Amour et force

Par

Matthieu 14. 14-20

Jésus vit une grande foule, et fut ému de compassion pour elle, et il guérit les malades. Le soir étant venu, les disciples s’approchèrent de lui, et dirent :

. Ce lieu est désert, et l’heure est déjà avancée ; renvoie la foule, afin qu’elle aille dans les villages, pour s’acheter des vivres.

Jésus leur répondit : 
. Qu’ils ne s’en aillent pas ; donnez-leur vous-mêmes à manger.

Mais ils lui dirent : 
.Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons.

Et il dit : 
. Apportez-les-moi.

Il fit asseoir la foule sur l’herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Puis, il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule.

Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient.

.

Jésus montre de la compassion.  On dit justement que l’amour est le 1er commandement de Dieu.
Il ne cherche pas à organiser ces gens dans une même doctrine religieuse nouvelle.
Il ne cherche pas à les mobiliser politiquement contre les Romains ou pour une idéologie humaniste plus juste, à lancer une lutte contre l’oppression. 
Il veut tout simplement les nourrir, les aider à vivre leur vie et… ils en feront ce qu’ils voudront.

La « compassion » qu’il manifeste n’est pas du domaine du sentiment : il ne pouvait pas connaître personnellement tous les participants de cette foule. 
L’attitude de compassion n’incite pas à faire du bien aux gens qu’on aime déjà, la famille, les amis…
Elle n’est pas tellement d’organiser des repas fraternels, d’amitié.
Elle est le regard positif que l’on développpe à l’égard des autres vivants pour les aider à vivre, comme Dieu regarde et « aime » tous ceux qui vivent et leur donne force et courage pour vivre leur vie.

Le commandement d’aimer son prochain est de partager le regard de Dieu, de Jésus : « nourrir nous-mêmes ceux qui ont faim » sans se demander si on les trouve sympathique ou s’ils le méritent

Comme le dit le dernier verset du dernier Psaume : « Que tout ce qui respire loue l’Eternel »

Et c’est à nous de nous y impliquer : Jésus ne distribue pas lui-même le pain mais ce sont ses disciples, en union, en communion avec lui. Le 1er commandement est d’aimer, de laisser monter en nous cet esprit d’entraide et d’humanité. 

C’est ici la vie chrétienne plutôt que de répéter sempiternellement les formules lancinantes des liturgies traditionnelles et obsolètes.

Mais ce n’est pas tout : Matthieu dit bien que les disciples n’ont pas le « pouvoir », comment pourrait-on aimer, aider à vivre nos prochains : il ne s’agit pas de faire tout simplement un don au service d’entraide : le pain désigne bien la nourriture fondamentale que nous avons à partager avec  nos prochains.

L’amour de Dieu n’est pas fait que de chaleur humaine, il contient donc un élément de force et de courage permettant d’affronter et de surmonter les difficultés et les malheurs de la vie.
On « peut » multiplier les pains et transmettre le dynamisme de la vie en se connectant au grand flux de vie qui traverse tout l’univers.
Lorsqu’on s’approche de son prochain avec dans son cœur la joie de la Résurrection, de Pentecôte, il se crée un dynamisme entre nous et c’est la Présence créatrice de Dieu qui fonctionne.


Paul disait bien :
« À celui qui peut, par la puissance qui agit en nous, faire infiniment au delà de tout ce que nous demandons ou pensons… » (Éph 3.20)

Ainsi Esaïe chantait :
« Fortifiez les mains languissantes et affermissez les genoux qui chancellent ;
Dites à ceux qui ont le cœur troublé : Prenez courage, ne craignez point ;
Voici votre Dieu, le renouveau, la rétribution de Dieu ;
Il vient lui-même, et vous sauve.
Alors s’ouvrent les yeux des aveugles, s’ouvrent les oreilles des sourds. »

« Alors le boiteux saute comme un cerf» (Es 35.3)

Le grand flux de vie qui « fait briller la lumière » sur « les ténèbres à la surface de l’abîme de la terre qui était informe et vide » (Genèse 1), qui fait s’ouvrir parfois une fleur entre deux pavés poussiéreux d’une rue en travaux et nous ramène les hirondelles au printemps. Nous pouvons puiser en nous la capacité de vaincre les puissances de mort et… de ressusciter l’amour.

Puiser en nous la force de vie valorise notre amour qui, autrement ne serait que sentimentalisme impuissant.

Puiser en nous l’élan d’amour valorise notre force de vie qui, autrement ne serait que fascisme destructeur.

Dieu est en nous, force et amour. Il est plus que nous. Nous ne sommes pas sans lui, il ne fait évidemment rien sans nous.

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