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Inclusivisme, exclusivisme


Le christianisme
est-il la seule vraie religion ?

 

 

Is Christianity the only true religion, or one among others?

 

  John Hick

professeur à l'université de Birmingham (Angleterre)


Traduction Gilles Castelnau

 

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24 janvier 2004

On m'a a toujours dit
, aussi loin que remontent mes souvenirs, que le christianisme était la seule vraie religion. Mais le temps a passé. Quand j'étais jeune, je n'avais jamais rencontré personne d'une religion. J'ignorais pratiquement tout des autres religions et le peu que j'en savais était caricatural. Aujourd'hui on est beaucoup mieux informé et on est conscient de ce que les fidèles des autres religions pensent la même chose de leur côté.
On comprend que la foi qui nous paraissait naguère tout à fait évidente, dépendait en fait de notre milieu de naissance : quelqu'un qui naît dans une famille musulmane et croyante en Égypte, au Pakistan, en Albanie et maintenant aussi en Angleterre, sera vraisemblablement musulman et s'il appartient à une famille hindoue et croyante en Inde (ou aussi en Angleterre) il sera hindou, bouddhiste en Thaïlande, au Sri Lanka ou en Birmanie (ou en Angleterre !) et bien sûr chrétien, s'il est né dans une famille chrétienne et croyante.

Il y a toujours eu des conversions d'une religion à l'autre mais elles sont proportionnellement peu nombreuses. On peut dire que, globalement, notre religion (ou la religion dont nous ne voulons pas) est celle dans laquelle nous sommes nés.

 

L'exclusivisme

 

Quelles raisons a-t-on de croire que le christianisme est plus vrai que les autres religions ?
D'abord le Nouveau Testament semble l'affirmer :

Jésus dit
Je suis le chemin, la vérité et la vie, nul ne vient au Père que par moi. Jean 14.6
Moi et le Père nous sommes un. Jean 10.30.
Celui qui m'a vu a vu le Père Jean 14.9
Avant qu'Abraham fut, je suis Jean 8.58

En parlant ainsi, Jésus ne s'affirme-il pas clairement comme « Dieu » et « Fils de Dieu » ? Ne prétend-il pas être le seul chemin du salut et donc fondateur de la seule vraie religion ?

Luc écrit aussi :

Le salut ne se trouve en aucun autre ; car il n'y a sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes (que celui de Jésus-Christ) par lequel nous devions être sauvés Actes 4.12.

Mais la plupart des biblistes ne croient pas que ces paroles aient été prononcées par le Jésus historique qui aurait ainsi lui-même enseigné qu'il était Dieu incarné, mais qu'elles lui ont été attribuées par les auteurs bibliques 60 ou 70 ans plus tard.

De plus ces paroles, si on les lit attentivement, de signifient en tant que telles que Jésus soit Dieu incarné :

Le titre de « Fils de Dieu », fréquent à l'époque, était utilisé pour bien d'autres que Jésus. L'évangéliste Luc, par exemple, dans la généalogie qu'il donne de Jésus, appelle Adam « Fils de Dieu ». Luc 3.38. Les anges étaient « Fils de Dieu », le peuple d'Israël l'était aussi ; même un juif pieux pouvait être nommé ainsi.
Les anciens rois d'Israël étaient couronnés comme « Fils de Dieu » :

Tu es mon Fils, c'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui Psaume 2.7

Ces mots ont évidemment un sens métaphorique et ne veulent pas dire que le roi avait été littéralement engendré par Dieu. « Fils de ... » signifiait un « véritable serviteur de... », « celui qui vivait dans l'esprit de ... ». La notion de divinité n'est pas en question.
Lorsque le christianisme s'est étendu à l'ensemble de l'Empire, l'expression « Fils de Dieu » a reçu rapidement un nouveau sens de la tradition gréco-romaine, jusqu'à devenir la seconde Personne de la divine Trinité. C'est de là que proviennent nos difficultés actuelles.

La conception selon laquelle le christianisme est la seule vraie religion, source du seul salut et que les autres sont exclus du salut se nomme « exclusivisme ». Elle se distingue de l'« inclusivisme » auquel se rattachent aujourd'hui la majorité des théologiens chrétiens et des responsables d'Églises et de du « pluralisme » qui a notre faveur.

 

L'inclusivisme

 

L'inclusivisme dit qu'en dehors de l'Église, tous les hommes de bonne volonté sont des chrétiens anonymes que l'on peut considérer comme ayant une foi chrétienne implicite, c'est-à-dire comme des gens qui accepteront le Christ comme leur Seigneur et leur Sauveur lorsqu'ils le rencontreront face à face après leur mort.
Dans cette conception, le christianisme demeure donc la seule vraie religion mais ceux qui n'auront pas connu le Christ bénéficieront néanmoins de sa mort rédemptrice. Ce fut la position de l'Église catholique au concile de Vatican II dans les années 1960 ; c'est la position du pape actuel et de la plupart des Églises, catholique, anglicane, méthodistes, réformées, baptistes etc, à l'exception des fondamentalistes dans chacune de ces Églises.
L'inclusivisme a l'avantage de préserver la conception traditionnelle de l'unicité du christianisme, de sa supériorité et de sa normalité, tout en abandonnant l'horrible affirmation que seuls les chrétiens peuvent être sauvés. C'est la raison pour laquelle elle est aujourd'hui répandue et populaire.

L'inclusivisme est néanmoins critiquable. Dans le système solaire, les planètes gravitent autour du soleil reçoivent sa lumière. Mais la conception inclusiviste dit que le soleil ne fait briller sa lumière que sur la terre, qui la reflète elle-même sur les autres planètes. Cela signifierait que les autres religions ne recevraient la lumière de Dieu qu'indirectement reflétée par notre christianisme.
On pourrait aussi prendre une comparaison économique : les chrétiens seraient les riches qui partageraient une partie de leur richesse avec les pauvres.

Évidemment il faudrait aussi savoir ce que l'on entend par « recevoir le salut ». Si le salut est d'être pardonné et accepté par Dieu grâce à la mort rédemptrice de Jésus sur la croix, il s'agit d'une notion typiquement chrétienne et le christianisme est effectivement la seule religion véritable.
Mais on peut donner du salut une définition plus concrète et que tous les hommes du monde puissent intégrer à leur existence réelle : connaître une vie réellement nouvelle, ici et maintenant, en nous dépréoccupant de nous-même et en réorientant notre pensée vers la réalité divine que nous nommons Dieu. Un telle notion du salut nous libèrerait de nos blocages humains pour nous ouvrir avec amour et compassion à nos frères les autres hommes, pour partager avec eux, qu'ils soient près ou qu'ils soient loin, un peu de notre intelligence, de notre temps et de notre énergie.
C'est ce que disait saint Paul lorsqu'il parlait des

« fruits de l'Esprit qui sont amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, maîtrise de soi » Galates 5.22.

Amour et paix dont nous préciserions sans doute aujourd'hui qu'ils impliquent un engagement de justice sociale.

Il ne faut donc pas se demander si l'on est sauvé ou non, mais quelle direction prend notre vie, quelles sont nos préoccupations fondamentales.

 

.

 

Notre vocation à l'amour et à la compassion nous est transmis par différentes sources.
- Certains écoutent l'appel de Jésus à aimer notre prochain comme nous-même et même à aimer ceux qui se considèrent comme nos ennemis :

Soyez Fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et pleuvoir sur les justes et sur les injustes Matthieu 5.44

- D'autres entendent le même appel dans la Bible hébraïque qui proclame :

Tu aimeras ton prochain comme toi-même Lévitique 19.18.

Et l'enseignement du Talmud :

Ce qui est mauvais pour toi, ne le fais pas à ton prochain, ceci est toute la Loi, le reste n'en est que commentaire. Talmud de Babylone, Shabbat 31a.

- D'autres écoutent l'enseignement hindou, sur lequel le Mahatma Gandhi a fondé son action :

Si quelqu'un te donne un verre d'eau et que tu lui rendes aussi un verre d'eau, ce que tu as fait n'est rien. La vraie beauté consiste à rendre le bien pour le mal. Gandhi, Autobiographie, I, chap. 10.

- D'autres entendent le Bouddha :

Comme une mère s'occupe de son fils, son fils unique, c'est ainsi que l'esprit de l'homme doit s'occuper de tout ce qui vit Sutta Nipata, 143.

- D'autres encore écoutent le Coran :

L'action bonne n'est pas semblable à la mauvaise.
Repousse celle-ci par ce qu'il y a de meilleur :
Celui qu'une inimitié séparait de toi
deviendra alors pour toi un ami chaleureux. 41.34

Et les soufis de l'islam, comme disait Rumi :

Dieu fit ce reproche à Moïse :
- J'étais malade et tu n'es pas venu me visiter.
Moïse répondit :
- O Seigneur, que dis-tu, toi le Transcendant ?
Dieu dit à nouveau :
- pourquoi n'es-tu pas venu t'enquérir de moi alors que j'étais malade ?
Moïse répondit :
- Seigneur, tu n'es jamais malade, que signifie ce que tu dis ?
Et Dieu dit :
- Un de mes serviteurs était malade ; sa maladie était ma maladie, sa douleur était ma douleur.

Toutes ces paroles sont authentiquement chrétiennes. Elles sont également authentiquement juives, musulmanes, hindoues et bouddhistes, car l'éthique fondamentale est universelle et toutes les religions tendent à tourner les pensées de l'homme vers l'amour et la compassion.
Seule l'éthique fondamentale est universelle, à la différences des traditions particulières qui se sont développées au cours des siècles dans les diverses civilisations. Celles-ci n'ont rien d'immuable et doivent même être changées lorsque les circonstances qui les ont suscitées ne sont plus les mêmes, faute de quoi elles deviendraient nuisibles.
C'est le cas notamment de certaines lois de l'Ancien Testament datant de la vie au désert des Hébreux, de certaines règles de la sharia islamique ou même de certaines de nos lois ecclésiastiques concernant l'ordination des femmes, le remariage des divorcés et l'homosexualité. L'évolution des sensibilités et les découvertes scientifiques suscitent à juste titre cette modification indispensable des lois sociales.
Mais on constate que dans toutes les religions, l'éthique fondamentale est universelle et demeure immuable.

 

.

 

Individuellement, les chrétiens sont-ils plus fidèles à l'éthique fondamentale et globalement meilleurs que les autres hommes ? Il n'est que de regarder nos voisins des autres religions qui vivent dans notre entourage pour nous rendre compte qu'ils ne sont en général ni moins aimants ni moins honnêtes que nous, ni moins fraternels à l'égard des pauvres et des faibles, ni moins attachés au bien commun. Ils ne sont pas moins affectueux que nous à l'égard de leurs enfants, ni moins fidèles à leur religion.
Les bons et les mauvais sont partout, y compris chez les chrétiens. Les chrétiens ne sont ni meilleurs ni pires que les autres.
J'ai eu l'occasion, dans mon ministère, de beaucoup fréquenter les fidèles des autres religions, juifs, musulmans, bouddhistes, hindous et sikhs et j'ai eu le privilège de découvrir parmi eux de véritables saints ; des hommes qui transcendaient à tel point leur ego qu'ils étaient devenus comme transparents à la Réalité divine. De telles personnalités sont la preuve de l'universalité de la Présence spirituelle qui pénètre toutes les religions et pas seulement le christianisme.

Collectivement, les chrétiens ne me semblent pas non plus s'être conduits moralement mieux que les autres dans l'histoire des siècles passés. Il n'est, certes, pas très agréable de comparer les maux dont les uns et les autres se sont rendus coupables, mais puisque certains prétendent que la civilisation chrétienne s'est manifestement fait remarquer par la supériorité de sa valeur morale, il faut bien rappeler les séculaires persécutions des Juifs, les Croisades, les bûchers des hérétiques et des sorcières, la conquête et l'exploitation du Tiers-Monde, l'esclavage, les terribles guerres du 20e siècle entre nations chrétiennes, l'holocauste des Juifs, le soutien apporté par les Églises aux dictateurs fascistes d'Italie, d'Espagne, du Brésil, du San Salvador, du Chili (pensons au général Pinochet), l'apartheid d'Afrique du Sud etc.

Non, les chrétiens ne se sont pas montrés meilleurs que les autres hommes du monde, ni sur le plan individuel ni collectivement.

 

La conception inclusiviste bute donc sur la constatation qu'il est difficile de considérer que le christianisme est l'unique vérité qui a sa place au centre et au coeur de toutes les traditions spirituelles et qu'il les inclue toutes.

 

Le pluralisme

 

Le pluralisme considère que les religions sont des réponses humaines différentes à la même Réalité transcendante que nous nommons Dieu. Ces réponses sont diverses dans la mesure où l'esprit humain a conçu plusieurs manières d'entrer en relation avec cette Réalité. La réponse du christianisme en une parmi celles des autres religions.
La diversité se trouve d'ailleurs également à l'intérieur de chacune des religions.

Dans le judaïsme, par exemple, une grande différence apparaît entre le Seigneur universel, béni soit-il, du judaïsme tardif et la conception ancienne de Yahvé, Dieu violent aux conceptions tribales, ordonnant aux Israélites de commettre un génocide contre les premiers habitants de la Palestine :

Va maintenant, frappe Amalek, à cause de moi,
détruis complètement tout ce qui leur appartient.
Sois sans pitié pour eux !
Fais mourir tout le monde :
les hommes et les femmes,
les enfants et les nourrissons,
les boeufs et les moutons,
les chameaux et les ânes. 1 Samuel 15.3

A l'intérieur du christianisme, Dieu était couramment conçu au Moyen Age comme brandissant la menace d'un enfer éternel. Les hommes tremblaient de crainte devant lui comme devant le Christ qui devait venir juger et condamner les hommes, sempiternels coupables. Les pires calamités, maladies, mort, sécheresse, épidémies, inondations étaient interprétées comme la punition des péchés du monde et leur fréquence révélait l'immensité de la colère divine. On ne pouvait que se réfugier dans l'intercession des saints et de la Vierge Marie. Ce n'est qu'aux 13e et 14e siècles que l'on recommença à penser que Jésus révélait un Dieu d'amour.

Ce n'est évidemment pas Dieu qui a changé au cours des siècles, ce sont les hommes qui ont modifié la représentation qu'ils s'en font. Nous adorons Dieu selon nos conceptions et celles-ci varient considérablement d'une religion à l'autre et à l'intérieur d'une même religion.

 

Différences de doctrines

 

Les grandes religions ont des doctrines extrêmement différentes et souvent incompatibles entre elles. S'il est vrai qu'elles sont toutes des réponses à la même Réalité ultime, comment en est-il ainsi ?
Pour les chrétiens Dieu est trinitaire, Père, Fils et Saint-Esprit alors que pour les juifs et les musulmans, Dieu est absolument Un.
Pour les chrétiens, Jésus est la seconde personne de la sainte Trinité, alors que les autres religions le comprennent comme un prophète, un maître ou un gourou et non pas comme Dieu marchant sur la terre.
Dans les religions monothéistes, la Réalité ultime, le Réel absolu est une personne infinie, alors que la Réalité ultime n'est pas personnelle dans le bouddhisme, mais se situe au-delà de la distinction entre personnel et impersonnel.

S'il est vrai que les religions n'accèdent pas directement à la Réalité divine elle-même et ne peuvent que la présenter telle qu'elle apparaît à l'esprit humain, le christianisme ne peut pas prétendre connaître la Vérité absolue et il faut bien admettre que les autres religions reflètent une culture et un milieu historique différent du nôtre. C'est pourquoi elles ne se contredisent en réalité pas les unes les autres.
Il n'est pas extraordinaire que les musulmans, par exemple, pensent le divin et le nomment Allah selon le Coran tandis que les chrétiens pensent le divin et le nomment Père céleste de Jésus-Christ ou, de manière plus théologique Sainte Trinité.
Thomas d'Aquin disait déjà que la connaissance des choses réside dans l'esprit de celui qui les connaît et selon sa propre nature.

Si le christianisme est pour nous la seule vraie religion c'est que nous y avons été élevés, il nous a formés et nous a créés à sa propre image. Il nous convient, nous pouvons le vivre pleinement, il n'y a aucune raison pour que nous le quittions. Mais il est bien naturel que nous admettions qu'il en soit de même pour les fidèles des autres religions : qu'ils n'abandonnent pas la foi qui les a formés, qu'ils la vivent pleinement, mais qu'ils ne prétendent pas non plus qu'elle est supérieure aux autres !

.

 

Vivons notre foi, épanouissons-y notre spiritualité, aussi longtemps qu'elle nous soutient et comprenons en même temps que les fidèles des autres religions en fassent autant de leur côté. Approfondissons notre connaissance mutuelle et enrichissons-nous les uns les autres tant que nous le pouvons.

Ne traitons pas les autres religions en rivales ou en ennemies et ne les regardons pas comme inférieures : elles ne sont que des réponses différentes à la même Réalité divine, qui ont surgi à des moments différents et dans des cultures différentes de l'histoire de notre monde.

Établissons des contacts fraternels avec les fidèles des autres religions lorsqu'ils s'efforcent de transcender l'élan de leur foi et de réfréner comme nous l'habituelle prétention à l'absolutisme, afin que ne soit plus jeté d'huile sur le feu des conflits du monde.

 

 

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