Luc écrit au début du livre des Actes que le Saint-Esprit, c’est-à-dire la présence vivante de Dieu, a animé de façon particulièrement frappante et spectaculaire, les apôtres et tous les disciples.
Il précise bien que les disciples étaient justement réunis pour célébrer la fête juive de la Pentecôte.
La fête juive de la Pentecôte commémorait le don de la Loi de Dieu au mont Sinaï avec Moïse. D’ailleurs la manière puissante dont les Actes mentionnent la présence du Saint-Esprit ce jour-là la présente évidemment comme un renouvellement des événements du Sinaï rapportés en Exode 19.16.
Loi fut gravée, dit le livre de l’Exode, sur des tables de pierre. Immuable donc et intangible, gravée dans la pierre du doigt même de Dieu.
Et voici que désormais c’est une Présence vivante qui n’est pas gravée dans la pierre mais active dans les cœurs : elle leur permet même de parler en toutes les langues du monde.
La Loi de Dieu, la volonté de Dieu, l’animation de Dieu se fait désormais de façon vivante et toujours nouvelle et non immuable.
C’est évidemment pour cela que Jésus l’a bien montré, nous ne restons pas figés dans les commandements immuables d’autrefois mais nous les réactualisons de manière toujours nouvelle : nous ne sommes plus rattachés au respect de la nourriture cachère, de la circoncision physique, des règlements de pureté rituelle mais, responsables devant Dieu, nous décidons librement comment comprendre sa volonté pour aujourd’hui.
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Nous sommes de ceux qui prennent conscience d’un élan qui se renouvelle sans cesse en nous, qui monte en nous, qui n’agit certainement pas sans nous, mais qui est plus que nous. Il nous réoriente, nous rend capables d’affronter la vie, ses angoisses, ses malheurs et ses déceptions, sans être abandonnés à la tentation du mal, de la dépression, de la critique systématique.
Jésus a, dit-on, murmuré « lève-toi et marche » et remis debout un homme immobilisé pourtant par une paralysie qui semblait insurpassable. Et cette parole d’espérance retentit toujours à nouveau profondément dans nos cœurs comme un souffle de vie qui renouvelle notre dynamisme, comme une lumière qui brillerait dans l’obscurité d’une tombe.
Nous ne réussissons pas toujours à mettre en œuvre cet esprit de renouveau, mais avec tous les hommes de bonne volonté, nous persévérons dans la construction du monde meilleur et plus heureux que Dieu suscite, dans un monde qui ne saurait nous désespérer.
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La prière, du moins telle que nous la comprenons traditionnellement, dépend de la manière dont nous comprenons Dieu. Le Dieu auquel la plupart des gens adressent leurs prières est un être au pouvoir surnaturel, localisé quelque part à l’extérieur de notre monde auquel on demande d’intervenir ici-bas de manière miraculeuse afin d’y faire régner sa volonté ou d’exaucer nos prières.
Mais à Pentecôte nous prenons conscience que Dieu n’intervient pas de l’extérieur mais que sa présence est intérieure, dans notre cœur, dans notre âme.
Il faut en tenir compte dans notre façon de prier. Si nous avons un problème avec la prière c’est, sans doute, parce que nous avons un problème avec Dieu.
Ne concevons pas Dieu comme un Être surnaturel venant à notre aide de l’extérieur. Pensons qu’à Pentecôte il est clair que Dieu est intérieur. Sa présence vivante est en nous. Son souffle se mêle à notre souffle, notre force se fonde en sa force, nos capacités se fondent en son dynamisme créateur.
A Pentecôte la prière se fait plutôt méditation, contemplation de la créativité divine en nous, dans les autres, dans le monde et non pas demande d’intervention extérieure.
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Que penser de tout cela ? Mais prendre conscience que nous connaissons les flammes de feu de Pentecôte qui nous réchauffent le cœur, l’eau jaillissante, le Souffle du Christ de Jean 20, c’est-à-dire la force, l’élan vital, l’esprit fraternel qui nous unit à l’humanité entière.
Nous ne jouons pas, nous ne prions pas sainte Rita. Nous ne faisons pas de signes de croix à l’entrée des stades, nous ne portons pas de médaille bénie, nous ne conservons pas de flacon d’eau de Lourdes, nous n’avons pas dans notre poche de patte de lapin porte-bonheur, nous n’avons pas de statue de sainte Marie de Guadalupe ou de Ganesh le Dieu hindou à tête d’éléphant comme les dévots de Vishnou.
Car un enfant de Dieu ne se laisse pas infantiliser : Nous savons puiser en nous le Souffle, l’eau jaillissante, la flamme de feu. Nous savons nous enraciner dans le Terreau nourricier de Dieu, nous sommes des arbres plantés près d’un cours d’eau, comme dit l’auteur du Psaume 1.
Nous ne nous confions pas à des attitudes superstitieuses. Nous ne succombons pas à la tentation qui nous suggère que le cours de notre vie pourrait basculer de manière surnaturelle si nous accomplissons le geste absolu.
La prière à Dieu ne ressemble pas à la prière adressée à sainte Rita ou au Hasard : « pourvu que la bonne carte sorte et complète mon carré de rois, que le CAC40 ne faiblisse pas car j’ai investi dans l’Air Liquide… »
Nous ne disons pas non plus « Allahou akbar » (= Dieu tient tout fermement en mains.)
Nous croyons qu’il y a une force, un fluide, une vie, un élan, au-dessus de nos têtes ou plutôt en nous et en nos prochains. Tout vit et se développe dans le dynamisme créateur de Dieu, dans son Saint-Esprit.
Je ne voudrais pas être de ceux qui diraient à Dieu : Tout ceci est fort bien, j’affirme et je proclame ton Saint-Esprit, mais je ne quitte pas ma patte de lapin porte-bonheur, je prends mon billet de loto le vendredi 13, je passe mes soirées au poker, je boursicote et je prie le Hasard car je suis anxieux et je cherche ainsi mon assurance et ma paix
Car je sais bien que Dieu me répète – et c’est sa Bonne Nouvelle : « Bois l’eau jaillissante dont je suis, en toi, la Source et ne reviens pas sans cesse puiser des eaux qui ne désaltèrent pas vraiment »
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