Texas : discours électoral démocrate

Par

James Talarico

devant son Église (9 septembre 2025)

fragments

transmis par Gérald Chaput

Mon grand-père était pasteur baptiste dans le sud du Texas. Il m’a appris que nous suivons un rabbin aux pieds nus qui a donné deux commandements : aime Dieu, et aime ton prochain. Parce qu’il n’y a pas d’amour de Dieu sans amour du prochain. Chaque personne porte en elle l’image du sacré. Chaque personne est sainte — pas seulement les voisins qui me ressemblent, qui prient comme moi ou qui votent comme moi. 

Il y a deux mille ans, un rabbin aux pieds nus a renversé les tables de l’injustice. À ceux qui aiment notre pays, à ceux qui aiment leur prochain : il est temps de commencer à renverser des tables. 

Ma foi compte plus que tout pour moi, mais si je suis tout à fait honnête, il m’arrive d’hésiter avant de dire à quelqu’un que je suis chrétien. Il y a un cancer dans notre religion.

Tant que nous ne confesserons pas le péché qu’est le nationalisme chrétien et que nous ne l’extirperons pas de nos églises, notre religion peut faire bien plus de dégâts qu’un pack de bière de Lone Star, la bière locale. 

Il n’y a rien de chrétien dans le nationalisme chrétien. C’est un culte du pouvoir — pouvoir social, pouvoir économique, pouvoir politique — au nom du Christ, et c’est une trahison de Jésus de Nazareth. Il nous a dit que nous les reconnaîtrions à leurs fruits. 

Jésus inclut, le nationalisme chrétien exclut.

Jésus libère, le nationalisme chrétien contrôle.

Jésus sauve, le nationalisme chrétien tue.

Jésus a lancé un mouvement universel fondé sur l’amour mutuel. 

Le nationalisme chrétien est un mouvement sectaire fondé sur la haine mutuelle.

Jésus est venu transformer le monde. 

Le nationalisme chrétien est là pour maintenir le statu quo.

Ils ont récupéré le Fils de Dieu. Ils ont transformé cet humble rabbin en fasciste armé jusqu’aux dents, homophobe, climatosceptique, cupide et semeur de peur. Et il incombe à tous les chrétiens de le dénoncer et de le combattre. Amen

Le nationalisme chrétien est en plein essor. Il y a deux ans, des nationalistes chrétiens ont pris d’assaut le Capitole, tuant des policiers tout en portant des croix et des pancartes où l’on pouvait lire « Jésus sauve ».

L’année dernière, des nationalistes chrétiens à la Cour suprême ont annulé l’arrêt Roe v. Wade, permettant à des États comme le nôtre d’interdire l’avortement, y compris en cas de viol ou d’inceste.

Et en ce moment même, deux milliardaires nationalistes chrétiens tentent de remplacer les écoles publiques du Texas par des écoles privées chrétiennes. 

Nous sommes plus proches qu’on ne le croit d’une théocratie chrétienne. Comment en est-on arrivé là ? 

L’Église primitive était une communauté révolutionnaire fondée sur un amour radical — un peuple singulier qui partageait tous ses biens et refusait de participer à l’économie, à l’armée et à la culture. Les Actes des Apôtres nous disent que les premiers chrétiens furent persécutés pour avoir « bouleversé le monde ».

Mais trois cents ans après l’exécution de Jésus par l’Empire romain, l’empereur Constantin fit du christianisme la religion officielle de ce même empire.

Constantin fut le premier nationaliste chrétien. Et depuis, les puissants n’ont cessé d’apprivoiser le christianisme, de le domestiquer, de le diluer en quelque chose de plus digeste —pro-guerre, pro-richesse, pro-suprématie blanche. Ce mouvement contre-culturel originel est devenu une religion tranquillisée, privatisée, instrumentalisée, sponsor officiel de la civilisation occidentale.

Une religion du partage est devenue une religion de la cupidité.

Une religion de la paix est devenue une religion de la violence.

Une religion du pardon est devenue une religion du jugement.

Une religion de la transformation de l’ego est devenue une religion de l’affirmation de l’ego.

La Bible ne mentionne pas le nombre de personnes qui ont eu recours à l’avortement ou au mariage homosexuel, mais elle ne tarit pas sur le pardon des dettes, la libération des pauvres et la guérison des malades.

Les nationalistes chrétiens aiment dire que nous sommes une nation chrétienne. Non seulement c’est historiquement inexact, non seulement c’est théologiquement blasphématoire, mais en plus, ce n’est tout simplement pas vrai.

Regardez autour de vous. Si nous étions vraiment une nation chrétienne, nous annulerions la dette étudiante. 

Si nous étions vraiment une nation chrétienne, nous garantirions des soins de santé à chaque personne. 

Si nous étions vraiment une nation chrétienne, nous aimerions tous nos voisins LGBTQ.

Si nous étions vraiment une nation chrétienne, nous ferions en sorte que chaque enfant de cet État et de ce pays soit logé, nourri, vêtu, éduqué et assuré. 

Si nous étions vraiment une nation chrétienne, nous n’en ferions jamais une « nation chrétienne » — parce que nous savons que la table de la fraternité est ouverte à tous, y compris à nos voisins bouddhistes, hindous, juifs, musulmans, sikhs et athées.

Jésus aurait pu fonder une théocratie chrétienne, mais c’est ce que l’amour ne fait jamais. Ce qui se rapproche le plus du Royaume des Cieux, c’est une démocratie multiraciale et multiculturelle où le pouvoir est véritablement partagé entre tous — quelque chose qui n’a encore jamais existé dans l’histoire humaine.

Le nationalisme chrétien n’est pas seulement une menace pour l’expérience démocratique américaine ; c’est aussi une menace pour l’Évangile de Jésus-Christ. Quand on a demandé à Jésus de nommer son commandement le plus important, il en a donné deux qui, dit-il, sont liés.

Le premier est d’aimer Dieu. Le second, dit-il, lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il lui est semblable, parce que lorsque je reconnais l’image divine en moi, je ne peux m’empêcher de la reconnaître chez mon prochain — qu’il soit chrétien ou non, qu’il soit croyant ou non.

Dans la parabole du Bon Samaritain, Jésus définit expressément le prochain comme quelqu’un de différent de nous — racialement, économiquement, politiquement, religieusement. Dieu aime la diversité. Dieu aime la variété. Il suffit de regarder autour de nous, sur cette grande et belle planète. Croyons-nous vraiment que Dieu a créé tous ces êtres magnifiques, avec toutes leurs belles traditions, sans aucune raison ?

Il y a de nombreux chemins vers le sacré. Le mystique musulman Rûmi a dit : chaque religion a l’amour, mais l’amour n’a pas de religion. Dieu est plus grand que nos catégories humaines.

Dieu n’est pas presbytérien. Dieu n’est pas chrétien. Dieu n’est pas un être. Dieu est l’être même. Dieu est amour.

Et c’est pour cela que Jésus s’oppose à tout ce qui fait obstacle à cet amour entre prochains — y compris la religion. C’est pour cela qu’il ne cesse d’enfreindre les règles religieuses. C’est pour cela qu’il a toujours Eu des ennuis avec les autorités religieuses. C’est pour cela qu’il dit que les pécheurs verront le Royaume de Dieu et le Royaume des Cieux avant les gens religieux. 

Jésus n’est pas venu établir une nation chrétienne. Il est venu révéler la réalité ultime, qu’il appelait le Royaume de Dieu.

Au lieu d’un trône, Jésus s’assied à une table. 

Au lieu d’un cheval de guerre, Jésus monte un âne. 

Au lieu d’une épée, Jésus prend une croix. 

Le Royaume de Dieu inverse les rapports de pouvoir de tous les royaumes du monde. 

La vraie force, c’est la vulnérabilité. 

Le vrai statut, c’est l’égalité. 

La vraie richesse, c’est le partage.

Et nous, chrétiens, sommes appelés à réaliser ce royaume sur terre comme au ciel — non par la force, mais par la foi. Jésus nous a demandé d’avoir la foi d’une graine de moutarde, en faisant confiance au fait qu’en vivant et en mourant pour l’amour, nous donnons naissance à un monde meilleur.

Ce n’est pas facile. Dans un monde rempli de peurs, Jésus savait que nous placerions notre confiance dans autre chose que Dieu, autre chose que l’amour. En tant que rabbin juif, il appelait ces choses des idoles. L’argent, le statut, et la plus dangereuse de toutes : le pouvoir.

Quand Jésus fut tenté par le diable dans le désert, l’une des choses que le diable lui offrit fut le pouvoir. Tous les royaumes du monde étaient sous son contrôle. Et Jésus le refusa.

Quand ses disciples demandèrent : « Qui sera le plus puissant dans le Royaume de Dieu ? », Jésus répondit : « Vous savez que les seigneurs de la terre dominent leurs peuples, mais parmi vous, ce sera différent. Celui qui veut être un chef parmi vous doit être un serviteur. » Et quand ils ne comprirent toujours pas, et qu’ils demandèrent : « Qui sera le plus grand dans le Royaume de Dieu ? », Jésus répondit : les petits enfants — les membres les moins puissants mais les plus confiants de toute communauté humaine. Voilà le Royaume de Dieu.

Jésus savait, selon les mots de Dorothee Sölle, qu’il n’y a qu’une seule légitimation du pouvoir : le partager avec les autres. Un pouvoir qui n’est pas partagé, un pouvoir qui n’est pas transformé en amour, n’est que pure domination et oppression.

Les nationalistes chrétiens sont plus attachés à l’amour du pouvoir qu’au pouvoir de l’amour. 

Et cela trahit un manque de foi. Car le contraire de la foi n’est pas le doute. Le doute est une composante saine de toute foi. Le contraire de la foi, c’est le contrôle.

Quand nous cessons de faire confiance à Dieu, quand nous cessons de faire confiance à l’amour, nous commençons à tout vouloir contrôler. Les nationalistes chrétiens veulent contrôler ce que nous lisons, qui nous épousons, où nous voyageons, quand nous avons des enfants. Ils veulent contrôler nos esprits et nos corps. 

Les nationalistes chrétiens font confiance à la domination parce qu’ils pensent que la domination est ce qui fonctionne. Mais Jésus a révélé que la vraie puissance de l’univers n’est pas la domination, mais l’amour. Dans le taoïsme, on enseigne qu’avec le temps, le souple vient à bout du dur. L’eau use la roche. Le vent emporte la montagne. L’herbe fend le béton. Les doux héritent de la terre. La violence peut l’emporter à court terme, mais à la fin, c’est toujours l’amour qui gagne.

Jésus a dit que ce Royaume de Dieu est parmi nous. Il est là, sous nos yeux. Le ciel est déjà ici — en nous, au-dessus de nous, tout autour de nous.

Du côté de ma mère, mon grand-père était pasteur baptiste, mais du côté de mon père, mon grand-père Talarico n’a jamais mis les pieds dans une église — et pourtant c’était l’une des personnes les plus généreuses, les plus compatissantes, les plus droites que j’aie jamais connues. 

C’était un immigré italien dont la famille avait vu de ses propres yeux les dangers du mélange entre l’Église et l’État. Il s’est installé dans le Hill Country texan, et le dimanche matin, il faisait de longues promenades à travers les fleurs sauvages et les chênes verts — et il m’emmenait avec lui.             

En tant qu’enfants de Dieu, enfants du cosmos, nous sommes aimés inconditionnellement, sans discrimination, infiniment. Aucune réussite ne peut y ajouter. Aucune erreur ne peut y retrancher. Aucune pratique religieuse assidue ou négligée ne peut y changer quoi que ce soit. Voilà ce qui mérite véritablement le titre de Bonne Nouvelle. Nous sommes faits par l’amour, avec l’amour, pour aimer. J’appelle cet amour Dieu. Vous utilisez peut-être un autre mot, et c’est très bien. Il y a mille façons de s’agenouiller et d’embrasser le sol.

Nous pouvons guérir la maladie du nationalisme chrétien. Nous pouvons nous protéger contre le virus de l’extrémisme religieux par une religion saine. 

L’ahimsa de l’hindouisme offre une alternative à la logique de la violence. 

La méditation bouddhiste offre une alternative à l’exploitation de notre attention. 

Le shabbat du judaïsme offre une alternative aux exigences du capitalisme. 

Et dans un monde où tout peut être acheté et vendu, y compris la terre elle-même, les traditions amérindiennes offrent une alternative à l’extraction écologique. 

Je vous invite maintenant à votre propre réflexion sur ces paroles.

« Nous allons récupérer le Texas » 

Aux milliardaires qui ont pris le contrôle de notre État et de notre pays : votre pouvoir sans limites touche à sa fin. Vos jours où vous divisez les travailleurs sont comptés. Cette élection est notre chance de reprendre le pouvoir pour nous-mêmes et pour nos communautés.

Fini d’être divisés. Fini d’être manipulés. Fini d’être montés les uns contre les autres. Cette vieille politique est en train de mourir, et une nouvelle politique est en train de naître à travers nous tous.

Les milliardaires qui nous dirigent nous divisent par parti, par race, par genre, par religion — pour que nous ne remarquions pas qu’ils nous font les poches. Ils ferment nos écoles. Ils éventrent notre système de santé. Ils augmentent nos impôts tout en baissant les leurs. 

Mais nous voulons tous les mêmes choses : un quartier sûr, un bon emploi avec de bons avantages, une école publique de qualité et bien financée, et la possibilité de voir un médecin quand on en a besoin.

J’en ai assez d’être monté contre mon voisin. J’en ai assez qu’on me dise de haïr mon voisin. Ça fait plus de dix ans que dure cette politique-là. La politique comme sport de combat. Elle déchire les familles. Elle met fin à des amitiés. Et elle nous laisse tous nous sentir mal en permanence. On ne peut pas vaincre la politique de la division par davantage de division. On ne peut pas gagner à leur jeu. Il faut changer le jeu.

Il y a deux mille ans, quand une poignée de puissants au sommet faisaient du mal à ceux d’en bas, ce rabbin aux pieds nus n’est pas resté dans sa chambre à prier — il est entré dans le siège du pouvoir et a renversé les tables de l’injustice. À ceux qui aiment cet État, à ceux qui aiment ce pays, à ceux qui aiment leur prochain : il est temps de commencer à renverser des tables.

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