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Vrai Jésus et Jésus « inventé »

 

Christian Clanet

 

Guetteurs rebelles

 

Comment après la mort de Jésus ont été délaissés son enseignement, sa proposition, son « évangile », remplacés par une construction mythologique… un Jésus-CHRIST... dominante dans nos quatre évangiles et depuis deux mille ans.

Questionné par Christian Clanet, entretien avec Roger Parmentier, pasteur, devenu « non-religieux », mais plus que jamais pasteur, exégète, théologien (non-aligné, cela va de soi)

 

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16 Juillet 2011

On vous trouve bien agité, guilleret, heureux, ces temps-ci, malgré vos 93 ans, comme quelqu’un qui viendrait de faire une bonne affaire, une grande trouvaille… Est-ce vrai et si oui, pourquoi ?

C’est vrai, mais la grande trouvaille ce n’est pas moi qui l’ai faite, mais des historiens spécialisés, des exégètes. Figurez-vous qu’ils ont retrouvé Jésus, oui, parfaitement. Ils ont retrouvé son enseignement et plus précisément le cœur de son enseignement incompris et délaissé depuis 2000 ans par ceux-là même qui faisaient profession de le connaître, les théologiens chrétiens, les prédicateurs, les fidèles. C’est pourquoi il s’agit d’une redécouverte exaltante et inouïe. Mais ce n’est pas la seule : il y en a une autre, décisive, dont il faudra parler, celle des inventeurs du christianisme, du faux évangile de Jésus ?

Pour le moment, qu’en est-il du cœur du message de Jésus ?

D’une offre grandiose, inimaginable : renverser totalement l’ordre néfaste du monde, les oppressions politiques, les exploitations financières, les obscurantismes religieux d’un autre âge et toutes choses semblables… et le remplacer par le nouveau monde qu’avaient pressenti et voulu depuis le commencement de l’humanité tous ceux qui avaient soigné, nourri, protégé, osé imaginer que puissent régner la justice, la sécurité, la paix, l’entente générale… Personne n’avait osé proposer avant lui de se battre en même temps sur tous les fronts, vouloir une transformation planétaire, une mutation planétaire des esprits et des comportements, en commençant par réaliser soi-même ou par petits groupes cette folle utopie à contre-courant de tout.

Effectivement c’est délirant… Comment a-t-il formulé cela ?

C’est ici qu’intervient la précieuse trouvaille de nos savants : ils ont inventé le moyen de repérer dans le fatras des évangiles contenant des pages mythologiques et des paroles faussement attribuées à Jésus, des paroles authentiques de Jésus dont le centre est la proposition du « monde renversé », méthode à première vue facile, puisqu’il s’agit de repérer les phrases qui sont communes aux évangiles de Matthieu et de Luc. Et donc proviennent d’un recueil antérieur (non retrouvé jusqu’ici) qu’on a nommé la Source des Paroles, ou « La Source ».

Pourquoi dites-vous à première vue facile ?

Pour bien des raisons… Il s’agit parfois de lambeaux de phrases, ou même de simples mots…
D’autre part Jésus n’ayant rien écrit, il s’agit d’un recueil constitué grâce aux souvenirs des anciens auditeurs de Jésus, sans doute devenus ses compagnons sur les routes de Palestine. On peut imaginer qu’ils l’ont constitué parce qu’ils étaient indignés du nouvel évangile (à leurs yeux faux) qui avait remplacé celui de Jésus et qui se répandait partout. Mais eux-mêmes ont pu être contaminés par les idées ambiantes.
Et puis le fil conducteur de tous ces textes n’apparait pas avec évidence, ni sa proposition centrale difficile à découvrir et à interpréter… Il y faut de bons spécialistes. Mais ils ont fait ce travail pour nous.

Quel est donc ce centre du message de Jésus, difficile à découvrir ?

Jésus l’a formulé en parlant de la bonne nouvelle que « l’entrée dans le Royaume (ou le Règne) de Dieu était maintenant immédiatement accessible »… mais aussi que certains en « verrouillaient l’accès, n’entraient pas eux-mêmes et empêchaient les autres d’entrer » ; et que d’ailleurs il fallait emprunter un chemin étroit et passer par une porte étroite, en se délestant de bien des richesses au profit des pauvres.
Mais les termes de « Royaume » et de « Dieu » posent problème : certains auditeurs ont compris qu’il s’agissait de « rétablir la monarchie d’Israël » et donc que Jésus était un chef insurrectionnel contre les Romains comme les autres. Malentendu épouvantable. D’autres l’ont interprété comme l’annonce d’un Royaume à la fin des temps qui leur semblait imminente. Néfaste interprétation qui dure encore…
Et le mot « Dieu » était une valeur sure à l’époque. Tout le monde, juif, grec ou romain croyaient parfaitement comprendre de qui il s’agissait… Aujourd’hui ce n’est plus le cas, sauf pour ceux qui ont été formatés dès leur enfance et tout au long de leur vie.

Qu’est-ce que ça a de tellement révolutionnaire ?

D’une part c’est une proposition tellement généreuse réclamant lucidité sur la situation, audace démesurée, pour tout donc une immense foi, et une générosité jamais vue à ce degré envers tout ce qui vit, les plus menacés en priorité ; et d’autre part cela vient déstabiliser et même jeter à bas si nécessaire (mais les Eglises s’effondrent d’elles-mêmes dans notre univers sécularisé) tout ce qui a été construit au nom d’un christ fictif depuis deux mille ans : évangiles non historiques (à une exception près), doctrines, prédications, catéchèse, liturgies, théologies, traditions sans fondement, théocraties chrétiennes, cantiques doctrinaires, prières pour approprier le formatage, etc…
Tout cela auquel la plupart ont adhéré et de bonne foi doit être remplacé par le message retrouvé de Jésus : c’est plus qu’une Réforme ou une Révolution : c’est une Mutation radicale et fondamentale. Mais se trouvera-t-il des croyants assez fidèles et audacieux pour la vouloir et la réaliser ?

Et quelle est la seconde découverte dont visiblement vous brûlez de parler ?

Vous avez raison : elle m’émeut au plus haut point et j’imagine qu’elle troublerait, mais enchanterait peut-être, ceux qui s’en doutaient, mais sans guère de preuves. Il s’agit de la fabuleuse invention du christianisme entre l’an 30 (mort de Jésus) et l’an 37 (conversion de Saül de Tarse, justement au christianisme). C’est entre ces deux dates que s’est produite la catastrophe : le remplacement de l’Evangile de Jésus, de sa proposition immensément généreuse par une construction n’ayant rien à voir avec ce que Jésus avait enseigné (désormais mis au placard, pour la plupart).

Que s’est-il passé ?

On ne le sait pas avec précision, car rien n’est décrit dans les épitres de Paul, la fin des évangiles, les Actes des Apôtres. Mais cet ensemble fournit suffisamment d’éléments pour qu’une tentative de reconstitution soir possible. Tout est parti, semble-t-il, de ce qu’on peut appeler « la rumeur de Jérusalem ».

Qu’entendez-vous par là ?

Le bruit s’est mis à courir dans cette ville que des femmes ayant accompagné Jésus sont allé à son tombeau pour procéder à des soins funèbres et qu’elles l’ont trouvé vide. Et comme elles ne savaient que penser, un ou deux anges leur sont apparus, venant dire, de la part de Dieu, que Jésus était ressuscité.
Elles s’empressèrent de le raconter à leurs compagnons, qui dans un premier temps ont eu une réaction de bon sens : ils tinrent cela pour des « rêveries », entendons des balivernes, ou (dans l’esprit du temps) des « contes de bonnes femmes »…

Pourquoi ont-ils changé d’avis ?

C’est là que se trouve l’élément déterminant : le Messie « ressuscité » le Messie des « apparitions » n’aurait eu qu’une déclaration à faire, non pas décrire sa souffrance sur la croix ou de l’expérience de la mort, mais d’affirmer que toute l’Ecriture (entendez l’ancien testament) ne parle que de lui et spécialement annonce ses souffrances de la « Passion ».
Or il y avait à Jérusalem en ces temps-là des Juifs originaires des villes du bassin méditerranéen, de culture et de langue grecques, et de ce fait pouvaient être de bons connaisseurs de la traduction de la Tora en grec, la Septante. Un groupe d’entre eux, attachés à la présentation du Serviteur souffrant dans Esaïe 53, contrairement aux « politiques » partisans d’un Messie royal, chef de l’insurrection finale, entendant la « rumeur de Jérusalem » ont été convaincus que ce Jésus était le Messie souffrant et ressuscité qu’ils attendaient.
Ces « Hellénistes » venaient d’inventer le christianisme et commencèrent à proclamer le nouveau message (leur Kérygme, leur nouvel évangile) n’ayant rien à voir avec celui de Jésus.

Mais comment se fait-il que les auditeurs-compagnons-disciples de Jésus aient accepté pareille transformation, dénaturation.

Il est certain que la démonstration par « l’Ecriture » (par des textes de l’A.T. tirés de leur contexte et auxquels on attribuait une signification toute différente de celle des rédacteurs) a joué un rôle bien plus décisif pour des Juifs attachés à la Tora, que les douteuses « apparitions ».
Et puis ce message était prodigieux et exaltant : le vaincu de la croix devenait le vainqueur, l’humilié devenait le grand chef et ses disciples-partisans, un moment abattus, devenaient avec lui des triomphateurs. Avec en prime, puisqu’il avait vaincu la mort, la garantie de notre propre résurrection. C’était exaltant et allait faire le tour du monde pendant près de deux mille ans…

Mais encore une fois quels témoins de l’enseignement de Jésus ont-ils pu accepter un tel remplacement de l’évangile de Jésus par cette construction sans doute bien intentionnelle, mais qui devait être peu crédible ?

Il semble qu’il y ait eu des résistances importantes. Mais à l’inverse, le plus chaud partisan de cette substitution a du être l’apôtre Pierre, l’impulsif. Son discours à la Pentecôte le laisse entendre, même s’il a été composé par l’auteur des Actes. C’est un parfait discours « helléniste »… parsemé de citations de l’A.T. interprétées sans un sens « christologique » abusif.

Que s’est-il vraiment passé à la Pentecôte ?

C’est le moment où la « rumeur de Jérusalem » (le tombeau vide, les anges messagers) atteint la population de la ville, la mettant en ébullition : les uns en sont des chauds partisans, à l’enthousiasme exalté et débordant, les autres trouvent cela irrecevable et scandaleux, une « imposture » de plus… Et comme les « Hellénistes » viennent de l’étranger, parlant donc les dialectes locaux, on s’est imaginé que c’était un « don du Saint-Esprit ». Et dès que quelqu’un adhérait au nouvel évangile on décrétait que lui aussi avait reçu le « don du Saint-Esprit » et il était baptisé séance tenante, on ne sait où, ni comment, d’ailleurs. Tout ceci a été mis par écrit (dans les Actes) au moins cinquante ou soixante ans plus tard, après que des années de « prédication » l’aient enjolivé…

Quelles étaient les caractéristiques de la « prédication helléniste » ?

Avant tout un recours fondamental à quelques textes choisis de l’A.T., interprétés christologiquement, comprenez : pour faire dire à ces textes que le crucifié était le Messie méconnu et maintenant glorifié. Le quatrième évangile ira même jusqu’à laisser entendre que Jésus était « Kurios » (empereur chez les Grecs ; nom donné aussi à Yahvé par les traducteurs de la Septante) et « Dieu », ce qui a donné toutes les dérives que l’on sait. Les Juifs traditionnels étaient horrifiés et on les comprend.
La deuxième caractéristique, si l’on en croit – avec prudence – le discours provocateur du responsable helléniste Etienne, qui va finir lapidé, consiste en attaques virulentes contre les piliers traditionnels : la loi et le temple ; mais aussi contre le peuple d’Israël lui-même d’être constamment rebelle à Dieu. Qu’on en juge : « Hommes au cou raide, incirconcis de cœur et d’oreille, toujours vous résistez à l’esprit saint ; vous êtes bien comme vos pères. Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? Ils ont même tué ceux qui annonçaient d’avance la venue du Juste, celui-là même que vous avez trahi et assassiné » (Actes 7.51). On comprend que de tels discours aient ulcéré les fidèles, surtout les intégristes et les autorités religieuses. C’est ce qu’il est convenu d’appeler « l’antijudaïsme théologique » (n’ayant rien à voir avec l’antisémitisme…).

Quelle violence, en effet ! Mais comment les anciens disciples de Jésus qui formaient l’essentiel de l’Eglise de Jérusalem » l’ont-ils supporté ?


Ils ne l’ont pas supporté justement, mieux, ni les autorités juives. Les disciples ont tenté sans succès de faire taire les Hellénistes et donc de se réserver la proclamation publique. En vain. Etienne, Philippe, les autres Hellénistes sans doute se sont mis à prêcher en toute occasion le nouveau message sans ménagement à l’égard de leurs frères juifs.
Les autorités juives ont été ulcérées, indignées, scandalisées, folles furieuses et ont déclenché, dès la mort d’Etienne, une violente persécution, ciblée contre les Hellénistes, puisque seuls ceux-ci ont été chassés de Jérusalem et de Judée…

Chassés ?

Oui, vers la Phénicie, la Syrie de la région de Damas et celle de la région d’Antioche au nord-ouest. Ils vont en profiter pour proclamer le nouvel évangile, aux Juifs d’abord, mais aussi aux non-Juifs (appelés habituellement les païens) avec un succès considérable parmi ces derniers, au point de pouvoir faire de la ville d’Antioche la « rampe de lancement » de la mission de ces « chrétiens » (les partisans du Christ, du Super-Messie) vers le monde méditerrannéen, dans les pays des oppresseurs grecs et romains, où leur message mythologique va connaître un franc succès, car ils n’en étaient pas à une mythologie près…

Qui étaient-ils ces aventuriers du nouvel évangile ?

Je l’ai dit les « Hellénistes » qui avaient rallié l’Eglise de Jérusalem et l’avaient compromise en partie aux yeux des autorités juives, du tribunal juif, le Sanhédrin. Mais les esprits se sont calmés après l’expulsion des Hellénistes et l’Eglise de Jérusalem être acceptés même aux offices du Temple.
Mais j’ai oublié de vous dire le principal : c’est que les Hellénistes ont réussi un coup de maître par leur proclamation, la conversion de Saül de Tarse sur le chemin de Damas : il est saisi d’une illumination : bien sûr les Hellénistes ont raison. Ce Jésus détesté était assurément le Serviteur souffrant des Ecritures. Ce n’est pas pour ses propres péchés qu’il a été maudit de Dieu, pendu au bois, crucifié, c’est manifestement pour les nôtres et c’est pour cela que Dieu l’a ressuscité. Elémentaire, mon cher ami.

Mais qui était ce Saül-Paul ?

Un personnage hors du commun. Il avait d’ailleurs quatre cartes d’identité, ou quatre passeports : il était grec, de langue et de culture ; il était juif et de la meilleure souche, pharisien d’un zèle extrême ; il était « citoyen romain », titre prestigieux et véritable sauf-conduit juridique ; et finalement par-dessus tout cela il était devenu « chrétien », à son propre étonnement.
Il avait fait d’excellentes études à Jérusalem, auprès de savants illustres, avait étudié quand même toutes les interprétations de l’Ecriture ; et été initié aux dialectiques juives les plus subtiles. Tout cela allait beaucoup lui servir après qu’il eût changé de camp.
A Damas, les chrétiens qu’il avait voulu persécuter, un peu apeurés quand même par cet excité, l’ont pris en main, l’ont catéchisé de la bonne doctrine des hellénistes, baptisé vite fait bien fait, nourri, logé et quelques jours plus tard le voilà qui « confond les habitants juifs de Damas, en prouvant que Jésus était bien le Messie », le « Christ ».
Et avec le génie qui était le sien il développe le kérygme-proclamation qui n’était gros que comme un grain de riz, il en fit une doctrine, une dogmatique, une machine de guerre, gros comme une citrouille. Paul n’a donc pas inventé le christianisme ; mais il a su lui donner une ampleur inimaginable et, avec lui, à rassembler des communautés d’églises et à les « organiser » de main de maître.

A-t-il écrit ?

Oui, beaucoup. Des lettres aux communautés et à ses amis. Certaines sont de vrais traités de doctrine élaborée par lui. Des merveilles pour qui veut connaître les mentalités, les usages, les modes de fonctionnement des premières communautés « chrétiennes » pauliniennes… Quel dommage que Jésus n’en ait pas fait autant.

Et Jésus ? Qu’est-il pour Paul ?

Son enseignement, sa vie, ses paraboles, ses formules inoubliables (la paille et la poutre, le chameau et le trou de l’aiguille…) et surtout sa proposition d’entrée immédiate dans le mode de fonctionnement de Dieu tel que Jésus y avait invité, laisse Paul parfaitement indifférent. Il avait en effet, un complexe d’infériorité à l’égard des disciples qui avaient été les auditeurs de Jésus et ses accompagnateurs-imitateurs.
Et ça, Paul ne pouvait pas le supporter. Il est allé jusqu’à écrire l’horrible phrase : « Si nous avons connu le Christ (dire Jésus serait préférable) selon la chair (entendez : comme les humains peuvent se connaître), maintenant nous ne le connaissons plus ainsi » (2 Co.5.16). Stupéfiant ! Jésus prêchant aux foules et aux particuliers, présentant ses paraboles géniales et recrutant pour son entreprise de guérison, de libération, de sauvetage, ça ne compte pas, je ne veux pas le connaître… Ce qui compte c’est le Christ sacrifié par Dieu et rendu à la vie, une vie étrange, d’ailleurs…
C’est donc grâce aux Hellénistes et à lui qu’on a tenté après la mort de Jésus de se débarrasser de lui spirituellement, en le remplaçant par un « Christ » fictif, pure construction imaginaire.

Effectivement c’est stupéfiant. Et ça a pris ?

De façon prodigieuse. C’est cette représentation d’un Christ divin, monté au ciel, assis à la droite de Dieu, c’est à dire disposant des pleins pouvoirs de Dieu lui-même, et même devenu « seconde personne » d’une « trinité » imaginaire qui l’a emporté. Elle s’est imposée à nous. Ou on nous l’a imposée, malgré d’innombrables protestations au cours des siècles.
Mais les « hérétiques » ont été massacrés, enfermés dans des prisons abominables, torturés, brulés vifs, parfois la langue tranchée pour être sur de leur silence, leur mémoire déconsidérée est jetée aux oubliettes. Après quoi on peut se donner de grands airs, comme si de rien ne s’était passé…
Et puis le faux-évangile des Hellénistes nous a été martelé de mille manières au cours des siècles : le Vendredi saint, la multiplication des crucifix et des croix, les fêtes de Pâques, de l’Ascension, de Pentecôte, du Christ-Roi, de Noël… doublées par celles attribuées à la Vierge Marie, car rien à craindre de ce côté-là puisqu’elle n’a effectivement rien dit, ni écrit…
Et puis le « dimanche » qui n’a l’air de rien, dont la plupart des gens ne savent plus pour institutionnaliser le jour où Marie de Magdala a trouvé le tombeau vide… Nous avons été mis en cage, enfermés de force dans la nasse du kérygme, pris au piège, avec impossibilité d’en sortir…
Et surtout généralement privé de l’Evangile de Jésus, si grandiose, si généreux, si novateur et réformateur… presque partout et en tout temps…

Pourquoi dites-vous « presque » ?

Parce qu’il faut absolument parler de deux « miracles » (qui n’ont rien de surnaturel, je le crois, d’autant que le surnaturel n’existe pas le naturel suffisant à notre bonheur) évoqués déjà au tout début de cet entretien :
Le premier c’est l’idée géniale d’anciens auditeurs-disciples de Jésus de rassembler tous les souvenirs qu’ils avaient conservés, sans doute tant bien que mal, de l’enseignement-proposition de Jésus. C’est ce qu’on appelle maintenant la rédaction de la Source des Paroles de Jésus, peut-être plus complète et un peu différente du recueil qu’il a été possible de tenter de reconstituer. S’ils ne l’avaient pas fait il est probable que nous ne saurions rien d’authentique concernant Jésus…
Le deuxième « miracle » c’est que Luc et Matthieu, rédigeant leurs « vies de Jésus » hellénistes, mythologiques, aient cependant intégré à leur évangile le recueil des « Paroles de Jésus », chacun à sa manière. Et qu’il est possible maintenant de retrouver, grâce au travail minutieux des exégètes. C’est vraiment prodigieux. S’ils (les rédacteurs) n’avaient pas eu dette idée saugrenue (saugrenue, car c’est marier la carpe et le lapin) il est probable que la Source aurait été perdue.
Et à partir de cette « Source » (et des textes qui sont consonnants avec elle) on peut avant tout avoir une idée plus précise du message et des motivations de Jésus, d’une part ; et d’autre part, avec l’apport de ce qu’il a été possible d’apprendre sur les nocives constructions des Hellénistes, identifier dans nos évangiles ce qui s’écarte de la pensée de Jésus et donc ne doit pas être « pris pour parole d’évangile ». Quel bonheur !

En conclusion êtes-vous optimiste ?

Oui, malgré une situation catastrophique, les Eglises chrétiennes s’effondrent, leur message « helléniste », paulinien, johannique n’est plus reçu, leur « credo » n’est plus crédible ; elles n’ont plus de message, d’évangile valant la peine qu’on lui donne vie (malgré la présence de chrétiens très généreux, on ne sait pourquoi), les Eglises s’effondrent ou sombrent dans un fondamentalisme volontairement ignorant, un sentimentalisme gourmand d’émotivité infantile et de prédications terrifiantes et insignifiantes… et à côté des aspirations dramatiques parce que souvent sans issue et cette petite pousse de l’Evangile de Jésus retrouvé, mais si petite, si discrète, si fragile… mais peut-être fera-t-elle se lever des femmes et des hommes ayant une foi et une détermination analogues à celles de Jésus, ayant retrouvé l’audace d’une parole et d’actes prophétiques…

 

 

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