Ramuntcho de Pierre Loti.


À chaque rendez-vous, pendant une heure, j'en lisais donc plusieurs pages à haute voix. Il arriva qu'un jour, lors de la conversation informelle qui suivit, je fus interrogé sur la situation politique en France. Visiblement, dans ce cénacle bien-pensant, sourdait une vive inquiétude relative au poids que représentait alors le Parti communiste français au sein de notre Assemblée nationale. En somme, comment la France, pays des libertés, avait-elle pu se laisser séduire à ce point par l'idéologie marxiste et permettre une telle montée en puissance d'un parti à la solde de Moscou ?


Je n'oubliais pas que les Etats-Unis avaient été eux-mêmes peu de temps auparavant, en pleine guerre froide entre l'Est et l'Ouest, sous l'emprise du maccarthysme et de la chasse aux sorcières engagée dans la traque d'éventuels agents, militants ou sympathisants communistes. J'essayai donc de minimiser les craintes que pouvait susciter le PCF dans notre pays en rappelant entre autres que beaucoup de ces communistes français avaient payé cher leur combat contre l'envahisseur nazi lors de la Deuxième Guerre mondiale.


Sans doute l'argument fut-il insuffisant pour convaincre mes interlocutrices que la France n'était pas prête à se laisser dominer par l'URSS. De fait, à partir de ce jour, je ne fus plus invité à venir les rejoindre pour la lecture de Ramuntcho. Par mes propos, leur étais-je soudain apparu comme un dangereux crypto-communiste ? Question que je me suis posée et qui, depuis lors, est restée sans réponse !

 

[...]

 

 


À Noël, John Stanley, mon « roomate », eut la gentillesse de m'emmener passer les vacances dans sa famille en Caroline du Sud, à Conway, à 500 km au sud de Richmond. Le climat y est subtropical de sorte que nous bénéficiâmes pour les fêtes de fin d'année d'une douce température permettant d'être dans la journée en bras de chemise. John me fit visiter Charleston, à 150 km plus au sud. C'est une ville intéressante non seulement parce qu'elle est très belle et dotée d'un port important, mais aussi — particulièrement pour les protestants français — en raison de son passé. En effet, au lendemain de la révocation de l'édit de Nantes, Charleston accueillit de nombreux réfugiés huguenots avaient réussi à fuir la France. Ils s'installèrent dans le centre-ville, formant qu'on appelle encore de nos jours le « quartier français ».

 



 

Le Lavandou et Dieulefit, deux sites mémorables


Dieulefit


Comme du Lavandou, je me suis épris de ce bourg dont l'attrait m'avait conquis quand je l'avais découvert pour la première fois. J'aime sa luminosité, ses champs de lavande, ses montagnes environnantes — tantôt aux croupes arrondies, tantôt taillées comme à la hache — j'aime sa rivière, le Jabron, qui le traverse, ses poteries, son picodon, ses animations estivales communauté protestante était vivante et chaleureuse. Elle avait été profondément travaillée par le mouvement du Réveil sous l'influence des Brigadiers de la Drôme dans les années 20 et 30. Pendant la Deuxième Guerre, Dieulefit fut un nid de la résistance au régime de Vichy et au nazisme.


Beaucoup y trouvèrent refuge, notamment des artistes et des intellectuels, tels René Char, Clara Malraux, Pierre Emmanuel, Louis Aragon, Elsa Triolet, Emmanuel Mounier, Pierre-Vidal-Naquet et bien d'autres sans doute. Des femmes protestantes, combatives et déterminées, comme Marguerite Soubeyran et Catherine Kraft, fondatrices de la fameuse École de Beauvallon, ainsi Simone Monnier et Jeanne Barnier, la secrétaire de la mairie, se sont illustre dans le sauvetage de nombreux juifs avec la complicité de la population locale comme au Chambon-sur-Lignon.

 

 

 

 



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