Les évangiles ne sont pas des biographies de Jésus

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Les évangiles ne sont pas des biographies de Jésus

La position de Paul Tillich

À la suite de R Bultmann, Tillich pense que les évangiles ne sont pas des biographies exactes de Jésus, mais qu’ils reflètent néanmoins ce qu’il a été. Tillich pense qu’il existe une analogie entre l’image et la personne réelle de Jésus. C’est cette image que Tillich appelle analogia imaginis. (Page 115 de l’édition américaine et page 185 de l’édition française).

Le passage auquel je fais référence se trouve dans le troisième volume de la Théologie systématique, lorsque Tillich aborde la question du rapport entre le Jésus historique et le Christ de la foi dans le sillage de Rudolf Bultmann. Il ne s’agit pas ici de l’Imago Dei paulinienne, mais de la valeur historique des récits évangéliques.

Tillich constate que les évangiles ne sont pas des biographies au sens moderne du terme. Ils sont des témoignages de foi rédigés par les communautés chrétiennes primitives. Ils interprètent Jésus à partir de la conviction pascale qu’il est le Christ. Bultmann avait fortement insisté sur ce caractère kérygmatique des évangiles, allant jusqu’à affirmer que nous savons très peu de choses du Jésus historique.

Tillich adopte une position plus nuancée. Il reconnaît que les évangiles sont des constructions théologiques, mais il refuse d’en conclure qu’ils n’ont aucun rapport réel avec Jésus. Selon lui, il existe une relation analogique entre l’image de Jésus transmise par les évangiles et la personne historique qui en est à l’origine. Cette relation, il la désigne précisément par l’expression latine analogia imaginis.

L’image évangélique n’est donc ni une photographie fidèle ni une pure invention de la foi. Elle est une image interprétée qui correspond réellement, quoiqu’indirectement, à celui qu’a été Jésus de Nazareth. De même qu’un portrait peint ne reproduit pas exactement les traits d’une personne mais peut néanmoins en saisir la vérité profonde, les évangiles donnent accès à une vérité authentique sur Jésus sans prétendre à l’exactitude historique d’une chronique.

Tillich écrit ainsi que l’image du Christ dans le Nouveau Testament possède une puissance de conviction parce qu’elle est enracinée dans la réalité de Jésus. Si elle était entièrement fictive, elle n’aurait aucune force normative ; si elle était un simple reportage historique, elle perdrait sa signification existentielle et symbolique. L’analogia imaginis désigne donc cette correspondance réelle mais non identitaire entre l’image et l’original.

Cette position est particulièrement intéressante parce qu’elle se situe entre deux extrêmes. D’un côté, elle évite le fondamentalisme qui lirait les évangiles comme des comptes rendus factuels exacts. De l’autre, elle refuse le scepticisme radical qui réduirait le Christ évangélique à une création des communautés primitives. Les évangiles sont des interprétations croyantes, mais des interprétations d’une réalité historique qui leur résiste et les fonde.

On peut dire que, pour Tillich, l’image évangélique de Jésus est « vraie sans être littéralement exacte ». Elle est analogue à Jésus : elle ne l’épuise pas, elle ne le reproduit pas à l’identique, mais elle le rend effectivement présent à la compréhension croyante.

Je trouve d’ailleurs que cette notion d’analogia imaginis rejoint assez bien ma propre manière de parler de Jésus dans Jésus après les dogmes. J’insiste souvent sur le fait que les évangiles sont des témoignages interprétés par la foi des premières communautés, tout en maintenant qu’ils nous mettent néanmoins en contact avec le noyau historique et spirituel de Jésus de Nazareth. Tillich offre ici un fondement théorique très élaboré à cette position médiane entre positivisme historique et dissolution du Jésus réel dans le seul kérygme.

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