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Cinq femmes


roman

 

Gilles Cosson

 

Ed. Pierre-Guillaume de Roux

 

222 pages, 18 €


Recension Gilles Castelnau

 

Voir sur ce site
Gilles Cosson Et Rome s'enfonça dans la nuit


.

26 janvier 2019

Les romans de Gilles Cosson sont souvent d’excellents récits historiques (voir sur ce site Et Rome s'enfonça dans la nuit) mais en écrivant « Cinq femmes », comme il le dit lui-même, il s’est plutôt « penché sans indulgence sur l’individualisme et le matérialisme de notre époque. »

La trame de ce livre saisissant est celle d’un architecte éminent, parvenu au sommet d’une carrière prestigieuse. Atteint d’un AVC il se trouve brusquement paralysé et muet mais il a toute sa tête. Son passé lui revient par vagues. Ses rencontres professionnelles, naturellement, mais elles sont entrecoupées des rencontres amoureuses dont il ne s'est pas privé.

C’est ainsi qu’il évoque ses deux enfants qu’il a aimés mais dont il n’avait guère le temps de s’occuper et les « cinq femmes » qui donnent son titre au livre. Son épouse, bien sûr, sa jeune belle-sœur tellement aguichante, des femmes élégantes et cultivées qu’il aime retrouver...

Pensée nostalgique, certainement, mentionnant tout ce qu’il regrette maintenant mais dont il garde un souvenir heureux, relations plaisantes mais sûrement malfaisantes, individualisme et matérialisme évidemment...

Mais il est présenté de façon si humaine qu’il bénéficie toujours de la compréhension et de la sympathie du lecteur qui peut s’imaginer à sa place. Ce livre donne à penser.

En voici quelques passages.

 

 


Le risque comme vérité

Et en cet instant de misère physique, il se dit que les aristocrates montant sereinement à l'échafaud sous la Terreur avaient mesuré la vanité de tous les accommodements avec le destin, préférant affronter leur fin avec désinvolture, ce en quoi ils avaient raison. Car l'on est toujours surpris par les caprices du sort, il le perçoit mieux que jamais sur son lit de douleur...


Vingtième heure

Il abaisse ses yeux, en signe de gratitude. Autour de lui le ballet des infirmières continue. Il entend distinctement leurs commentaires : elles le plaignent, accomplissant leur tâche avec dévouement, et il leur en est reconnaissant : auxiliaires médicales mal payées et souvent surmenées, elles trouvent en elles la compassion nécessaire pour s'intéresser au quasi cadavre qu'il est ! Il ne doit pourtant pas être beau à voir... Décidément le cœur féminin possède des trésors d'abnégation dont la plupart des hommes seraient bien incapables.


Antigone

Il la rencontre par hasard lors d'une visite inopinée à une exposition après l'annulation soudaine d'un déjeuner de travail. Elle observe avec attention un tableau de Breughel représentant une scène de ripailles et il s'approche, intrigué par son sérieux, lui demandant ce qui peut justifier pareille attitude. Elle sourit, lui rétorquant qu'il n'y a pas plus révélateur du tragique de la condition humaine que l'ivresse et, intrigué par cette réponse inattendue, il l’invite à déjeuner dans un restaurant proche. Comme elle affiche à cette occasion des penchants végétariens, il se rend compte qu'il entre là dans un monde dont les habitudes lui sont inconnues et, étonné, il renonce au steak dont il est coutumier.
[...]
Il comprend et c'est ce qui les rapproche. Alors que sa carrière progresse rapidement, il n'en ressent que davantage la pauvreté intellectuelle et plus encore spirituelle du milieu où il évolue. Ce n'est pas, il est vrai, le cas de son environnement familial, sa femme conservant dans tous les domaines une grande exigence, mais elle est maintenant si occupée qu'elle n'a plus guère le temps de lire ou de sortir. Il lui arrive souvent de maudire en secret le féminisme qui a abouti à cette situation singulière où mari et femme se parlent à peine, pris l'un et l'autre par leurs obligations professionnelles. Même s'il se rend compte de l'incongruité de ce cynisme masculin, il sait bien qu'il préfèrerait que son épouse soit là à son retour du travail, prête à lui offrir le moment d'affection et de détente dont il ressent le besoin...

Toujours est-il qu'il a le sentiment de respirer auprès de son amie bibliothécaire une atmosphère purifiée des miasmes de l'ambition et du pouvoir, éprouvant en sa compagnie une impression de repos vainement recherchée dans les combats épuisants qu'il affronte tous les jours.

 

Mort d'un père

C’est par un coup de fil qu'il apprend ce matin-là la mort de son père. Il n'allait pas bien depuis un moment et une rupture d'anévrisme vient de l'emporter dans la nuit.

Ses relations avec lui se sont distendues depuis plusieurs années. son métier de plus en plus prenant, les difficultés, relationnelles croissantes avec sa femme, les enfants qui grandissent et qui demandent une présence qu’il a du mal à leur donner, tout cela l'a écarté de la génération des plus anciens, situation à vrai dire tristement banale... Il voit bien que ses parents aimeraient qu'il s’intéresse à eux, à ce qu'ils sont devenus, à leurs petites et grandes misères. Mais cela lui est difficile : il doit regarder devant lui s'il veut garder l'esprit clair face aux soucis de toute sorte qui l'accablent. Au milieu de ce déferlement quotidien, ses géniteurs sont devenus en quelque sorte transparents : il les regarde, mais il ne les voit pas...

 


Rome

Si l'architecture égyptienne est avant tout imposante comme d'ailleurs l'assyrienne, les monuments grecs frappent par leur sobriété. Et si le Panthéon romain est pourvu d'une coupole relativement modeste, celle de Sainte-Sophie est immense. Quant aux cathédrales, elles s'élancent vers le ciel tel un défi à la pesanteur. Bref tous les bâtisseurs de toutes les époques se sont voués à l’idée qu'ils se faisaient de la beauté, par nature relative. Lorsque l'archéologue anglais Rawlinson intéressé par les recherches de Botta, de Layard et de Place, découvre en Assyrie les monuments élevés par Assurbanipal, il affirme, au début tout au moins, que ceux-ci n'ont aucune valeur artistique. Et le Bernin lui-même, avec tout son talent, fait partie de cette chaîne sans fin qui rend un hommage involontaire aux canons de l'époque. N'est-il pas un des fils de la Contre-Réforme, époque où l'art se fait baroque, où la richesse du décor est utilisée pour mieux faire ressortir la supériorité du catholicisme ? Ainsi l'opulent baldaquin de bronze surmontant l'autel de Saint-Pierre, s'il impressionne par son dais soutenu par des colonnes torses rappelant, dit-on, le temple de Salomon, doit-il aussi beaucoup au génie théâtral de l'artiste sachant donner au métal un drapé quasi surnaturel. Bref, la beauté pure est en architecture comme ailleurs une question sans solution...

 


Quarantième heure

Me lever, oh, me lever ! Partir, oublier, passer à l'ordre du jour ! À quelle heure cette réunion, au fait, où se retrouve-t-on ? Y a-t-il des messages urgents ? Avez-vous pu joindre un tel ? Ah, saluer les infirmières, courir vers la sortie, aller là où l'on m'attend ! J'arrive, chers collègues j'arrive, je suis simplement un peu en retard, un embouteillage, vous savez ce que c'est...
Pardonnez-moi, vous que j'ai cruellement offensées, je n'ai pas voulu vous porter le coup qui vous a blessées (terme ambigu, je le reconnais, mais c'est celui qui me vient à l'esprit), il est parti tout seul. Ce n'est pas moi qui agissais, c'était la force qui m'habitait, comme elle nous habite tous, nous, les hommes loups. N'est-ce pas cette même force qui m'a poussé à mes plus belles réalisations. Ai-je vraiment à me la reprocher ?

 


Soixantième heure

Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est que d'être la proie du passé sans aucune possibilité de réaction, sans la possibilité de marcher, de boire ou de manger, tout ce qui est le lot des gens ordinaires ! Vous ne pouvez savoir comme c'est dur d'être en face de soi-même, livré aux images qui montent d'un cerveau qui met un malin plaisir à vous tourmenter, à vous mettre en présence de tout ce que vous souhaitez oublier ! C'est terrible, docteur, croyez-moi, une sorte de supplice chinois. Pourquoi les moments les plus douloureux sont-ils ceux qui reviennent à la surface, et avec eux les questions existentielles ? Pourquoi ai-je agi de cette façon ? Pourquoi ai-je fait passer mon plaisir personnel avant celui des autres ? Pourquoi l'enfer est-il pavé de bonnes intentions, comme Maman aimait à me le rappeler? N'est-ce pas atroce de se trouver en face de ce genre de question sans pouvoir y répondre, sans pouvoir échanger avec personne ? Les Pères de l'Église n'avaient nul besoin d'inventer une géhenne de flammes et de soufre... L'enfer, c'est soi-même lorsque le mouvement de la vie ne permet plus d’oublier



La fin

Tout se brouille maintenant dans son esprit. La fin est là toute proche, et c'est alors qu'il croit apercevoir parmi ceux qui l'entourent le visage de Louison qu'il n'a pas revu depuis bien longtemps. Ce visage est tourné vers lui avec émotion et il croit apercevoir sur ses traits comme une tristesse sincère. Ainsi, il aura appartenu à sa fille chérie de porter sur lui au dernier moment un regard de sympathie... et il se dit que décidément, ce sont les femmes qui sauveront l'humanité par leur sens de la compassion. Cela, il le sait depuis longtemps, même s'il leur a trop rarement donné l'attention qu’elles méritaient.


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