Anima Christi – L’âme du Christ

Par

Traduction Gilles Castelnau

Mon cousin Paolo est décédé et je reviens de son enterrement. Nous y avons chanté un hymne du XIVe siècle qui connait actuellement un grand succès dans les églises catholiques du monde entier, grâce à une version musicale très simple et émouvante composée par Mgr Marco Frisina.

À première vue, un théologien de la spiritualité créationniste ne devrait pas s’y intéresser car ses multiples références à la Passion du Christ peuvent facilement déraper dans une piété doloriste factice. 

Voici le texte de cet hymne:

Âme du Christ, sanctifie-moi.
Corps du Christ, sauve-moi.
Sang du Christ, enivre-moi.
Eau du côté du Christ, purifie-moi. 
Passion du Christ, fortifie-moi.

Ô bon Jésus, exauce-moi.
Dans tes plaies, cache-moi.
Que jamais je ne sois séparé de toi.
De l’Ennemi malin, protège-moi.
À l’heure de ma mort, garde-moi.
Invite-moi à venir à toi,
Afin que je te loue en compagnie de tes saints,
pour l’éternité. Amen.

J’ai observé la profonde émotion de ceux qui chantaient cette prière selon la mélodie de Mgr Marco Frisina. J’en ai été très touché, même si je sentais bien que le piège du sentimentalisme – principal ennemi d’une spiritualité saine – était tout proche.

Une dimension cosmique est présente dans ce texte, car le fidèle espère être appelé après la mort en compagnie des saints et du Christ lui-même – je dirais « des ancêtres » pour préciser la portée anthropologique de cette expression. À maintes reprises, durant ces jours de deuil pour mon cousin, on a évoqué son entrée dans la communauté des membres de la famille déjà décédés, comme mes propres parents.

Pourtant, c’est l’humanité du Christ que mentionne essentiellement cette prière et non sa divinité. C’est l’âme du Christ qui est au centre depuis le Vsiècle.

Les théologiens catholiques se sont focalisés sur l’idée que Jésus-Christ possédait une âme humaine, qu’il n’était pas seulement un esprit divin incarné dans un corps humain mais qu’il était vraiment un être pleinement doté de toutes les facultés humaines, telles que la pensée, le sentiment et le libre arbitre moral. Son humanité était aussi caractérisée par la souffrance physique qu’il avait éprouvée : son corps (brisé), son sang (répandu), l’eau qui coula de son côté mêlée au sang (lorsque son cœur fut transpercé), et enfin ses plaies. Son âme humaine était capable de souffrir.

L’hymne n’invite cependant pas le fidèle à imiter la souffrance de Jésus. Celui-ci y demande au contraire, à être sauvé, sanctifié, purifié, enivré, consolé et finalement caché dans les plaies de Jésus. Il y a ici extase, désir de paix, supplication adressée au Christ divin, mais aucune mention du risque de damnation, de châtiment ou de tourments, comme on aurait pu s’y attendre à la fin du Moyen Âge. 

Le succès de cette prière me semble tenir au besoin que nous éprouvons aujourd’hui de percevoir le divin dans notre humanité blessée elle-même.

La voie négative ( 1 ) de la spiritualité de la Création nous fait voir au-delà de la souffrance gratuite et récuse la souffrance – châtiment infligée par une divinité cruelle. Elle nous fait voir la communion d’un frère aîné capable de compassion, qui a lui-même connu la souffrance humaine et a traversé les portes de l’enfer.

Ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères. (Ro 8.29)

Ayant été tenté lui-même dans ce qu’il a souffert, il peut secourir ceux qui sont tentés.  (Héb. 2.18)

Le Christ a traversé l’épreuve de la souffrance et il comprend notre douleur. C’est de lui que nous avons besoin et c’est lui que cet hymne chante.

Nous avons besoin de personnes qui comprennent notre douleur, et ce sont les seules à avoir traversé l’épreuve de la souffrance. Mais lorsque cela se produit, lorsque notre souffrance est accueillie et comprise, ce n’est pas seulement notre humanité qui est en jeu. Il y a dans cette compassion quelque chose de véritablement divin.

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• Via positiva : contemplation, bonheur, gratitude, joie

• Via negativa : incertitude, obscurité, souffrance, acceptation 

• Via creativa : naissance, créativité, passion

• Via transformativa : justice, guérison, célébration, renouveau, résurrection.

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