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12 âneries


Histoires d’ânes de la Bible

 

 

Michel Barlow

Illustrations de Sylvie Lucel

 

Éditions Passiflores

 

 

112 pages - 15 €

 

Recension Gilles Castelnau


 

7 janvier 2018

Le livre s'introduit ainsi :

Un gentil ânon novice porte Jésus, lors de son entrée royale à Jérusalem – et, naïf, il prend pour lui les vivants qui se déchaînent sur son passage. L’ânesse du prophète Balaam, nettement plus inspirée que son maître, s’efforce de lui donner une leçon de prophétisme - et ce n’est pas sans risque pour elle ! [...]
Avec charme et verve, il nous donne ainsi 12 récits d’ânes et un épilogue que sa partenaire Sylvie Lucel illustre à merveille. Voilà qui ravira les poètes et les enfants.

 

Voici le premier récit

Noël à quatre pattes

à Marie et Joseph

Je suis un âne ! Ah ! Je vois d'ici certains lecteurs s'inquiéter de ma soudaine crise d'humilité - ou de lucidité (c'est selon) ! Qu'ils se rassurent : quand je dis « Je suis un âne », je ne parle par en mon propre nom. Je ne suis que le porte-parole de celui qui m'a mandaté pour défendre sa cause. Comme vous le savez, les avocats disent « Mon client » si celui-ci les paye mal ou pas du tout, et ils disent « Nous » si leurs honoraires sont confortables. Moi, je fais encore plus fort en disant « Je » à la place de mon client : l'âne Nazaron, domicilié à Nazareth en Galilée. Mais n'en concluez pas perfidement que celui-ci m’a offert un pont d’or pour parler en son nom. C'est par pure générosité que je pars en croisade pour défendre l'honneur de l'espèce asine, victime d'une injustice séculaire. J'ai entendu les doléances des ânes, des ânesses et des ânons, et je vous invite à les entendre à votre tour.

On nous dit bêtes; mais c ‘est parce que nos maîtres et maîtresses ne sont pas assez intelligents pour suivre les méandres imprévisibles de notre pensée. On nous dit têtus ; alors que nous sommes constants - avec plus de fidélité et de suite dans les idées, en tout cas, que nos maîtres (et maîtresses), têtes de linottes et cœurs d'artichauts qui papillonnent d'une idée à une autre, d'un bonheur à un autre, sans suivre fidèlement leur chemin jusqu'au bout.

Excusez-moi, mesdames et messieurs ! Je me suis laissé emporter par ma plaidoirie. En fait, j’étais venu vous parler ici de mon client... Pardon : j'étais venu vous parler de nous… enfin de moi, comme je vous l'ai expliqué plus haut. J'étais venu vous parler de l'âne Nazaron, ou plutôt, j'étais venu vous parler en son nom. Ecoutons-le s’exprimer par ma bouche.

Comme la plupart de mes collègues, moi Nazaron, j'exerce le noble métier de déménageur - ou plutôt de transporteur. En ce qui me concerne personnellement, je suis au service d'un menuisier-charpentier-ébéniste de Nazareth en Galilée, ma bourgade natale. Un vrai chic type nommé Joseph. C'est un bon patron qui rémunère mes services au tarif de picotins d'avoine, prévu par les conventions collectives. Je n’ai pas non plus à me plaindre des horaires de travail : Joseph respecte scrupuleusement le repos hebdomadaire et me garantit les congés payes au mois d'août.

Il a en permanence un grand bâton à la main, mais ce n'est pas pour me frapper, comme le font la plupart des âniers qui nous battent à tour de bras comme une ménagère qui dépoussière un tapis. Le bâton de Joseph est un outil de mesure pour ses travaux de menuisier - et jamais, au grand jamais, il ne l'a utilisé pour me heurter l'échine.

Je dois même dire qu'une sorte d'amitié s'est créée entre nous. Dans les moments d'abandon, Joseph caresse gentiment mon museau gris et rose, et moi je frotte affectueusement mon cou contre le sien. Sans me vanter, je peux dire que c'est à moi qu'il réserve ses confidences les plus secrètes. II y a quelques mois, il est venu à l'écurie pleurer dans mon cou. Oui, il a pleuré, le grand gaillard aux épaules aussi larges qu'un bahut breton et aux mains solides comme le bois dont on fait les manches de pioche (pas les flûtes). Ce soir-là, le pauvre Joseph avait un gros chagrin qui coulait à larmes brûlantes sur mon museau rose. Et son gros chagrin s'appelait Marie : sa gentille fiancée qu'il adore... Moi aussi, d'ailleurs. Ne le répétez à personne : je crois bien que je suis un peu amoureux d'elle !

Elle est toute jeune, jolie et fraîche comme une fleur, Marie. Mais, ce fameux soir, Joseph me racontait entre deux sanglots déchirants que Marie - inimaginable ! - était enceinte... et pas de lui ! Quand il s'est un peu apaisé, je lui ai expliqué, en faisant appel à mon expérience personnelle, que, quand on aime vraiment, l'amour est plus fort que tout, et même que la mort. Mais - contrairement à ce que croient presque tous les humains - l'amour, ça ne se fait pas ; ça ne se prend pas, ça se donne - et le pardon, comme son nom l’indique, est la meilleure façon de donner encore plus d'amour ! Bref, il fallait pardonner à Marie. D'autant plus... Je ne sais pas du tout pourquoi j'ai ajouté ça... D'autant plus qu'en l’occurrence, il n'y avait rien à pardonner ni à reprocher à Marie. « Mon vieux Joseph, ai-je conclu, il faut pardonner à Marie et accueillir son enfant avec plus d'amour encore que si c'était le tien ! »

Je ne sais pas si Joseph a compris mon discours muet (j'utilisais la langue des signes avec mes souples oreilles, car il pleurait si bruyamment qu'il n’aurait pu m’entendre).Je ne sais pas s'il a apprécié ma belle prédication. En tout cas, il s'est arrêté de pleurer, d'un coup. Et puis (vous n'allez pas le croire, et pourtant c’est la stricte vérité), il a déposé un gentil baiser près de mes gigantesques narines et il est sorti de l’écurie en sifflotant. Par la porte qu'il avait laissée entrebâillée, j'ai vu qu'il prenait tendrement Marie dans ses bras et la couvrait de baisers.

[...]

Très peu de jours après, nous voilà partis. Voyage à peu près sans histoire : pour marcher voyez-vous, il suffit de mettre une patte devant l'autre et de recommencer un certain nombre de fois. Les choses se sont gâtées en arrivant au terme du périple, à Bethléem. À croire que toute la Palestine avait eu la même idée que Joseph ! Les rues étaient noires de monde, et il n’y avait plus de place dans aucune des auberges : on les a toutes faites, les unes après les autres : depuis les hôtels quatre étoiles jusqu'aux plus infâmes gourbis en éclipse d'étoile. Joseph regardait avec une inquiétude palpable notre chère Marie qui se tenait le ventre et de toute évidence, souffrait de plus en plus : elle n’allait tout de même pas accoucher sur mon dos ?

Pour ne pas laisser mes maîtres dans l’embarras, j'ai pris les grands moyens [...] j'ai brais à tous mes collègues des environs en leur demandant de nous aider à trouver un hébergement, de toute urgence. En écho, je n’ai d'abord eu que des réponses négatives. Je commençais à désespérer quand un vieux collègue m'a indiqué, avec des sanglots dans le braiement, que son frère aîné venait de mourir et qu'il y avait donc de la place dans l’étable, au lieu-dit l'Étoile. « Sur place, m'a-t-il expliqué, il n’y a plus qu'un vieux bœuf très gentil. Dites-lui que vous venez de ma part, et il vous fera bon accueil. C'est un de mes potes. »

On a à peine eu le temps d'arriver, que Marie avait déjà accouché ! Vite, vite, elle a emmailloté le bébé et l'a tendrement installé dans une mangeoire en guise de berceau, avec de la paille brillante comme l'espérance en guise de draps. Et, vite, vite, avec le vieux bœuf qui avait l'air de mâcher du chewing-gum à longueur de journée et de nuit, on a fait avec nos corps un rempart de chaleur pour le bébé. Ce n'était pas le chauffage central mais le chauffage latéraI ; cependant, le poupon a apprécié : il s’est endormi aussitôt en nous faisant des sourires d'ange !

Bref vous serez bien obligés d'en convenir : avec le vieux bœuf, j'ai été la première Compagnie de Jésus. C’étaient nous les premiers jésuites ! Avouez que vous êtes jaloux de nous comme des poux, et vous donneriez cher pour avoir été à notre place ! Alors, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, mes bien chers frères et sœurs, tirez-en la conclusion qui s'impose : désormais, quand vous voudrez célébrer la charité et l'esprit évangélique d'un chrétien exemplaire, dites-lui qu'il est un âne ! Ce ne sera que justice !

 


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