
Quelques prédications narratives
156 pages – 10 €
pasteur Francis Willm
354 route de Calvisson, Bizac – 30420 Calvisson
« La Bible n’est pas un conte, mais elle se raconte ! » Le pasteur Francis Willm aime ce genre de prédictions où l’on feint de « raconter » la Bible – ce qui est toujours très vivant et accrocheur – tout en glissant au passage les petites remarques spirituelles qui orientent l’attention des fidèles et transfigurent l’ensemble en une remarquable prédication de l’Évangile.
A la lecture, l’essai semble aisé mais les prédicateurs doivent se méfier d’eux-mêmes : il est facile de déraper sans s’en rendre compte et de ne transmettre, sans le vouloir que ses propres petites idées ! Il convient donc, avant de se lancer dans ce genre d’exercice, avoir correctement étudié le texte biblique, l’avoir replacé dans son milieu historique afin que l’Esprit qui a animé son auteur soit bien celui qui anime le prédicateur. C’est alors que cet Esprit animera aussi l’esprit de l’auditeur.
Le pasteur Willm nous en donne ici 16 exemples fort réussis.
En voici un :
Marc 11, 1 à 11
« Les Rameaux »
Imaginons la scène et mettons-nous dans la peau d’un fonctionnaire romain au service du préfet Ponce Pilate.
Pilate vient d’être averti de la présence d’un défilé suspect se dirigeant vers le centre de la ville. Il m’envoie donc pour interroger quelques personnes, sans avoir l’air de rien. Je me déguise en pèlerin venant de loin pour la fête de la Pâque. Il y a un monde fou partout, nous entrons dans une semaine très agitée ! Je cours donc jusqu’à la route qui descend de Beth Ani vers le ravin du Cédron, elle remonte ensuite vers la capitale. A mi-pente, je rencontre effectivement un cortège bizarre, salué par une masse de gens hétéroclites. Certains jettent par terre des tissus, devant une ânesse accompagnée de son petit. Elle porte un homme assez jeune, souriant, les cheveux longs, vêtu d’une tunique blanche plutôt salie par la poussière des chemins. Apparemment il n’est pas armé. Juste derrière lui, une douzaine d’hommes semblant tous Israélites. Suit un groupe varié avec pas mal de femmes, certaines chargées de ballots ou de sacs. Ce petit monde chante des mélodies hébraïques et de temps en temps crie des slogans qui attirent mon attention, du genre : « Vive le roi ! » « Hosanna : Sauve nous ! » Certains agitent des branches de palmiers qu’ils ont dû ramener de loin car il y en a très peu par ici. Mais je sais que c’est un emblème de triomphe et de gloire. Tout cela est fort suspect. Je m’approche…
Je me mêle discrètement aux badauds, j’entame une conversation en latin avec un jeune homme et je parais enthousiasmé par ce spectacle de rue ! Il me répond avec une certaine hésitation :
– « Hum ! Moi je ne sais pas trop quoi en penser… Ce type, on m’a dit qu’il s’appelle Jésus, ce serait une espèce de prophète, il parle beaucoup et il parait qu’il fait des miracles ! Moi je crois que c’est encore un illuminé, comme on en voit pas mal. Regarde-le donc, sur son âne ! »
Je fais semblant de l’approuver mais j’ai déjà quelques indications. Je me dirige vers une femme qui crie à tue-tête :
– « Hosanna ! Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur ! »
Je lui demande de répéter sa phrase, que je n’ai pas bien saisie, au milieu de ce joyeux chahut.
– « Ben oui ! C’est notre roi, le roi d’Israël, le Messie annoncé par les prophètes ! Alléluia ! »
Un homme, à côté, semblant riche et instruit, me dit que d’après le prophète Zacharie, ce roi vie droit justement assis sur un âne ! Je suis étonné, car je verrais plutôt un roi assis sur un cheval, ou dans un carrosse ! Soudain, j’aperçois un petit homme, que j’ai déjà rencontré quelque part : un collecteur d’impôts ! Mais oui ! C’est Zachée, mais qu’est-ce qu’il fait là ? Ce genre de type est plutôt bien avec les Romains… Je tâte le terrain. Je lui dis que je ne sais pas qui est cette espèce de prophète.
– « Ah! Il a changé ma vie ! Je suis collecteur d’impôts et j’étais rejeté par tout le monde. Mais maintenant, depuis que j’ai rencontré Jésus, et qu’il s’est invité chez moi, tu te rends compte, je suis un autre homme, honnête, serviable, heureux ! Et je retrouve plein d’amis.
Une femme encore jeune, a tout entendu :
– « Il m’a guérie ! Moi aussi j’étais rejetée par tous, et ma vie a complètement changé. Ah oui ! C’est vraiment le sauveur, notre roi, le roi des Judéens !
Un homme très barbu, un peu hirsute, se mêle à nos propos :
– « Depuis le temps qu’on l’attend, ce Messie ! Mais celui-ci n’a pas l’air très convaincant. C’est pas ce type qui va chasser les Romains ! Vois comme il a l’air ridicule sur son âne : ses gardes du corps ne sont même pas armés !
Je ne sais pas quoi penser de tout ceci… Dans la foule je constate qu’il y a un peu de tout : des convaincus, même des exaltés, des gens hostiles aussi. De plus en plus, je crois comprendre que c’est bien une affaire judéenne, et même politique ! Pilate ne sera pas content ! J’aperçois alors un des chefs religieux judéen, avec tous ses apparats et signes de richesse, d’autorité. Il a l’air furieux et invective ce Jésus :
– « Rabbi, fais taire tous ces imbéciles ! Les Romains vont intervenir avec leur violence habituelle…
– S’ils se taisent, mes amis, ce sont les pierres qui vont crier et chanter ! »
Le soi-disant rabbi semble parfaitement paisible et sûr de lui…
Entendre le son de sa voix me fait un choc. C’est vrai qu’il s’en dégage une sagesse et une autorité désarmantes. Je n’ose pas m’adresser directement à lui, il serait capable de deviner ma mission ! Alors je m’approche d’un de ces hommes qui le suivent de près. Je ne sais pas si ce sont des gardes du corps ou des espèces de disciples… Je m’adresse au premier, un grand gaillard qui a l’air assez rustique, mais j’ai remarqué que les autres semblent lui attribuer un certain prestige. Je lui demande habilement ce que Jésus a voulu dire…
– « Oh ! Nous, on a l’habitude de l’entendre parler avec des images, comme ça. C’est vrai, il n’y a pas que les humains pour louer Dieu, la nature entière chante sa gloire. Si les gens se taisent, même les cailloux pourront louer le Seigneur, ça, je le crois ! Oui, c’est vraiment un grand jour : le Messie entre à Jérusalem ! C’est sûrement le grand changement qu’on attend depuis des siècles ! »
Je lui fais remarquer que normalement le Messie serait un roi puissant, militaire, avec une armée et des richesses, et ce tableau d’aujourd’hui ne colle pas très bien avec ça ! J’avais déjà entendu ces propos de la part de Judéens excités. Devant mon air dubitatif, l’homme reprend :
– « Moi, je m’appelle Simon, mais lui, il m’appelle Céphas, Pierre : le rocher ! Au début je pensais qu’il serait violent et chasserait les Romains par la force, il en est capable et ça me plaisait ! Mais j’ai vite déchanté. C’est vrai, dans les Écrits sacrés il en est parfois question, du moins on peut interpréter certains passages de cette façon, mais il y en a d’autres qui nous annoncent un Messie humble, serviteur, même souffrant par amour… Petit à petit j’ai compris que c’est cette voie qu’il avait choisie. J’avoue que j’ai eu du mal à l’accepter, mais je suis sûr que c’est Dieu qui l’inspire, béni soit son saint nom ! Il l’appelle toujours « mon Père » …
A côté de ce Simon, un homme petit et râblé portant un gros sac prend part à notre propos. Il vient me parler dans l’oreille, en m’écartant un peu du cortège :
– « Étranger, je vois que tu as des doutes. Je t’avouerais : moi aussi ! Je le connais bien, Jésus. Nous sommes même très liés, mais il me déçoit beaucoup. Comme Pierre, j’attends un Messie puissant… Et aujourd’hui, regarde : on est en plein malentendu ! Mais c’est sûr, il l’a cherché, ça, c’est calculé ! Ah ! Ce n’est pas sur un âne qu’il chassera nos envahisseurs ! J’hésite de plus en plus… »
J’essaye de rentrer un peu plus dans l’intimité de cet homme, car ses propos m’intéressent particulièrement. Je ne vais pas le dénoncer, car il m’est sympathique, mais je lui fais part de mes questions et lui demande incidemment son nom.
– « Judas ! C’est moi, en plus, qui suis le trésorier de notre petit groupe ! »
Il y en a donc quelques-uns qui sont vraiment radicalisés, mais ça, Pilate le sait déjà ! A ce moment, une femme qui suivait leur petit groupe s’approche de Jésus et se met à le louer, l’encenser de paroles admiratives et flatteuses. Mais je la reconnais ! C’est une prostituée notoire de Jérusale ! Jésus lui sourit et il semble que cela lui suffit, elle jubile :
– « Vive le roi d’Israël ! »
Je suis médusé… Elle semble tout à fait à son aise au milieu de tous ces proches de Jésus. Alors je me pose des questions : pourrait-il soulever les foules et préparer un coup d’état, sans en avoir l’air ? Est-il dangereux ? On en a déjà vu plein d’autres, plusieurs sont connus de la police de Pilate.
On arrive finalement à la grande porte de Jérusalem et je retourne vers Pilate pour lui faire mon rapport. J’ai rencontré pas mal de gens, fort divers : il y a beaucoup de convaincus, certains ont été délivrés ou guéris par ce Jésus, ou ont carrément changé de comportements. D’autres sont tout à fait hostiles mais restent plutôt discrets à cause de la foule, sans doute. Les chefs religieux en particulier. Et puis il y a plein de curieux à l’affût des nouveautés, attirés par ce joyeux défilé. Le public semble plutôt populaire. Souvent d’ailleurs, ils chantent avec les autres. J’ai vu aussi pas mal d’hésitants, ne comprenant pas bien le sens de toute cette mise en scène. Je peux rassurer Pilate. C’est un problème essentiellement judéen, ça les regarde et à mon avis les Romains n’ont rien à craindre de ce pseudo prophète un peu illuminé, aussi doux qu’un agneau !
***
Alors, frères et sœurs, de quel côté sommes nous ? A qui pouvons-nous nous identifier ? En somme : qui est Jésus pour nous ? Quand on fait ce petit sondage, on est toujours stupéfaits de la diversité des réponses, même, et surtout, chez les chrétiens. Ne pensez pas que les catéchumènes qui entrent chaque année dans l’Église, à Pentecôte en général, soient tous des convaincus ! Et leurs parents encore moins ! Mais, comme dans ce cortège, beaucoup parmi nous suivent Jésus sur un chemin inconnu, avec plein de questions sans réponses. Ou alors nous imaginons l’avenir, comme la foule le jour des Rameaux : « Une fois entré à Jérusalem, il se fera introniser ! » Ou bien : « Il sera lynché par les opposants et ce sera la débandade… » Mais nous, nous la connaissons, la suite, grâce aux Évangiles : les vendeurs chassés du Temple, la semaine terrible de la Passion, le pseudo-procès puis la crucifixion. Beaucoup en restent là, ayant du mal à croire l’incroyable : la Résurrection, le tombeau vide le jour de la Pâque !
Les quatre Évangiles relatent cet événement dit des Rameaux, avec quelques différences, mais le sens reste le même : Jésus est roi, mais, comme il le dira lui même à Pilate :« mon royaume n’est pas de ce monde ». Oui,« le grain semé en terre meurt, a dit encore Jésus, il disparaît en tant que graine, puis renaît et donne du fruit ». C’est une royauté cachée, le règne de l’amour, de la paix, de la justice, de la réconciliation, du sacrifice. Comme en Ukraine, beaucoup sont prêts à payer de leur vie pour sauver celle des autres, et leur pays. Mais en Jésus Christ, c’est Dieu qui meurt pournous et ressuscite pour nous donner la vie, la vraie vie. La foule qui suit Jésus, dans son ensemble, ne comprend pas, en tout cas pas encore. Même les disciples se prennent au jeu de cette démonstration atypique, ce jeu de rôle, mais pas drôle. Tant qu’ils ne sont pas éclairés par le Saint Esprit, ils sont remplis de malentendus, dans la confusion. Il faudra Pentecôte pour les ouvrir aux réalités spirituelles. Vraiment ce geste de Jésus est une de ses plus belles paraboles. Il mime sa royauté. Mais une semaine plus tard il fera plus que mimer l’amour de Dieu, il le réalisera dans sa chair, de même que la puissance de Dieu !
Chers Amis, que l’Esprit de Dieu pénètre nos cœurs et transforme nos vies, qu’il nous fasse comprendre cet Amour inouï de notre Père pour nous, ainsi que la mission de Jésus, qui est aussi la nôtre. Il nous permet de regarder Jésus comme notre Roi, notre Seigneur ! Il nous donnera aussi de regarder tout être humain comme un enfant de Dieu à aimer, tel qu’il est, même Poutine et ses sbires, et bien d’autres du même genre ! C’est de la folie ! Mais oui ! Vivre vraiment la vie chrétienne, à toutes les époques et en tous lieux, c’est de la folie, comme Jésus et « la folie de la croix ».
Amen
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