« Je crée Jérusalem pour l’allégresse »

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Je crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre.

On ne se rappellera : plus les choses passées, elles ne reviendront plus à l’esprit.

Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, à cause de ce que je crée ;

Car je crée Jérusalem pour l’allégresse et son peuple pour la joie.

Je ferai de Jérusalem mon allégresse, et de mon peuple ma joie ;

On n’y entendra plus le bruit des pleurs et le bruit des cris.

Il n’y aura plus ni enfants ni vieillards qui n’accomplissent leurs jours ;

Ils bâtiront des maisons et les habiteront ;

Ils planteront des vignes et en mangeront le fruit.

Ils ne bâtiront pas des maisons pour qu’un autre les habite,

Ils ne planteront pas des vignes pour qu’un autre en mange le fruit ;

Ils ne travailleront pas en vain, et ils n’auront pas des enfants pour les voir périr ;

Ils formeront une race bénie de l’Éternel et leurs enfants seront avec eux.

Avant qu’ils m’invoquent, je répondrai, 
avant qu’ils aient cessé de parler, je les exaucerai.

Le loup et l’agneau paitront ensemble, le lion, comme le bœuf, mangeront de la paille,

Et le serpent aura la poussière pour nourriture.

Il ne se fera ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte, dit l’Éternel.

Esaïe 65.17-25

Si Esaïe parle ainsi, c’est qu’il sent un malaise dans le peuple, une déprime.

Nous sommes en l’an 538 av. JC, le peuple d’Israël qui était déporté à Babylone depuis près de 40 ans vient d’être libéré par l’excellent roi de Perse Cyrus qui leur a permis de rentrer en Israël et promet même de leur financer la reconstruction du Temple de Jérusalem. Il n’y a plus de guerre, il n’y a plus l’oppression du féroce Nabuchodonosor, on est vraiment libre de reprendre la vie libre à laquelle on a droit. Mais il y a les autres gens qui sont là et qu’on ne comprend pas.

Et ce moment tant attendu, tant espéré, ne se passe pas vraiment bien. Ce texte d’Esaïe le montre bien.

Et cette situation de malaise fait penser à la nôtre aujourd’hui : 

Le Président de la République s’est fait siffler au Parc des Princes à Paris, alors qu’il serrait la main des joueurs de la coupe de France. À la sortie de la finale du match du PSG contre Arsenal et malgré la présence dissuasive de 22 000 agents de police il y a eu bagarre, comme d’habitude, sans raison et il y a eu beaucoup d’arrestations : c’est instinctif. signe d’un malaise généralisé. 
Ailleurs, la situation est claire : à Moscou on ne siffle pas Poutine, on en a bien trop peur. A Pékin on ne siffle pas Xi Jing Ping, on n’en a même pas l’idée. A Washington, cela fait déjà trois fois qu’on tire sur Trump. En France, on siffle, on se sent mal. 

Je vais vous dire pourquoi cela me fait penser à la situation de Jérusalem en 538 av. JC et à la manière dont Esaïe réagit : 

Lorsqu’Israël est parti en exil à Babylone, Nabuchodonosor leur a détruit le palais royal où résidait le roi saint, le fils de David, celui qui était chargé de faire régner la volonté de Dieu, l’Alliance d’amour et on se trouvait désormais sous la loi de ce mécréant de Babylone. Il avait détruit le Temple où résidait Yahvé, le vrai Dieu et on avait désormais les ziggourat du Dieu Mardouk. Les deux pôles d’identité du peuple étaient détruits.


Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions,

En nous souvenant de Sion, 
aux saules de la contrée nous avions suspendu nos harpes.

Là, nos vainqueurs nous demandaient des chants, et nos oppresseurs de la joie ;

– Chantez-nous quelques-uns des cantiques de Sion !

– Comment chanterions-nous sur une terre étrangère ?

Si je t’oublie, Jérusalem, que ma langue s’attache à mon palais, (Psaume 137)

Alors les prêtres, les rabbins, avaient suscité l’idée, qui subsiste encore aujourd’hui, que la fidélité à Dieu résidait désormais dans le respect de la nourriture cachère, de la circoncision des garçons, du respect du chabbat et des fêtes religieuses comme Pâques et Pentecôte. Le judaïsme était constitué comme il l’est aujourd’hui : une religion universelle, transportable partout.

Mais justement, les exilés revenant libres en Israël y ont rencontré des fidèles qui n’avaient pas pratiqué cette réforme, ignoraient le chabbat et la nourriture cachère. Et se prétendaient néanmoins tout à fait fidèles.

Ils mangeant de la viande de porc, 
dans leurs assiettes de la nourriture non cachère. (
Es 65.4)

Ils rencontraient aussi des moabites, des ammonites que les babyloniens avaient déplacés là, qui ne pratiquaient rien du tout et ne voulaient pas en entendre parler.

Vous dressez un autel au Dieu Gad, et vous buvez à la coupe du Dieu Meni ! (Es. 65.11)

Cela me fait penser à la France où personne ne comprend plus rien dans la mesure où La France Insoumise prend parfois des positions proches de l’ancien fascisme dont la gauche est pourtant traditionnellement l’ennemi irréductible et où le Rassemblement National prend parfois des positions de gauche alors qu’il devrait être à l’extrême droite ! Lors des élections municipales on se heurte avec agressivité les uns aux autres sans comprendre ni accepter les diverses prises de positions et le malaise est évident.

Les prêtres et les rabbins disent à propos de ces moabites : 
Si un étranger vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l’opprimerez pas. Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous ; vous l’aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte. Je suis l’Eternel, votre Dieu.  (Lév 19.33)

Dans l’ambiance générale de dépression Esaïe parle de la part de Dieu et lance les mots de « joie » et de « nouvelle création ».

Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, A cause de ce que je crée ;

Car je crée Jérusalem pour l’allégresse et son peuple pour la joie.

Je fais de Jérusalem mon allégresse, et de mon peuple ma joie ;

Si vous regardez dans vos bibles, vous verrez qu’il y est écrit au futur :

Je ferai de Jérusalem mon allégresse, et de mon peuple ma joie ;

Mais il y a en hébreu un temps de verbe que Dieu emploie toujours que les grammairiens appellent « l’inaccompli », c’est-à-dire ce qui est en mouvement, en accomplissement. Il désigne tout à la fois le futur, le présent et le conditionnel : 

Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, 
car je ferai de Jérusalem mon allégresse, 
mais ce ne sera pas dans l’au-delà !
je fais de Jérusalem mon allégresse 
: mais oui, ne le sentez-vous pas ?  
je peux faire de Jérusalem mon allégresse : 
si vous voulez bien vous y impliquer.

Un grand élan de vie, un souffle de joie, créateur de renouveau souffle en permanence sur le monde et saint Paul en disait : « n’étouffez pas l’Esprit » (I The 5.19)

Les prêtres venaient d’écrire aussi le récit de Genèse 1 : 

La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.

Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.

Et à nouveau l’Esprit de Dieu plane sur le chaos. Un dynamisme créateur de renouvellement, de création heureuse. Dieu ouvre l’avenir, des possibilités nouvelles 

Les jeux ne sont pas faits. On n’est pas immobile dans un monde sans avenir. Il y a une force de vie à l’œuvre dans Jérusalem – dans les cœurs. Il y a communication de l’Esprit heureux de Dieu sur ceux qui y croient.

Ils bâtissent des maisons et les habitent ; Ils plantent des vignes…

On va se mobiliser, relancer une cohésion sociale et réorganiser courageusement.

Chacun sera « Sous sa vigne et sous son figuier, et boira de l’eau de sa propre citerne », Es 36.16

Esaïe ne dit pas que Dieu va tout faire, ce sont les hommes qui vont bâtir des maisons : 
c’est Dieu qui insuffle dans les cœurs la force et le courage, l’initiative et la créativité qui les en rendra capables. 
Dieu est en nous, il est plus que nous mais il n’est pas sans nous.

Ce n’est pas Dieu qui arrangera Israël en l’an 538 av. JC, ou la France en 2026. Mais c’est bien son dynamisme créateur (les théologiens disent son Saint-Esprit) qui apportera, qui apporte, qui peut apporter l’élan, la solidarité, le soutien mutuel, le courage de vivre.

Pas se demander si on croit en Dieu mais si on entre dans sa joie créatrice et fraternelle, dans son allégresse.

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