
Thomas Cole Une croix dans la solitude 1845
New Frontier
Thomas Cole
la peinture de paysages américains
Musée du Louvre
aile Denon, 1er étage, salle 32
pavillon de Flore, au-delà de la Grande galerie
jusqu’au 16 avril 2012
Cette petite exposition a été réalisée en partenariat
avec le High Museum of Art, le Crystal Bridges Museum of American Art et la Terra Foundation for American Art
Elle sera du 12 mai au 13 août 2012 au Crystal Bridges Museum of American Art à Bentonville, Arkansas
et du 22 septembre 2012 au 6 janvier 2013 : High Museum of Art à Atlanta, Géorgie.
Gilles Castelnau
18 janvier 2012
Le Louvre possède un seul tableau américain, Une Croix dans la Solitude, de Thomas Cole que cette petite exposition met en valeur, en l’accompagnant de trois autres du même peintre : La Tempête, le grand Paysage et Le Bon pasteur et d’une Vue de Rutland d'Asher B. Durand.
Le sublime américain de Thomas Cole est bien représenté dans le tableau de la Croix dans la solitude, possédé par le Louvre et qui forme à juste titre le cœur de cette petite exposition. Au premier plan, un Indien se recueille sur une tombe surmontée d’une massive croix blanche.

La croix dans la solitude, détail
Un mur peint en trompe-l’œil sur lequel une inscription de Cole renvoie au poème de la britannique Felicia Dorothea Hemans, The Cross in the Wilderness, qui a donné son nom au tableau. Publié en 1827 dans le recueil The Amulet, le poème évoque la douleur d’un chef indien pleurant sur la tombe de celui qui lui a révélé la parole divine.
La contemplation intériorisée de la présence divine dans la représentation d’une nature vierge et apaisée, avec parfois un symbole religieux, a connu un succès considérable auprès du public américain et de ses peintres en général.

Thomas Cole, Le Bon pasteur, 1848
Le visiteur français sera étonné de découvrir ces paysages américains tranquilles en cette première moitié du 19e siècle, alors qu’en France Ingres peignait ses excellents personnages de la bourgeoisie parisienne, et que Delacroix et Géricault enthousiasmaient le monde par leur puissant style néo-baroque.
La France n’avait plus vu de tableaux de paysages depuis les grands ciels et les arbres magnifiques de Nicolas Poussin qui servaient de cadre à une histoire mythologique ou historique donnnit son sens réel au tableau.

Nicolas Poussin, Orphée et Eurydice, 1650
Le Lorrain, lui aussi peintre du 17e siècle et dont on dit que Thomas Cole l’admirait beaucoup, peignait surtout des villes et des ports que ses recherches sur la lumière s’efforçaient seulement de mettre en valeur.

Le Lorrain, Port de mer au soleil couchant, 1639
C’est plus tard qu’à la suite de Corot, les impressionnistes français déploieront leur technique sophistiquée pour nous émerveiller avec leur représentation de la lumière transfigurant les humbles réalités de la vie quotidienne.

Jean-Baptiste Corot, le Chemin de Sèvres (1855-65)
Thomas Cole, par contre, était originaire d’Angleterre et participait au grand mouvement de pensée déiste du protestantisme libéral anglo-saxon que son sentiment religieux amenait à la recherche de Dieu dans la nature.
L’Anglais John Constable, dont Thomas Cole suivait l’exemple, peignait des paysages qui avaient une valeur en eux-mêmes par leur pureté et leur grandeur, qui ne servaient pas de cadre à une scène sujet du tableau comme les Français du 17e siècle, et qui ne cherchaient pas à émerveiller le spectateur par une esthétique raffinée comme le feront si bien les impressionnistes.
John Constable Le Phare de Harwich, 1820
Les protestants libéraux anglais et allemands, à la suite de Jean-Jacques Rousseau, découvraient dans la nature la réalité mystérieuse et presque sensible au cœur de l’infini divin. La foi, pour eux, consistait à se laisser baigner, imprégner de cette présence qui subjugue, fascine, étonne et enivre.

Caspar Friedrich, Paysage d’hiver, 1811
En Allemagne, Caspar Friedrich écrivait : « Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu'il voit en face de lui, mais aussi ce qu'il voit en lui ». Il disait aussi : « Le divin est partout jusque dans un grain de sable ».
Caspar Friedrich, Arbre Solitaire, 1822
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