Protestants dans la ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

 


Inégalités et pauvreté
en France et au Royaume Uni

 

Claudine Castelnau

 

 

23 octobre 2017

L’Observatoire des inégalités propose régulièrement un état des lieux le plus complet possible des inégalités économiques, culturelles et symboloques en France, en Europe et dans le monde. Le but de ce travail  d’information, l’Observatoire des inégalités l’explique sur son site :
« Le niveau des inégalités heurte nos valeurs. Il constitue une menace pour la démocratie en offrant un terreau à la montée de l’extrême droite en Europe. Les inégalités favorisent aussi tant le scepticisme civique que le cynisme social. »

Et l’écart se creuse entre les plus pauvres et les couches moyennes et l’évolution de la pauvreté.
« Ainsi, par exemple, la baisse des allocations logements va avoir pour effet direct d’accroitre le nombre de personnes pauvres. A plus long terme, l’évolution de la pauvreté dépendra pour une grande partie de l’emploi et des conditions dans lesquelles ces emplois s’exercent. Autrement dit de la façon dont sera partagée la richesse crée. La multiplication de postes sous-rémunérés n’aurait pour effet que de transformer la pauvreté en développant la pauvreté laborieuse. »

Autre remarque de l’Observatoire des inégalités : « La France compte 2,3 millions de personnes vivant avec moins de 672 euros par mois et 1,9 millions de personnes bénéficiaires de l’aide alimentaire. »

Constatation : « La grande pauvreté persiste en France. Et dans l’un des pays les plus riches au monde, rappelle l’Observatoire, le 6 septembre, des dizaines de milliers de personnes vivent dans des conditions très dégradées, dorment dans la rue, vivent dans des mobil-homes, des caves. Ces situations sont vécues d’autant plus violemment que cette misère s’intègre dans une société où les niveaux de vie moyens sont très élevés, où les conditions de logement se sont améliorées au cours des dernières décennies et où l’accès à la consommation s’est largement diffusé.  »

Et que dire de ces 600 000 nouveaux pauvres recensés en dix ans ? Le Monde du 20 octobre a publié une double page qui serre le cœur, sur ce peuple, quelque 16 000 personnes, « ignorées de tous » vivant en France dans 571 bidonvilles, squats et campements, la peur au ventre chaque jour d’être évacués. Pour où ?

 

.

 


Mais la France n’est pas la seule à vivre cette situation en Europe. Les Echos relevaient, le 20 juillet dernier, que la Grande-Bretagne, par exemple, reste « l’un des pays où les inégalités de revenus sont les plus criantes et après une embellie alors que le parti travailliste était au pourvoir, jusqu’en 2010, les inégalités sont revenues à peu près au même niveau qu’il y a 25 ans depuis que le parti conservateur est au pouvoir et restent beaucoup plus importantes que dans les années 60 et 70.»
 Autre tendance inquiétante, notent Les Echos, « la pauvreté touche 20 % de la population [en Grande-Bretagne]. Et elle ne recule plus contrairement aux décennies précédentes [...] Pour les adultes âgés de 22 à 30 ans, ces dix dernières années se sont traduites par un recul des revenus réels, de 4 %. Le fossé entre les générations, déjà béant en termes de patrimoine immobilier, continue de se creuser au Royaume-Uni. »

La pauvreté en Grande-Bretagne, c’est un sujet dont les brillants traders et autres expatriés français ne parlent pas. Et pourtant : l’hebdomadaire anglican Church Times se fait régulièrement l’écho de déclarations d’organisations caritatives mais aussi d’évêques anglicans, de députés travaillistes et conservateurs, tous à s’inquiéter de la situation de certains de leurs concitoyens, particulièrement les enfants, touchés par la pauvreté, la faim, la malnutrition, l’obésité en un mot la misère.

Frank Field, député travailliste et membre du Synode général de l’Eglise anglicane d’Angleterre, a fondé avec d’autres députés travaillistes et conservateurs de la Chambre des Communes et de la Chambre des Lords un groupe de travail sur la Faim et la Pauvreté [All-Party Parliamentary Group on Hunger and Poverty]. L’an dernier ce groupe a publié un rapport qui posait de rudes questions :
Pourquoi les gens ont-ils faim en Grande-Bretagne ?
Combien d’enfants arrivent-ils affamés à l’école ?
Et comment les familles se débrouillent-elles en l’absence de repas gratuits fournis par l’école, lors des vacances scolaires ou tout simplement les week-ends ?
Ce repas gratuit est-il le seul de la journée ?
La faim est-elle la partie visible d’une situation beaucoup plus grave d’abandon de ces enfants ?
Et le constat terrible était fait : pour trop d’enfants, « la faim est le plus constant des compagnons. »

Le rapport constatait qu’en 2015, 6367 enfants de 5 ans sont entrés à l’école en classe préparatoire en sous-poids, une augmentation de 16 % par rapport à 2012. Et 502 643 enfants de moins de 5 ans étaient anémiés, en augmentation de 46 % par rapport à la décennie précédente.
De même chez les femmes enceintes le taux d’anémie avait atteint un niveau inégalé depuis 20 ans.

Les chiffres cités par le groupe interparlementaire étaient fournis par les écoles, les diocèses anglicans, les ONG, entre autres. Le groupe de députés posait aussi la question : pourquoi est-ce le cinquième rapport sur le sujet que nous publions sans que la situation ait changé ? Pourquoi une solution politique n’a-t-elle toujours pas été trouvée ?

Le 7 avril dernier, Le Monde publiait un article intitulé : « Malgré la reprise économique, le Royaume-Uni touché par la faim ». On y racontait les « food banks », l’équivalent de nos banques alimentaires, qui reçoivent les « victimes urbaines de la faim », ceux qui travaillent mais ne gagnent pas assez comme ce jeune homme dans la grande distribution qui a signé un « contrat zéro heure », une merveille de la société libérale toujours en quête d’ajustement.
Ce contrat « impose une flexibilité extrême au salarié : l’entreprise décide du nombre d’heures que doit travailler le salarié et seules les heures effectuées sont rémunérées. Certains mois, Patrick n’a rien touché. Alors la banque alimentaire est devenue une nécessité. »

Un journaliste et économiste qui a travaillé sur la montée de la pauvreté malgré une insolente reprise économique du Royaume-Uni, évoque « une politique “punitive” dirigée contre les pauvres, et non contre la pauvreté. » Des allocations réduites, un régime injuste de sanctions draconiennes contre les chômeurs qui ne cherchent pas suffisamment de travail : un million de personnes ont déjà été victimes d’interruption de leurs allocations, interruption qui peut aller jusqu’à trois ans.

L’Eglise anglicane avec son fond destiné au travail en milieu urbain [Church Urban Fund] a réalisé un état des lieux et des statistiques sur la pauvreté pour chaque diocèse d’Angleterre afin qu’ils sachent mieux dans quel contexte les prêtres et les paroisses travaillent.

 

 

.

 


Un titre intéressant du Guardian, quotidien britannique de centre gauche, le 18 octobre dernier parle encore de pauvreté : « Le mensonge prétendant que la pauvreté est due à une faillite morale avait été enterré il y a un siècle. Il revient. » L’auteur de l’article Fintan O’Toole, journaliste à l’Irish Times, prend comme exemple My Fair Lady, un film tiré de Pygmalion une pièce de l’écrivain George Bernard Shaw, l’un des auteurs socialistes les plus lus du monde anglophone.
Eliza, vendeuse de fleurs sur le trottoir est le sujet d’un pari ente deux gentlemen : Henry Higgins, qui la prend chez lui arrivera-t-il à en faire une dame à l’accent de la reine ? Son ami en doute... Et lorsque le père d’Eliza, un homme populaire, vulgaire, bon à rien, fait irruption chez Higgins, ce n’est pas pour reprendre sa fille à celui qui, croit-il, l’a séduite, il n’est pas choqué, il n’a pas l’intention de changer de vie, il est venu pour la lui vendre, pour être dédommagé !
Mais lorsqu’il aura hérité de millions, il deviendra à son tour un monsieur comme il faut, caricature de cette morale de la classe moyenne qu’il détestait tant.
Conclusion de Bernard Shaw : les gens ne sont pas pauvres parce qu’ils sont immoraux, ils sont immoraux parce qu’ils sont pauvres.
Ou, pour le traduire en des termes contemporains, résume The Guardian, « le problème avec les pauvres n’est pas leur culture ou leur manque de caractère. Mais c’est simplement qu’ils n’ont pas assez d’argent. »

Shaw a lutté pour combattre l’idée fallacieuse que la pauvreté n’était qu’une faillite morale du pauvre et à l’inverse que de grandes richesses étaient une preuve de valeur morale. Il était hanté par les taudis du Dublin de son enfance. Et comme le dit l’un de ses personnages : « La pauvreté frappe jusqu’à la mort les âmes de ceux qui sont à son contact, qui la voit, la sente. »

Alors à la question pourquoi les pauvres sont-ils pauvres ? On pourrait répondre de multiples façons au 21e siècle, comme au 19e : l’explication la plus courante que faisaient les Européens (41 % ) lors d’un enquête en 2010 c’est que la cause de la pauvreté été due à l’injustice sociale.
Mais les autres invoquaient à 16 % la paresse, le manque de volonté, la malchance ou accompagnait inévitablement le progrès. Des idées bien ancrées au 19e siècle et que Shaw a combattues, essayant de convaincre que « c’est la manière dont la société est organisée qui produit de la pauvreté, non les fautes ou la malchance des pauvres [...] Et que soigner la pauvreté c’est avoir des revenus suffisants. »

Une « pension universelle » ou ce que nous appelons un « revenu de base universel. » La notion victorienne de pauvreté comme une maladie morale semblait oubliée. Jusqu’à janvier 1983, lorsque Margaret Thatcher déclara à la télévision que « les valeurs victoriennes étaient celles qui rendirent notre nation grande »
Et il était clair que l’une de ces valeurs était que la pauvreté est fondamentalement une question de caractère. Les riches sont aujourd’hui assurés comme ils l’ont toujours été qu’ils méritent ce qu’ils possèden [...] pas pour leur permettre de vivre mais comme une sorte de prix de l’Ecole du Dimanche, pour bonne conduite.

Monétariser la vertu ! Et nous vivons à nouveau dans un monde où les pauvres ploient sous des corvées incessantes sans que ce soit la garantie, pour des millions de gens, d’avoir une vie décente et digne. Nous vivons dans un monde de valeurs victoriennes, nous vivons à nouveau dans un monde où les riches ont plaisir à croire qu’ils n’ont pas seulement plus d’argent mais qu’ils sont meilleurs. Nous vivons à nouveau dans un monde où les gens qui luttent pour survivre doivent prouver qu’ils méritent l’aide de l’Etat dont ils ont besoin pour tenir bon. Dans un tel monde, il semble que Bernard Shaw devrait vivre à nouveau.

 

Retour en page d'accueil
Retour vers Claudine Castelnau
Vos commentaires et réactions

 

 

haut de la page

cron  

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.