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Et Rome s'enfonça dans la nuit

24-27 août 410 ap. J.-C.

 

Gilles Cosson

 

Les éditions de Paris Max Chaleil

144 pages, 14 €


Recension Gilles Castelnau


.

14 octobre 2017

Ce livre historique est si vivant et le cours du récit si bien mené qu'il se lit avec intérêt comme un roman. Gilles Cosson set un excellent historien qui a évidemment fait de considérables recherches documentaires pour composer cet ouvrage. Il est aussi un romancier très doué : il imagine avec Tullius Metellus, un personnage important dans les négociations entre le chef barbare Alaric qui assiège Rome – et finit par la prendre -, le pape Innocent III et l’empereur Honorius.
Les chapitres alternent le récit historique, les réflexions personnelles de Metellus rédigées en italiques et celles – en d’autres caractères encore – du secrétaire de Metellus.

Celui-ci reste fidèle aux Dieux romains et dialogue avec son « ami » saint Augustin qui le menace de l’enfer s’il ne se convertit pas au culte de « Chrestos ». Les théologiens historiens fronceront peut-être les sourcils à cette lecture, ainsi qu’aux représentations que Gilles Cosson nous propose de la spiritualité du stoïcien qu’était Tullius Metellus – qui ne priait par exemple certainement plus Jupiter - du christianisme arien des Barbares et des prises de position d’Innocent III dont le titre de pape était, à l’époque, à peine naissant. Il n’en demeure pas moins que ces dialogues religieux ne sont pas sans intérêt.
De multiples remarques nous situent bien dans le monde de la fin de l’Empire romain et sont certainement authentiques.
Ce livre est à la fois un plaisir et une occasion de culture.

En voici quelques passages.

 

 

page 21

Le contrôle du Sénat ne laissait rien au hasard... Mais chez tous, il sentait la stupeur devant l'impensable : Rome, la capitale de l'univers, inviolée depuis sa prise par les Gaulois de Brennus voici huit cents ans, était menacée d'être enlevée par un parti de Barbares dont les légions autrefois n'auraient fait qu'une bouchée. Alors, il sentait l'amertume monter à sa bouche comme dans ses jeunes années lorsqu'il lui avait fallu résister aux hordes perses triomphantes. Mais s'y ajoutait cette fois la débâcle sournoise de l'âge et il se sentait las. Seule la conscience de la mission à remplir le maintenait debout. On parcourait tous les jours une trentaine de lieues au rythme des cahots sur les lourds pavés et il atteignait la halte fatigué, n'ayant plus qu'une envie : celle de se reposer.

[...]

Sa sœur le reçut les larmes aux yeux et il eut fort à faire pour la rassurer, lui remettant à son départ un sauf-conduit reçu d'Alaric lui-même qui obligeait les forces barbares à respecter son porteur ainsi que ses biens. Mais les récits qu'elle lui fit de l'atmosphère qui régnait à Sorrente et à Naples, les relations faites par les fuyards du Nord de la brutalité sauvage des Wisigoths donnaient l'image d'un pays livré à la terreur. Aucune force constituée n'était plus en mesure de s'opposer à l'avance des Germains. Le prix des denrées usuelles avait vertigineusement monté et pour ceux qui ne disposaient pas de moyens de subsistance propres, la simple poursuite de la vie quotidienne devenait une épreuve. On parlait de brigands qui parcouraient les routes à la recherche d'argent et de vivres et les gens n'osaient plus se déplacer.

 

 

page32

Journal intime du secrétaire

Il ne se rend pas compte que le contexte des relations avec les Barbares a complètement changé. Lors du règne de Julien auquel il revient toujours, l'installation au sein de l'empire de peuples exogènes était limitée et servir Rome était un honneur. Devenir citoyen romain avec attribution d'un lopin de terre après vingt ans de bons et loyaux services militaires était une distinction enviée. Aussi les Barbares se pressaient-ils aux portes des légions, encore commandées en général par des tribuns romains d'origine équestre et un choix était effectué parmi les postulants. À la suite des guerres victorieuses telles que Julien les avait menées contre les Germains, les captifs acceptaient sans rechigner de passer au service de l'empereur en raison des espoirs qu'ils entretenaient pour la suite. Les négociations avec les chefs barbares telles qu'a pu les mener Tullius étaient donc empreintes de respect de la part même de nos adversaires et le représentant de l'empereur avait droit à de grands égards... Hélas ! Rien de cela n'existe plus aujourd'hui: les légions sont composées largement de Barbares enrôlés pour la solde, les tribuns qui les commandent sont eux-mêmes le plus souvent d'origine étrangère, quant à la citoyenneté romaine, elle a été si galvaudée qu'elle ne vaut plus rien, cela sans même parler de la ruine des campagnes qui a ôté toute envie de propriété aux légionnaires en fin de service. L'on cite même des cas où la citoyenneté a été refusée par ceux qui y avaient droit et qui préféraient revenir dans leurs terres d'origine sans autre titre que celui de leur ascendance. Voilà qui est très difficile à comprendre pour un homme de l'âge de Tullius.

 

page 62

Journal intime de Tullius Metellus


Que dire à mon vieil ami le centurion Justin ? Qu'il vient toujours un jour où ce qui a été fait aspire à se défaire ? Qu'il n'est pas de ressources face à la malédiction des Dieux ! Quant à toi Augustin, si brillant dans l'usage de la rhétorique, ne comprends-tu pas que l'Empire se meurt et qu'il te faudrait te dresser avec la toute la force de ton autorité morale contre les Barbares qui se préparent à nous submerger ? N'es-tu donc venu que pour accompagner notre chute avec le fallacieux argument que seule compte la vie éternelle ? À quoi te serviront les arguments en faveur de la cité de Dieu lorsque nos filles seront violées, leurs demeures pillées, leurs enfants éventrés ? Qu'attends-tu pour brandir l'étendard de Chrestos au devant de nos malheureuses troupes ?

page 97

Toujours est-il que l'occasion s'est présentée pour moi de me pencher sur le problème des astres et de leur déplacement relatif, question qui me passionne depuis toujours... Ainsi ai-je pu me rendre avec quelques amis sénateurs à une assemblée de philosophes qui se réunissait comme si de rien n'était. J’étais heureux de constater que, malgré le côté officiel et même obligatoire de la religion chrétienne, le prestige de la philosophie demeurait intact dans la population cultivée.
[...]
L'assemblée n'en comptait pas moins un certain nombre de contestataires qui arguaient du fait que l'homme étant le seul être doué de raison, il était impossible que la Terre ne fût pas le centre de l'univers. Et certes il était troublant de penser que la planète qui nous portait n'aurait été qu'un satellite parmi d'autres du soleil, cela conduisant à relativiser considérablement les certitudes admises concernant le rôle particulier de l'être humain, seul à même, jusqu'à plus ample informé, de concevoir l'univers. L'assistance était profondément divisée sur le sujet, les chrétiens insistant sur le rôle unique accordé à l'homme par Dieu, rôle incompatible avec la théorie d'Hypatie.

J'eus alors l'occasion d'intervenir pour faire valoir qu'il ne s'agissait pas d'une théorie, mais bien d'observations faites avec tout le sérieux nécessaire. Mais je sentis bien vite que je n'avais pas convaincu les chrétiens et un moment vint même où je me rendis compte que j'allais être accusé d'hérésie, ce qui m'inquiéta pour les siècles à venir. Comment la science pourrait-elle continuer à avancer si elle devait se trouver sous le contrôle d'une doctrine religieuse ? Voilà qui ne pouvait mener qu'à une sclérose de la pensée, cela encore plus si les Barbares devaient parvenir à établir leur domination, leur inculture générale ne pouvant aboutir qu'à des conclusions absurdes. Il s'agirait dans ce cas d'une terrible régression. Pour moi, élevé dès mon plus jeune âge dans le culte de la philosophie, je ne pouvais envisager sans frémir une telle hypothèse, mais je m'aperçus que j'étais loin d'avoir convaincu les présents qui me jetaient des regards hostiles. Si une assemblée de Romains distingués en venait à mettre en question le principe même de l’impartialité de l’esprit devant les preuves de la science, le pire était à venir.


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