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Le non-réalisme théologique

rêve ou cauchemar des féministes ?

 

Theological non-realism: Feminist's dream or nightmare?



Alison Webster

 

10 octobre 2013

J’ai découvert la théologie non-réaliste à la Conférence méthodiste européenne en Irlande au début des années 80. Le thème était « Dieu dans un monde qui change ». Nous nous attendions tous à ce que le théologien qui devait animer le débat se lève et déclare, comme c’est généralement le cas, que tout change dans le monde mais que Dieu, notre rocher et notre salut, ne change pas. C’est ce qu’il n’a pas fait. Il s’est levé et a dit que Dieu changeait aussi car Dieu est notre propre création. On imagine l’ambiance ! Scandale et fureur devant cette hérésie. Moi j’était ravie. C’était l’époque où les émissions de Don Cupitt sur « Sea of Faith » passaient à la TV.
J’adorais ces idées et j’était consciente que je ne serais plus jamais comme avant.

La théologie féministe.  Je l’ai découverte un peu après avoir fini mes études à Cambridge. On y avait fait une petite place à Don Cupitt et à son « non-réalisme » mais on n’avait fait aucune place aux féminismes. La théologie féministe n’avait eu droit qu’à une partie d’une question dans un seul cours où elle se trouvait en compagnie de la théologie de la libération d’Amérique latine et de la théologie africaine. Aucun de ces sujets n’était considéré comme très important !

Arrivons à la fin des années 80 : J’ai étudié la critique de la pensée traditionnelle que fait la théologie féministe et je suis à Londres à une rencontre féministe consacrée au « langage inclusif ».
J’y ai éprouvé un sentiment croissant de malaise. Ce n’était pas à cause de ce qu’on y disait car je l’approuvais : le problème du langage n’est pas marginal mais c’est une question fondamentale car c’est lui qui donne une consistance à notre expérience.
En bonne non-réaliste j’avais admis l’idée que « les limites du langage de quelqu’un sont les limites de son univers ». J’avais compris que le monde linguistique que nous construisons crée la réalité même dans laquelle nous vivons. Je savais que dire « le pasteur, il... », « le docteur, il... » et « Dieu, il... » suscite une manière de comprendre aussi bien notre propre personne que celle des autres et de supputer ce qu’ils sont capables de faire. Je savais bien aussi que les chrétiens qui s’élevaient contre tout changement dans l’image que l’on donne de Dieu, dans la liturgie, le recueil de cantique et le langage du pasteur, en disant qu’ « aucun changement n’est possible, que de toutes façons ces questions sont sans importance et qu’il est donc inutile de s’en préoccuper » savent inconsciemment que ce n’est pas vrai ! J’étais au contraire convaincue que de tels changements linguistiques ouvraient la porte à une véritable révolution théologique.

Mon malaise provenait de ce qui n’était pas dit et qui était pourtant sous-entendu, que Dieu et la foi étaient réalistes. J’étais frappée de découvrir que l’on promouvait en fait un langage inclusif pour deux raisons différentes et même diamétralement opposées.
Si l’on croit que la religion et son langage sont une construction humaine, on a donc une responsabilité absolue à tenir un langage religieux inclusif et non dominateur, à supposer, bien sûr, que l’on soit effectivement favorablement à un tel monde !
Inversement, si l’on croit en la réalité objective d’un Dieu qui demeurerait « là-haut » - tout en étant mystérieux, plus grand et plus complexe qu’on ne peut le dire, alors c’est le langage décrivant authentiquement le Dieu « réel » qu’il faut utiliser.
Mais dans cette rencontre, j’ai pris conscience que la plupart des participants s’en tenaient à la deuxième formulation alors que j’optais personnellement pour la première. Leur féminisme chrétien était en fait un « réalisme » [...]

J’ai trouvé le féminisme chrétien très utile ; il pose de très importantes questions politiques, il propose des remarques très utiles en ce qui concerne, par exemple la vie des églises où les femmes sont tenues éloignées des structures de pouvoir – du sacerdoce par exemple, et des situations proches du sommet de la hiérarchie. Il offre des analyses très utiles sur la manière dont l’enseignement du christianisme se fait, donc la Bible a été constituée, traduite et interprétée, sur l’image de Dieu qui y est traditionnellement véhiculée, sur son genre et les conséquences que cela implique. Tout ceci me semble d’une importance fondamentale.
La théologie féministe est plurielle. Une tendance, par exemple, est celle qui souligne la différence essentielle entre l’homme et la femme et promeut les aspects de la féminité qui ont été dénigrés par le particularisme patriarcal, la maternité et la compassion traditionnelle qui l’accompagne. Cette tendance s’est concrétisée sur le plan théologique dans des textes et des liturgies que j’appellerai « féminisantes ».
Une autre tendance est post-moderne. Elle s’intéresse à la structuration des genres masculin et féminin par la société et la différence de pouvoir caractéristique des deux sexes. Cette tendance se concrétise dans la volonté de briser ce faux particularisme […]

Certaines féministes affirment qu’elles ne peuvent pas être non-réalistes dans la mesure où, en tant que féministes, on doit pouvoir dire que certaines choses sont objectivement fausses : le sexisme notamment mais aussi le racisme, la pauvreté et toutes les formes de discrimination et d’injustice sociale. Elles pensent qu’en considérant comme fallacieuses toutes ces affirmations objectives, elles ruineront leur mouvement. L’éthique a besoin de dents pour mordre.

Ma question est celle-ci : la théologie non-réaliste est-elle capable d’aborder les questions que les théologies féministes ont négligées jusqu’à maintenant, pour des raisons politiques bien compréhensibles ?
Je ne dis pas que tous les théologiens féministes devraient devenir non-réalistes mais qu’au sein du mouvement féministe, un débat sur le non-réalisme serait bien utile.
Les non-réalistes comme Don Cupitt veulent abandonner l’idée d’un Dieu qui serait un Être objectivement présent « là-haut » et garant de l’ordre moral. En ce qui me concerne je suis heureuse d’abandonner la théologie patriarcale et d’être moi-même un libre sujet religieux. Cupitt a raison de dire que la théologie réaliste maintient ses adhérents en état d’infantilisme, décourage leur autonomie spirituelle et impose de l’extérieur une « vérité » autoritaire.
Il n’en demeure pas moins que lorsqu’il s’agit d’agir concrètement dans la vie du monde, on est tenté d’oublier ces idées excellentes.

Dans son livre New Christian Ethics, Don Cupitt affirme la nécessité d’une éthique « selon laquelle l’homme serait un véritable créateur, capable d’entreprise et de prévision ; quelqu’un qui aurait confiance en soi, avec la capacité de concevoir et de réaliser de manière autonome une œuvre personnelle ; quelqu’un qui aurait la force de caractère qui le rendrait capable, si nécessaire, d’enrôler les autres dans l’accomplissement de son ouvrage ».
Mais une telle vision post-moderne n’est pas pour moi. Elle me fait trop penser à une attitude obligatoire pour laquelle je ne suis pas sûre d’avoir les qualités nécessaires.

Mon expérience du féminisme me fait dire que nous devons avant tout penser à la « réalité ». Je veux dire par là notre expérience réellement vécue, dans le pays où nous sommes et dans les structures politiques qui sont les nôtres. Et les théologies non-réalistes, élaborées par des théologiens mâles ne s’intéressent pas au genre ou à la race de nos contemporains qu’elles considèrent comme des êtres désincarnés. C’est une théologie qui ne tient pas compte de la réalité et ignore les questions que je pose ou auxquelles je tente de répondre alors que je suis d’une certaine manière enfermée dans les limites que m’impose les structures de la société où je vis en raison de mon genre, de ma sexualité, sinon de ma classe sociale et de ma race.
La question ne se pose pas seulement sur le plan individuel. J’interroge aussi la théologie non-réaliste sur la vision qu’elle propose de la société globale.
Certes, dans son livre Solar Ethics, par exemple, Don Cupitt dit bien : « notre seule vie réelle est celle qui construit le monde dans un esprit de communication et de collaboration avec les autres gens ».
Très bien. Mais il ne semble guère conscient du fait que nous ne sommes pas tous égaux dans la société et que cela compte énormément.

Les femmes conscientes de la violence commise à l’égard des femmes peuvent penser tant qu’elles veulent la féminitude de Dieu et du Christ, déconstruire la théorie du salut et repenser la doctrine du pardon, mais quelle que soit la qualité de leur réflexion, celle-ci n’aura guère d’influence.
Les femmes victimes d’abus sexuels peuvent rédiger des liturgies créant un nouveau climat mais elles ne pourront jamais les utiliser dans leur église.
Les théologiens du tiers monde qui mêlent au christianisme des traditions indigènes se verront toujours accuser de « syncrétisme » - au sens de « impur », « pollué » alors que l’association du capitalisme avec le christianisme que font les missionnaires blancs est quant à elle considérée comme « convenable ».

La théologie non-réaliste peut-elle tenir compte de cette question ? Il ne suffit pas de dire que chacun doit reconstruire sa foi ; encore faut-il le faire. C’est ce à quoi s’emploie effectivement la théologie féministe qui s’est focalisée sur l’enseignement religieux et sa mise en pratique et a ainsi obtenu une certaine notoriété et un certain pouvoir dont la théologie non-réaliste pourrait bien s’inspirer.
Reconstruire sa foi doit aller de pair avec une réflexion sur l’action des puissances qui réduisent certains au silence.
Conclusion
Nous avons, la plupart de nous, été élevés dans l’idée qu’il n’y a qu’une manière d’ être « chrétien » et qu’il faut accepter l’enseignement de l’Église tel qu’il est.
Mais justement conjointement la théologie féministe et la théologie non-réaliste s’opposent à cette idée et nous incitent à explorer, à créer, à prendre nos responsabilités pour ce que nous croyons.

J’espère en avoir montré l’importance dans ce bref article. Avoir souligné la nécessité d’une attitude critique et positive. J’ai essayé de situer en tension l’une avec l’autre la théologie non-réaliste et la théologie féministe, avec leurs faiblesses et les ressources que chacune peut apporter à l’autre.

             

 Traduction Gilles Castelnau

 


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