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« Péché » et « salut »

en 2013 ?

 

 

pasteurs Gilles Castelnau et Laurent Gagnebin


Dialogue à la radio Fréquence Protestante
du 29 décembre 2013

 


12 janvier 2013

Gilles Castelnau En cette période on fait des vœux, on prend des résolutions pour s’arrêter de fumer, être meilleur… éviter tous les péchés.

Laurent Gagnebin Je suis un peu agacé de voir comme dans la tradition chrétienne et notamment dans nos cultes, on se focalise sur le péché. Personnellement en 50 ans de prédications, je n’en ai consacré qu’une seule au péché. Dans nos cultes on accueille les gens par une lecture de la Loi (volonté de Dieu), une confession des péchés puis des paroles de pardon. Je ne sais pas si cette triade a forcément sa place dans le culte.

GC Je pense la même chose. Le dimanche matin on se lève, on se rase, on s’habille proprement, les femmes se font belles. On est content d’aller au temple et on est alors pris à froid par un pasteur qui dit que tout va mal : nous n’avons pas aimé notre prochain, nous n’avons pas cru tout ce qu’il fallait croire, nous n’avons rien fait de bien, nous avons été indifférents. C’est quelque fois presque insultant. Un enfant du catéchisme m’a dit une fois : « ce pasteur est complètement névrosé ».

LG Il y a même des listes de péchés qu’on énumère que l’on n’a pas commis pour la plupart ! Cela devient caricatural et même, comme tu le dis, humiliant pour ceux qui ont fait l’effort de venir et ont plutôt envie d’être accueillis dans la joie lumineuse du Dieu de Jésus-Christ.

GC Dans l’Église catholique c’est moins dramatisé que dans les Églises protestantes mais la messe commence toujours par une confession des péchés. En ce qui concerne le culte protestant, il faut le dire pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec cette célébration, il commence par une salutation où il est dit « la grâce et la paix vous sont données ».

LG C’est très important effectivement de commencer par l’affirmation de la grâce, c’est-à-dire du pardon de Dieu.

GC Mais c’est très bref et quand on arrive un peu en retard on l’a manqué !

LG Dans ce cas on l’entend à nouveau lors de la bénédiction finale qui dit : « la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du saint Esprit sont avec vous ».

GC Après la salutation initiale, on chante un psaume et vient tout de suite la « loi de Dieu » qui est souvent fort développée en un texte assez long.

LG C’est souvent les Dix Commandements ou le Sommaire de la Loi : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur... et ton prochain comme toi-même ». C’est trop souvent la même chose. On pourrait varier en lisant par exemple la belle parabole du Bon Samaritain qui raconte l’histoire du Samaritain qui secourt un blessé et qui se conclut par l’exhortation : « va et toi fait de même ».

GC La lecture de la Loi de Dieu a un but non dissimulé de culpabilisation. Elle est suivie d’une prière de confession des péchés humiliante : je me diminue en pensant ainsi grandir Dieu.

LG Dieu n’a pas besoin de notre abaissement pour être grand ! Il n’est pas tout parce que nous ne serions rien !

GC Les paroles de grâce suivent alors. Le pasteur annonce le pardon de Dieu. On est alors censé passer de l’humiliation la plus profonde à la joie la plus exubérante : l’assemblée se lève et chante.

LG C’est effectivement inutilement théâtral ! Vois-tu une différence entre les péchés et le péché ? Il me semble que les péchés sont la délectation des Églises qui aiment juger et condamner. Le contraire du péché au singulier c’est la grâce, la foi, la joie dont nous avons à parler au culte.

GC Nous ne devons pas parler tellement des péchés des gens. D’abord les gens en font beaucoup moins que ce qu’on pense : les assassins sont peu fréquents dans notre monde et dans nos cultes. Par contre parler du péché au singulier indique qu’on vit dans un monde qui n’est pas parfait. Si on ne peut pas vivre dans la perfection, dans la plénitude totales c’est parce que notre monde est un monde du péché. Prenons un exemple extrême : un soldat pendant la guerre peut-il se conduire bien ? Certainement pas ! Il est pris dans le monde dramatique de la guerre où rien ne peut être bien. Dire que nous vivons dans un monde du péché (au singulier), c’est dire : qui peut dire aujourd’hui qu’il se conduit bien, qu’il se conduit avec sainteté ? Quand on achète du café au supermarché du coin, comme tout le monde, on a exploité les paysans d’Amérique latine ou du Sénégal en les obligeant à produire à trop bas prix un café destiné pour eux à l’exportation, ce qui les empêche de produire leurs cultures vivrières et qu’ils ont faim. Nous vivons dans un monde dont l’organisation globale est coupable. C’est le péché !

LG Je suis bien d’accord. Il est plus sage de parler du péché au singulier comme tu viens de l’exprimer à ta manière. On pourrait dire qu’on vit dans une condition de finitude et de faiblesse où rien ne peut être parfait et où il est illusoire de se demander si l’on a fait ceci et pas cela ; c’est tomber dans un travers qui n’est pas du tout ce que dit l’Évangile et ce que voulait le protestantisme à l’origine.

GC Quelle image de Dieu donne cette manière de penser ? Quel est le père (Dieu est un Père) qui surveillerait à chaque instant ses enfants pour comptabiliser les fautes qu’ils commettent ? Ce serait effectivement un père complètement névrosé. Il est vrai qu’il y a des hommes et des femmes qui rendent ainsi la vie impossible à leurs enfants en les culpabilisant sans arrêt. Mais nous avons, toi comme moi, eu des enfants et nous avons plutôt cherché à être bons , souriants, sympathiques avec eux, à les élever, les rendre heureux, les encourager. Et quand ils renversaient leur verre sur la nappe ou quand ils avaient une mauvaise note, on n’en faisait pas un drame ! Pourquoi Dieu le ferait-il ?

LG Le synode de Berne, en Suisse, en 1532 donc au moment de la Réforme, a dit ceci : « nous devons nous exhorter les uns les autres fidèlement, nous les serviteurs du Christ, à prêcher uniquement sur notre Maître, celui sur qui repose tout le conseil de Dieu, afin que nous ne soyons pas trouvés prédicateurs de la Loi ». Il ne dit pas « afin que nous ne soyons pas trouvés pécheurs » ! On doit prêcher Jésus la lumière du monde, on doit prêcher un Dieu d’amour. On a, sinon, cette horrible image de Dieu dont tu as parlé. Une prédication moralisatrice n’est pas l’Evangile.

GC Les gens en dehors des églises, les gens qui ne pensent pas particulièrement à Dieu, dans le monde politique, le monde social, le monde sportif, passent leur temps à se culpabiliser mutuellement à démonter que l’autre a mal fait et à se justifier personnellement : Quand on va habiter en Belgique, est-on « minable » ou pas ? La Parole de Dieu me semble de dire « arrêtez, commencez plutôt par vous aimer les uns les autres ».

LG Exactement. Je devais il y a quelques temps, présider un culte dans un petit temple en province qui avait deux portes, une de chaque côté. Les gens du pays avaient trouvé que traverser ainsi le temple par ses deux portes était un raccourci. Ce dimanche là j’étais en avance, assis dans le temple vêtu de ma robe pastorale. Une fillette d’une dizaine d’années a passé, m’a vu et m’a interrogé, en me disant qu’elle était catholique. Lorsque j’ai prononcé le mot « Dieu », elle m’a interrompu en disant : « Dieu je ne l’aime pas, il nous juge et nous condamne tout le temps ». Cela en dit long sur le catéchisme qu’elle avait reçu.

GC Si on prend les évangiles, Jésus ne parlait presque jamais du péché. La plupart du temps il rencontrait un lépreux, un paralysé, une prostituée. Il disait « lève-toi et marche », « va en paix ». Il souriait. Il acceptait les gens. Une telle attitude est ce qu’on appelle la grâce, la bienveillance systématique que Jésus nous a fait connaître. Ceux que Jésus appelait « pécheurs », notamment dans son grand discours à la fin des évangiles (« malheur à vous scribes et pharisiens hypocrites… ») étaient ceux qui au contraire se croyaient les plus justes.

LG Il y a là un renversement des valeurs très intéressant, qui est l’annonce d’un monde nouveau qui n’est malheureusement pas toujours bien perçu en dehors des églises où on fait trop entendre le monde ancien de la Loi, du jugement, des refus. On entend trop souvent les Eglises dire « non » et condamner.

GC Et pourtant le mot « évangile » signifie en grec Bonne Nouvelle. Pourquoi tant de pasteurs et de prêtres pensent qu’il faut prêcher une mauvaise nouvelle ?

LG Au début de l’Évangile de Luc, dans l’annonce faite aux bergers, l’ange dit « n’ayez pas peur, je vous annonce une Bonne Nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie ». C’est ainsi que commence l’Evangile. Il ne commence pas par des menaces !

LG L’obsession du péché est finalement un égoïsme, un narcissisme. LG J’insiste beaucoup sur cette idée et je tiens à la redire une fois de plus : penser toujours à son péché, à son salut revient à penser toujours à soi ! Cela nous enferme en nous-même, alors que la grâce est d’être dépréoccupé de soi. On ne doit plus parler de ce salut, de ce péché. C’est fini, c’est derrière nous, c’est réglé. On est libéré pour se tourner vers les autres, ce qui est quand même mieux que de penser à soi.

GC J’aime beaucoup ce mot « dépréoccupé ». Lorsque des évangéliques demandent si l’on est « sauvé » il faut leur répondre que l’on est dépréoccupé de cette question. C’est Dieu qui s’en préoccupe. Nous, nous sommes préoccupés d’aimer notre prochain, d’aimer l’œuvre que Dieu accomplit sur la terre : un grand renouveau permettant à tout le monde de s’épanouir et de participer à la création d’un monde meilleur. Être dépréoccupé de ses petits problèmes ; ne pas avoir peur de l’enfer et ne pas se préoccuper d’entrer dans le paradis ! Ce n’est en effet pas notre problème, c’est celui de Dieu. D’ailleurs je suis intéressé de remarquer que dans tout l’Ancien Testament on ne parle jamais d’entrer en enfer ou au paradis. Ni Abraham, Isaac et Jacob, ni Moïse, ni le roi David, ni les prophètes n’en ont jamais parlé : ils parlaient d’une vie bonne et heureuse. Si en 2013 on pouvait être dépréoccupé de soi-même, souriant, arrêter de penser qu’on ne vaut pas cher et se juger insuffisant comme un adolescent qui fait sa crise, nous entrerions dans une année 2013 plus belle.

LG Il est intéressant de remarquer que Jésus qui dit « je suis la Lumière du monde », dit aussi à chacun d’entre nous : « vous êtes la lumière du monde ». Cette parole ne nous abaisse pas, ne nous traite pas de pécheurs.

GC Agresser les gens en leur disant qu’ils ne se conduisent pas comme il faudrait, qu’ils ne croient pas les doctrines qu’ils devraient croire etc. vous n’êtes pas pour eux une lumière mais une obscurité.

LG Absolument. D’ailleurs le mot de « salut » n’est pas toujours bien compris. La meilleure manière de le comprendre est de parler de libération. Être sauvé est vivre une existence libérée. Soyons donc libérés !

GC Préciser effectivement le sens du mot salut est important car dans les textes de Noël, l’ange qui annonce aux berger la naissance du Christ disait : « je vous annonce une Bonne Nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie c’est qu’aujourd’hui il vous est né un sauveur ». Ensuite le vieillard Siméon et la vieille Anne dans le Temple de Jérusalem parlaient eux aussi du salut, de ceux qui « attendaient la libération de Jérusalem ».

LG On peut parler de ce que tu viens de mentionner : une vie « sauvée » n’est pas d’adhérer à une doctrine. Cela est très important. On confond très souvent la foi et les croyances. La foi n’est pas d’adhérer à telle ou telle doctrine, de souscrire à un certain credo.

GC D’ailleurs les protestants disent bien « salut par la foi et non pas par les œuvres ». Cela signifie que ce n’est pas parce que l’on a fait ceci et cela que l’on émerveille Dieu qui, alors, nous prend dans son paradis puisqu’on est si bien !

LG S’imaginer sauvé par ses croyances revient à transformer la foi en une œuvre.

GC On n’est pas sauvé pour avoir cru au Symbole des Apôtres.

LG On est sauvé parce que Dieu nous aime.

GC Je n’imagine pas saint Pierre à la porte du Paradis demander si l’on a cru à la Trinité, à l’incarnation, à la rédemption etc. D’ailleurs dans le rêve anglais d’ « Alice au pays des Merveilles » à la petite fille qui veut franchir une barrière, on pose la question « combien font 2 fois 3 ; elle répond 23. Cette réponse est considérée comme excellente et on la laisse entrer.

LG Ce la ressemble à ce que disait Jésus : « je ne suis pas venu pour les bien-portant mais pour les pécheurs. »

GC On prend des résolutions lors du changement d’années et nous proposons : ayons une vie épanouie, souriante, sauvée, une vie pas ratée, pas gâchée.

LG J’aime bien quand tu parles d’une vie épanouie et souriante car on est souvent entouré de personnes peu épanouies, manquant de joie de vivre, ce qui est très préoccupant. Ces personnes sont-elles libérées, ne sont-elles pas recroquevillées sur elles-mêmes, obsédées par des problèmes ? Tu as raison de parler d’une vie qui n’est pas ratée. Il ne faudrait pas évidemment que des gens se sentent encore plus victimes quand on est victime justement parce qu’on est une victime ! Il ne faut pas accabler le mendiant dans la rue, le clochard en les accusant d’avoir raté leur vie !

GC Tu as raison. L’autre jour un collègue nous racontait avoir assisté à une scène de rue qui l’avait beaucoup frappé : deux sdf, un homme et une femme, s’embrassaient avec amour, avec une lumière dans les yeux. La vie de ces sdf n’était pas ratée s’ils pouvaient s’embrasser !

LG Je racontais l’autre jour à un ami, qu’un mendiant à qui j’avais donné une pièce dans la rue, m’avait remercié en me disant : « Dieu vous bénisse ». Cet ami m’a dit que j’avais rencontré Dieu. Cet homme non plus n’avait pas une vie ratée.

GC J’ai ici des exemples que l’on peut discuter, d’une vie gâchée, une vie qui n’est pas sauvée. Le tueur du Connecticut : le fait qu’il ait fait ce massacre affreux de 20 enfants et de 7 institutrices me semble révéler que sa vie jusque là, avait été tellement mal vécue qu’elle était ratée. On a d’ailleurs appris qu’il vivait enfermé avec sa mère, qui a été la première victime de ces assassinats. Sa mère le tenait enfermé et se tenait elle aussi enfermée en collectionnant des armes (elle avait un fusil et 4 révolvers sous son matelas). Un tel assassinat clôturant cette vie est la preuve que cette existence vécue dans l’enfermement, sans amis, avec des armes dans son lit était ratée, était le contraire d’une vie sauvée.
Le tueur norvégien Brévik, qui a assassiné 70 adolescents dans une ile a accompli là un geste scandaleux, horrible, infernal qui révèle que la vie qu’il menait jusque là était déjà gâchée, ratée, pas « sauvée ». Il vivait dans la haine des étrangers ; il se faisait un cinéma sinistre enfermé en lui-même dans un narcissisme fou, débouchant sur ce drame. Voilà un exemple de vie pas sauvée.

LG Ce qui ne signifie naturellement pas que Dieu l’enverra en enfer ! Pour ces deux personnes, comme pour tant d’autres qui vivent autour de nous et qui n’ont tué personne, cet enfermement, comme tu disais, est bien le symbole d’une vie pas sauvée, une vie sans esprit de libération. Nous devons tout faire pour que les gens qui nous entourent sortent de tout enfermement, vivent une existence libérée.

GC Lorsqu’on dit que Jésus-Christ est un sauveur, je ne crois pas que cela signifie que son sang coule sur la croix pour apaiser la folle colère de Dieu qui menace autrement de nous envoyer tous en enfer, ivre de rage de voir l’humanité lui échapper. Un Dieu apaisé seulement par le sacrifice sanglant de son Fils. Je ne crois pas du tout que ce soit cela ! Je crois que Jésus-Christ est un sauveur dans la mesure où lorsque quelqu’un, enfermé en lui-même et dans son esprit de malheur, lit les évangiles, il entend Jésus-Christ lui murmurer à l’oreille : « dis bonjour à tes voisins de pallier, invite tes voisins à boire chez toi un petit apéritif, souris-leur et au lieu de te plaindre et de dire que tout va mal, demande-leur fraternellement comment eux se portent et alors tu seras sauvé. »

LG C’est très juste. On est aussi souvent confronté à des personnes âgées qui passent leur temps à dire « de mon temps tout allait mieux ». Ce mauvais regard est aussi un enfermement dans une sorte de paradis perdu. Il faut essayer de regarder les belles choses de notre temps. Une des premières choses que l’on peut se dire en se levant le matin est de se dire « je suis vivant ! ».

GC Tant de gens ne se sentent pas vivre ! Il y a tous ceux qui s’enferment pour faire de l’argent, qui n’ont jamais le temps de vivre, qui rentrent trop tard : ils rentrent alors que leurs enfants sont déjà couchés, leur femme est fatiguée, ils n’ont pas le temps pour leur famille. Ils sont parfois sans respect dans leur course à l’argent pour les milliers d’employés qui sont sous-payés, délocalisés, licenciés. Si Jésus est leur sauveur, il leur dit : « souris, prends ton temps, aime ta femme, tes enfants, et regarde tes employés qui sont tes frères et tes sœurs. Mène une vie sauvée ». Nous vivons, il est vrai dans un monde du péché ; nous ne pouvons pas, à nous tout seul, changer le système économique et social dans lequel nous vivons. Mais nous pouvons néanmoins avoir un regard sur ce monde qui fait que n’en serons pas totalement prisonniers.

LG Ce que tu dis au sujet de l’argent est important. Un grand théologien du 20e siècle, mort aujourd’hui, Paul Tillich, qui était allemand et a dû sous le nazisme émigrer aux États-Unis car il avait défendu des Juifs disait très justement qu’on a tous une foi en Dieu mais que tout dépend quel est notre Dieu. On a mentionné le Dieu terrible menaçant de l’enfer, et je ne crois pas que ce soit une foi souhaitable. On a parlé de l’argent. Il est vrai que pour beaucoup de gens l’argent est leur Dieu. Il sont prêts à tout pour l’argent, comme pour un Dieu. Et ce ne sont pas seulement les plus riches qui pensent ainsi. D’ailleurs à la radio, à la télévision on parle sans arrêt d’argent.

GC Je souligne ce que tu dis là. Dans les journaux télévisés, on évoque tout le temps la situation économique, le niveau de vie, les cours de la Bourse. Les journalistes disent qu’ils le font parce que les gens s’intéressent à l’argent. C’est certainement vrai. Mais les gens s’intéressent aussi à d’autres choses qu’à l’argent : à leur santé, par exemple, mais on ne commence pas toutes les émissions de télévision en parlant de se porter mieux en faisant un peu d’activités physiques etc. Les gens s’intéressent aussi à leur famille et on pourrait commencer toutes les émissions en parlant des relations conjugales et parentales. On fait de l’argent le Dieu principal. On pourrait en 2013 en parler un peu moins et parler un peu plus de la santé des uns et des autres, des enfants et de l’amour.

LG Parler de l’amour et de nos affections. Sur un lit de mort les gens ne pensent pas à leur argent mais ils pensent à leurs amours et à leurs affections. C’est cela qui a été le véritable essentiel de leur vie et c’est cela qu’ils emportent avec eux.

GC Et ils regrettent de ne pas avoir eu plus de temps et d’occasions pour s’occuper de leurs proches. Jésus-Christ qui est un sauveur, répèterait à nos contemporains la phrase qui était centrale pour lui : « tu aimeras ton prochain ». C’est sans doute cela mener une vie de « sauvé ».

LG Certains disent regretter à la fin de leur vie de n’avoir pas su dire « je vous aime » à leurs proches. Si on dit « ce ne sont que des paroles », il faut se souvenir que les paroles sont, en fait, des actes.

GC Lorsque Jésus-Christ rencontrait des gens menant une vie pas sauvée, pas épanouie, ratée, une vie qui ne convient pas à un enfant de Dieu, il disait, comme toujours « aime ton prochain ». C’est la parole libératrice qui sauve celui qui l’écoute.

LG Absolument.

GC J’ai établi une liste dont je me demande si ce sont des péchés ou si ce ne sont pas des péchés. Être divorcé, est-ce un péché ?

LG Absolument pas ! Par contre refuser la communion à des divorcés est incontestablement un péché. Cela exclut des gens qui ont déjà souffert et qui ne divorcent pas par plaisir.

GC L’homosexualité est-elle un péché ?

LG Qu’en dirais-tu ?

GC Je dirais absolument pas ! On n’y peut rien. Je me souviens d’un catéchumène (dans notre église ils ont environs 15 ans). Un garçon qui m’a dit « je ne peux pas faire ma confirmation parce que je crois bien que je suis homosexuel ! » Mon cœur saignait à l’écouter ! Je lui ai répondu qu’il était aimé, accepté tel qu’il était. Il vivait un drame et non pas un péché.

LG Je suis tout à fait d’accord avec toi.

GC Est-ce qu’être trafiquant de drogue est un péché ?

LG Je dirais que c’est quelque chose de très répréhensible, de très grave, mais certains en vivent et j’ai toujours peur de jeter le discrédit sur une profession, quelle qu’elle soit car on ne sait pas par quel concours de circonstances celle personne en est arrivé là. On dit qu’au Brésil dans les favélas c’est le trafiquant de drogue qui avec ct argent sale soutient sa famille et les pauvres de son entourage. Ceci est très complexe. Mais je déconseillerais fortement à celui qui m’en parlerait d’entrer dans ce rôle qui n’est pas du tout conforme à l’Évangile.

GC Je pense que Jésus-Christ qui est un sauveur lui suggérerait néanmoins de faire autre chose pour gagner sa vie.

LG Comme Jésus l’a fait pour Zachée en Luc 19, qui était le chef des collecteurs d’impôts de Jéricho et travaillait donc pour l’occupant romain. Mais Jésus en s’invitant dans la maison de Zachée ne lui a rien dit d’autre, concernant son activité que toute la foule méprisait.

GC Quand Jésus guérissait le serviteur du centurion romain qui « lui était très attaché ! », il ne lui a pas non plus dit d’arrêter cette relation trouble. On ne sait pas ce que cet homme a fait. Mais je pense qu’il aurait incité le trafiquant de drogue à arrêter sa coupable activité.

LG Là encore il y a certainement des manières de se libérer en pensant à l’amour de l’autre. Le trafiquant de drogue ne vit pas vraiment pour l’autre, ce construit pas un monde plus humain, alors que c’est cela être libéré, être sauvé.

GC Et le trafiquant d’armes est-il pécheur ? J’en ai connu un. Il ne me demandait rien à ce sujet et je ne lui disais donc rien. Mais dans la conversation je montrais bien qu’à mon idée il convient d’aimer son prochain et j’espérais que l’influence de la présence de Dieu réorienterait autrement sa vie. Et les traders, qu’en dirais-tu ?

LG Le trader me semble accablé par le Dieu de l’argent. Il faut reconnaître que Jésus était dur pour cela. Il disait « on ne peut pas servir Dieu et Mammon (Dieu de l’Argent) ». Il y a des choix à faire dans la vie. On est facilement obsédé par ce que l’on a et ce que l’on n’a pas. Le trader pense toujours à ce qu’il pourrait avoir en plus et en plus ! Vivre pour ce que l’on n’a pas est épouvantable. Alors que l’on est tellement riche de tout ce qui n’est pas de l’argent !

GC Et s’installer en Belgique pour éviter le fisc français est-ce un péché ?

LG Pas du tout. Il y a des systèmes fiscaux qui font que les uns restent en France et d’autres s’installent dans des paradis fiscaux voilà. Aucun péché là dedans.

GC Moi je pense au contraire qu’avec tout l’argent qu’il gagne, quitter la solidarité nationale est vraiment un peu « minable » ! Et mal élevé, faire des incivilités, jouer des coudes dans le métro, ne pas laisser son siège à qui en aurait besoin, est-ce péché ?

LG Non. Il ne faut pas mettre le péché partout, ce serait exagéré. J’ai remarqué que ceux qui se lèvent et me laissent leur place dans le métro sont la plupart du temps des arabes ou des noirs. Ils ont une culture, une éducation où l’on respecte les personnes âgées. Ils sont élevés ainsi et je trouve que c’est bien d’apprendre à ses enfants de se lever pour une femme enceinte, une personne âgée ou fatiguée.

GC Je crois qu’une vie sauvée, une vie épanouie est celle de quelqu’un qui est capable de regarder autour de lui : aimer son prochain c’est d’abord regarder son prochain, regarder la vieille dame, voir le monsieur qui a mal à la jambe, voir que cette femme est enceinte. Le Jésus sauveur que nous aimons nous dit : « regarde autour de toi ! » C’est ce que je souhaite à tout le monde en cette année 2013.

LG Et nous disons à tous ceux qui nous ont écoutés une excellente nouvelle année et d’être sauvés en 2013.

 


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