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Cette nuit-là

 

 

pasteur Alain Arnoux

 

Article paru dans la Lettre hebdomadaire
de l’Église protestante unie de Bourdeaux, Dieulefit, La Valdaine
décembre 2017

 

24 décembre 2017

Cette nuit-là, César Auguste veillait. Dans son palais endormi, au milieu de la Ville endormie, il était le seul à veiller.
Comme toutes les nuits, il n'arrivait pas à trouver le sommeil. Alors il songeait et il travaillait.
Autour de lui, le palais de pierres de taille et de marbre était silencieux, enfin silencieux. À peine entendait-on le pas des sentinelles en armes. La fête de tous les soirs était finie. Les courtisans, les musiciens et les filles de joie étaient partis, les ivrognes dormaient de leur sommeil lourd. Les esclaves écrasés de fatigue pouvaient enfin dormir d'un sommeil de plomb.

Mais lui, l'empereur, veillait, seul dans le palais.

Les lampes à huile éclairaient sa grande table de travail en marbre recouverte de plans et de lettres venues du monde entier. S'il allait à sa fenêtre, il pouvait voir Rome endormie à ses pieds. Avec ses palais de marbre, ses temples dédiés à tous les dieux, ses arcs de triomphe qui célébraient les victoires sur tous les peuples connus, ses théâtres et ses amphithéâtres qui émergeaient de l'entassement des quartiers sordides, Rome était la plus grande ville du monde, elle était le cœur du monde. C'est vers Rome que menaient toutes les routes du monde, c'est là qu'arrivaient toutes les richesses de tous les peuples soumis, c'est là que tout se décidait. Et lui, César Auguste, il était celui qui décidait. Quand il était enfant, il avait vu Vercingétorix, couvert de chaînes, figurer comme une bête curieuse dans le cortège triomphal de son oncle Jules César. Mais c’était devant lui, César Auguste, qu’étaient venus s'agenouiller, là à Rome, les souverains de tous les peuples grands et petits, comme Cléopâtre, la reine de l'antique et glorieuse Égypte, et Hérode, le roi de ces Juifs de la Palestine pouilleuse et turbulente.

Cette nuit-là, comme toutes les nuits, César Auguste veillait.

Il songeait qu'il était l'homme le plus puissant de l'univers et que, pour le devenir, il avait fait un long chemin. Il était vieux maintenant, bien vieux pour son temps : il avait soixante ans. Et en soixante ans, que de combats ! Il revoyait les visages de ceux qui étaient morts avant lui, les visages de ceux qui avaient été ses amis et qui étaient devenus ses ennemis, les visages de ceux qu'il avait vaincus, les visages de ceux qu'il avait fait assassiner, les visages de ceux qu'il avait rejetés après s'en être servis. Pour devenir l'homme qui règne au centre du monde, il ne faut pas écouter ses sentiments. Il faut simplement être le meilleur et le plus rusé, il faut être le plus intelligent, le plus méfiant, le plus dur.
Il était seul, l'homme le plus puissant de l'univers, l'homme le plus adulé de l'univers, l'homme le plus redouté et le plus haï de l'univers. Mais il n'était pas triste. Il avait payé ce prix pour être là, parce qu'il avait de grands projets. Ce sont ces projets qui le tenaient éveillé, et non le remords ou la tristesse. L'empire était grand, mais il y avait encore d'autres terres à conquérir, d'autres richesses à capter, d'autres peuples à soumettre. Il fallait pousser plus loin les frontières. Il fallait construire de nouvelles routes et de nouvelles villes. Il fallait renforcer l'armée pour conquérir et pour tout contrôler. Il fallait que Rome devienne encore plus grande. Il fallait construire de nouveaux théâtres et de nouveaux cirques pour occuper le peuple. Il fallait encore plus d'esclaves. Il fallait encore plus d'argent pour tout cela.
C'est pourquoi lui, César Auguste, avait ordonné un recensement de tous les peuples soumis. Pour mieux les contrôler, pour mieux organiser, pour mieux faire rentrer l'impôt... Et Rome serait éternellement le cœur du monde. Et Rome dominerait durement un monde bien organisé, où plus jamais rien ne changerait, où plus jamais rien ne bougerait. Et les monuments de Rome proclameraient pour toujours la grandeur de la tâche qu’il aurait accomplie, lui, César Auguste.
Cette nuit-là, comme toutes les nuits, César Auguste, maître du monde, veillait.

Et pendant qu'il songeait et organisait le monde, dans un de ces peuples soumis, dans un village écarté des grandes routes, dans une étable à peine moins confortable que les maisons de terre séchée, cette nuit-là, un enfant juif naissait.
Cette nuit-là, des bergers veillaient, dans le grand silence des champs et sous la clarté des étoiles. À peine entendait-on une brebis s'ébrouer ou un camarade marmonner dans son sommeil. Ce n'est pas parce qu'ils s'attendaient à quelque chose d'extraordinaire qu'ils veillaient. Ils veillaient parce qu'il fallait bien veiller sur les bêtes, à tour de rôle, la nuit. Il y a des chiens errants, il y a des loups et des ours qui rodent, et des voleurs aussi. Il y a des bêtes malades, et d'autres qui vont mettre bas. C'est la vie du berger, c'est comme cela qu'on fait depuis toujours, quand on garde en plein champ. Leur vie étaient faite de jours tous pareils que suivaient des nuits toutes pareilles, même le sabbat. Ils ne rêvaient pas de changer le monde, les bergers. Ils n'imaginaient même pas que le monde puisse changer, les bergers. Quand on a du travail par dessus la tête, quand on a le corps fatigué et l'esprit toujours sur le qui-vive, on n'a pas le temps d'écouter les rêveurs qui veulent faire la révolution. D'ailleurs, ils n'avaient même pas le temps d'aller au culte et de réciter leurs prières, les bergers. Les histoires de Messie et tout ce genre de choses, ils n'y pensaient même pas. Ils prenaient la vie comme elle était, et ils ne se posaient pas de questions, les bergers. Les rabbins le leur reprochaient bien assez.

Pourtant, cette nuit-là, ils ont étiré leurs corps endoloris, ils ont quitté leurs troupeaux et ils se sont mis en marche vers une étable banale, dans un village banal, pour voir un bébé banal dont les parents banals n'étaient même pas du pays. Il a fallu que des voix leur parlent très fort, il a fallu qu'une étrange lumière se fasse aussi dans leurs esprits, pour qu'ils bougent et pour qu'ils fassent de longs discours.

« Cet enfant-là, c'est l'avenir du monde, parce que l'avenir du monde appartient à Dieu et que cet enfant vient de Dieu. Cet enfant-là, c'est le salut du monde, parce que Dieu veut changer le monde. Le monde sera sauvé par l'amour et cet enfant nous est donné par l'amour de Dieu. »
Voilà ce qu'ils ont compris et voilà ce qu'ils ont dit, les bergers.

Cette nuit-là, à Rome César Auguste veillait et organisait un monde qui ne devrait jamais changer.
Cette nuit-là, à Bethléem, Jésus naissait.
Cette nuit-là, Dieu posait un pied dans le monde.
Cette nuit-là, des bergers au cœur soudain illuminé d'amour et d'espérance devenaient les premiers citoyens du Royaume de Dieu.
Cette nuit-là le Royaume de Dieu commençait.
Mais à Rome, au centre du monde, là où tout se décidait, César Auguste qui veillait n'en savait rien.

 

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