
Du monde des affaires à la création littéraire
Gilles Cosson
162 pages – 15 €
Recension Gilles Castelnau
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Gilles Cosson, commence par nous raconter longuement la première partie de sa vie. Il s’exprime de façon extrêmement vivante. Il est agréable à lire et sympathique à suivre depuis sa petite enfance et son adolescence. Et son récit devient passionnant car on comprend brusquement qu’il est intellectuellement et humainement très doué : il nous fait pénétrer avec simplicité à sa suite dans le monde toujours un peu mystérieux des grands dirigeants de la société industrielle. Il fait la prestigieuse École Polytechnique, il est officier dans la Marine Nationale et voyage à travers le monde. Il entre dans la vie active aux États-Unis, et se trouve tout naturellement parmi les cadres dirigeants de la Banque de Paris et des Pays-Bas où l’on comprend qu’il exerce désormais de hautes fonctions dans le monde industriel et que son influence y est devenue considérable.
Il présente cet itinéraire sans aucun orgueil ni ambition déplaisante ; bien au contraire il en illustre les épisodes avec des remarques d’une très grande largeur d’esprit et de réflexions humanistes fort intéressantes où apparaît son amour de la nature et celui de la musique.
C’est alors qu’il déclare entrer dans la seconde partie de sa vie où toute l’expérience de sagesse et de culture humaine qu’il a longuement acquise durant sa prodigieuse carrière débouche sur la rédaction de romans historiques et imaginaires ouvrant à un univers spirituel élevé.
Il présente alors les nombreux livres qu’il a écrits et en présente la mystique qui englobe et dépasse les grandes religions que sont le judaïsme, le christianisme, l’islam et le bouddhisme.
En voici d’ailleurs des passages.
…….
Première partie
Homme d’affaires et de grands chemins…
Marine nationale
Il est peu de moments aussi chargés d’émotion dans la vie d’un bâtiment que celui où chacun regagnant sa tanière, le quart de service se retrouve en charge de la nuit. On est là une poignée sous les étoiles, avec à ses pieds un corps vivant, la table à cartes brille doucement, les paroles sont rares et chacun rêve au rythme lent de l’océan en pensant aux camarades qui vous font confiance pour les mener à bon port. Le bateau tanguait en mesure et une gerbe d’écume phosphorescente se laissait entrevoir à chaque embardée. Au-dessus du pont, les mâts oscillaient, paraissant tracer sur la voûte céleste un dessin énigmatique. Perché sur son fauteuil surélevé, l’officier de quart somnolait en silence et la cheminée faisait entendre un bruit grave et régulier qui était comme l’image de la vie animale…
Entrée dans la vie active
Je dois avouer que l’idée du Seigneur des mondes me revint à l’esprit à l’occasion de la catastrophe mondiale évitée de justesse. Je n’imaginais que trop bien la femme que j’aimais transformée en torche par l’explosion d’une bombe atomique sur les installations pétrolières de Lavéra et, à mon retour, j’entrais un jour furtivement dans la cathédrale d’Aix à l’heure du sermon. L’éloquence y vibrait, comme sous Bossuet et je compris que, dans ces contrées marquées par l’influence romaine, on avait gardé le goût du beau parler. Dieu n’y était qu’une thèse sur laquelle les rhéteurs discouraient, la distance était grande avec ma manière, austère par essence. Il me semblait que le Créateur, à supposer qu’il existât, ne pouvait que se cacher aux regards, se dissimuler au plus profond du cosmos, plutôt que de donner prise aux discours. Dieu n’avait que faire de l’art oratoire. Seule l’humilité pouvait le deviner au milieu du silence…
Séjour aux État-Unis
Car, contrairement a notre Europe ou déjà s’effaçait le rôle des églises, la foi était aux États-Unis plus qu’une affirmation sociale : une partie véritablement constitutive de l’identité du pays. Cette découverte m’impressionna en même temps qu’elle m’amenait à une interrogation fondamentale : comment cette croyance résolue en Dieu, qui marquait les gestes de la démocratie américaine, pouvait-elle se conjuguer avec l’amour du « roi dollar », dont tous les jours me montraient la force ? Comment mes camarades d’études parvenaient-ils à marier leur désir de gagner un maximum d’argent avec la Bible qu’ils brandissaient à l’envi ?
Randonnée en Islande
À distance du camp, un cône de scories s’élevait, circulaire. Sa forme était parfaite, je le gravis par curiosité et en arrivant en haut, le spectacle m’éblouit. Cinquante mètres plus bas, lové dans son écrin d’ébène, un lac scintillait, reflétant dans ses eaux les nuances du soir. Je descendis vers lui, m’arrêtant à mi-pente et m’assis.
[…]
Tout à coup, je crus sentir un souffle sur ma tête. Eaux, terre, nuages, tous semblèrent se tourner vers moi comme si les éléments eussent décidé de me parler de Celui que j’attendais. Le monde n’était qu’Un, Il en était le centre et Il était en moi comme j’étais en Lui. Il est difficile de décrire un tel sentiment de plénitude. Disons simplement qu’en rentrant au camp et sans que personne ne le sût, j’avais franchi un degré de plus dans mon évolution spirituelle.
[…]
Une chose était certaine : après ces diverses expériences, je devais maintenant modifier résolument mes priorités. Il était temps de changer de vie.
Deuxième partie
Un écrivain tardif
Ouvrages publiés : pourquoi et comment ?
Premiers travaux : aventure, lyrisme et histoire
Mes premiers ouvrages ont sans aucun doute été le fruit d’une réaction face au manque d’idéal du monde économique qui m’entourait. Ils témoignent donc des événements ayant secoué l’humanité dans le passé, mettant à nu les forces latentes des individus ou des peuples, forces dont je ressentais la puissance créatrice, mais aussi destructrice… ; car oubliant au passage les ravages des seigneurs de la guerre utilisant les populations et les femmes en particulier comme des pions au service de leur gloire. Disons que la fascination exercée par les grands conquérants m’a fait ressentir presque physiquement leur folie, en même temps que le rôle « d’inventeurs » de l’histoire dont ils étaient et sont toujours responsables, parfois même sans l’avoir voulu.
[…]
Quel Dieu s’il en est Un peut assumer tant de contradictions, avec tant de souffrances au passage ? Tel est au fond l’objet caché de ces premiers livres.
Ajoutons-y le fait que la beauté des lieux apporte souvent une signification supplémentaire au déroulement des événements. Et de Saint-Jean-d’Acre à l’Arménie, de Constantinople à Sébastopol, de la Courlande à Saint-Pétersbourg, des ciels éclatants de l’Anatolie aux froides solitudes des hauts plateaux caucasiens, ces sites illuminent l’atmosphère d’une lueur éblouissante, obligeant l’auteur à témoigner pour ceux que l’histoire a toujours ballottés sans pitié. Ce n’est sans doute pas un hasard si ces premières œuvres ont pour cadre le Moyen-Orient.
Deux recueils de nouvelles
Pour résumer, j’ai cherché dans ces différents ouvrages à répondre aux questions éternelles que nous nous posons tous : pourquoi la mort est-elle au bout du chemin ? Pourquoi le sentiment de la beauté est-il aussi poignant qu’évanescent, pourquoi François Villon dans sa Balade des pendus, Lamartine dans son Lac, ou encore Baudelaire dans son Recueillement ont-ils tenu à faire connaitre leurs angoisses face à cet éternel tourment ? Seules la poésie, la musique et les plus belles réussites artistiques, dans l’élan qu’elles manifestent vers l’éternité sont sans doute capables de faire face à ces questions : ainsi les plus admirables odes de la langue française relèvent-elles toutes, telle la « musique de l’âme » qu’elles incarnent, d’une inspiration qui nous dépasse.
Considérations sur le vingt-et-unième siècle
Qui étais-je, moi, produit d’un siècle de science et d’incroyance ? Qu’avais-je en commun avec ces hommes et ces femmes qui s’étaient groupés là dans un élan sincère ? Et je ne trouvais rien d’autre dont je pusse témoigner que la certitude personnelle du destin spirituel de l’humanité, certitude qui m’avait porté et soutenu contre vents et marées. C’est elle que j’avais trouvée dans les hautes montagnes du globe, de l’Himalaya aux Andes, de l’Islande aux cimes du Sahara, de l’Alaska à la Norvège, au terme du long retournement intérieur qui m’avait arraché au vertige de la puissance et des biens matériels. Mais en quoi cette foi différait-elle du « Grand Esprit » des Indiens d’Amérique, du Râ des Égyptiens, de l’Ahoura-Mazda de Zarathoustra, du Zeus des Grecs, du Christ compassionnel ou de l’impérieux Allah ? Certes je savais beaucoup du fonctionnement de l’univers, certes la science avait résolu bien des problèmes autrefois insurmontables, mais qu’étaient ces connaissances face aux questions lancinantes sur la vie et la mort. L’esprit fort existait-il vraiment ?
Annexe : Hymne à l’Univers
Dans le monde d’autrefois, à diverses étapes
Sont venus sur cette terre mes prophètes
Ce qu’ils disaient correspondait à ce que chacun pouvait recevoir
Leur vocation était d’ouvrir la voie aux hommes d’alors
Et cette vocation, ils l’ont accomplie au péril de leur vie
Avec humilité mais aussi avec force.
Tu les honoreras comme tu honores ton père
[…]
Car les temps ont changé et s’approchent les grandes mutations
Si tu dois honorer le passé, tu dois aussi éclairer le chemin
de tous ceux qui viendront derrière toi
Au moment de prendre ton essor
Regarde la création, contemple-Moi dans mes œuvres
L’univers est plus beau encore que tu ne le croies. Tout en lui est admirable
Les étoiles brûlantes sont belles, mais belle aussi est la chair créée.
Célèbre mon œuvre comme elle le mérite
Si tu ne veux pas qu’elle te renvoie le mal que tu lui auras fait.
Respecte-toi toi-même si tu ne veux pas te détruire
La souffrance que tu infliges à mes créatures, c’est à Moi que tu l’infliges.
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