Maman voudrait que je croie en Dieu

Adrien Candiard

Ed. Cerf

144 pages – 14 €

Recension Gilles Castelnau

Les protestants seront énervés par la spiritualité de cet ouvrage très enracinée dans un catholicisme institutionnel et conservateur : la question de la foi en Dieu qui est centrale dans la présentation de la pensée de ce jeune adolescent ne tourne, en effet, qu’autour des religieuses et du prêtre encadrant un retraite de confirmation et celui-ci ne découvre « Dieu » qu’après une confession dans le cadre d’une église, et en présence d’un crucifix et de la lumière rouge signifiant la Présence réelle d‘un tabernacle.

Il n’en demeure pas moins que le Père Adrien Candiard manifeste une présence attentive et fort sympathique auprès des adolescents qui se débattent dans les incertitudes de leur âge et qu’il peut être un modèle auprès de tous les éducateurs aussi bien protestants que catholiques : tous les jeunes – et bien des adultes s’y reconnaîtront également – ne partagent-ils pas les mêmes questions et les mêmes angoisses, et ne peuvent-il tous trouver la même foi dans une paix intérieure enfin acceptée.

En voici quelques pages : 

Le repas s’achève sur un chant d’action de grâce joyeusement entonné par les sœurs ivoiriennes. Il n’y a pourtant pas tellement de quoi remercier… Quel sens cela a-t-il pour elles, au fond, de remercier Dieu pour un repas pas terrible, qu’elles ont cuisiné elles-mêmes après avoir fait les courses elles-mêmes, et où l’intervention divine s’est pas spécialement remarquée ? Est­ce un simple rituel machinal ? Je ne suis pas sûr de bien comprendre à quoi sert la prière. Ni même à quoi servent des sœurs. Maman pensait vraiment qu’en m’envoyant chez elles deux jours, elle allait me faire changer d’avis sur la confirmation.

[…]

 Tu crois en Dieu, toi ?

La question sonne mal. Je n’ai pas du tout l’habitude de parler, de la poser à quelqu’un de mon âge, ni d’ailleurs à personne. Avec Sami, nous ne parlons jamais de religion. Sa famille est plutôt musulmane, du côté de son père en tout cas, mais lui ne croit pas en Dieu : voilà tout ce que je sais. Mes doutes et mes hésitations, qu’est-ce qu’il y comprendrait ? Arthur tourne vers moi son regard franc, aussi limpide que s’il me parlait d’un groupe de musique ou d’une équipe de rugby :

Oui, je crois en Dieu. Mais, hésite-t-il un instant, cherchant ses mots, celui que j’aime vraiment, c’est Jésus. Je ne connais pas trop bien l’Église et tout ça, mais lui, je ne sais pas, il y a un truc. Je sens que je pourrais le suivre au bout du monde.

[…]

Le vieux prêtre écoute avec beaucoup d’attention ma confession désordonnée. Je ne sais pas ce qu’il comprend de tout ce bazar. Ce n’est peut-être pas vraiment une confession, d’ailleurs, je ne sais pas très bien ce qui est un péché et ce qui ne l’est pas dans ce que je raconte. Cela ne ressemble pas tellement, en tout cas, à mes confessions d’enfant où j’essayais d’identifier mes fautes dans la liste qu’on nous avait donnée pour nous aider. Mais cela ne paraît pas le déranger. Il comprend que ce moment est important pour moi. Quand j’ai fini de parler, il laisse quelques instants de silence, qui me font du bien, puis il s’adresse à moi d’une voix douce, presque timide, loin en tout cas des tonalités assurées de la plupart des prêtres que je connais. Il reprend ce que j’ai dit, en y mettant un peu d’ordre : quand c’est lui qui en parle, tout cela a du sens. 

[…]

. Va en paix, mon garçon. Et bonne nuit.

Je me lève. Autour de nous, la chapelle est vide. Je le fais remarquer au vieux prêtre :

.  Il n’y a plus que nous !

. Pas tout à fait, répond-il dans un sourire énigmatique, avant de me désigner, à l’autre bout de la chapelle, une petite lampe rouge dont on aperçoit la faible lumière.

On me l’avait expliqué : c’est la lampe du tabernacle, là où l’on conserve les hosties consacrées après la messe. Quand la lampe est allumée, c’est le signe que le Christ est présent. Je n’ai pas encore bien compris comment Jésus pouvait être présent dans le pain, mais cela me plaît de le savoir avec nous dans cette chapelle. Avant de sortir, je me tourne vers le grand crucifix en bois et le salue d’un signe de tête. Le vieux prêtre, lui, reste là pour prier. Peut-être compte-t-il rester toute la nuit ? Et pour quoi, pour qui prie-t-il ? Pour les jeunes à qui il a donné ce soir le pardon de Dieu ? Cela me touche de penser qu’il prie peut-être pour moi en ce moment.

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