L’exemple de Byzance

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article paru dans l’Œil de Réforme du 19 mars 2026

Alors que l’on prône soit la préparation à la guerre soit le pacifisme, il est bon de se rappeler les positions de l’Église orthodoxe sous l’Empire byzantin. Contrairement à l’Occident, elle n’a jamais formulé une doctrine positive de la guerre : celle-ci peut être certes nécessaire ou légitime, mais demeure toujours un mal moral.

Elle s’appuyait notamment sur Basile de Césarée (329-379), qui affirme que les soldats ayant tué à la guerre ne sont pas des meurtriers au sens strict mais qu’ils doivent néanmoins s’abstenir de communion pendant un temps, car l’effusion de sang reste spirituellement problématique.

Elle refusa, à son honneur, d’appeler à la guerre sainte à l’instar du djihad des musulmans qui pourtant menaçait la survie même de l’empire. Lorsque l’empereur Nicéphore II Phocas (963-969) demanda que les soldats tombés au combat soient élevés au rang de martyrs, le patriarche de Constantinople Polyeucte, soutenu par le Saint-Synode, s’y opposa fermement.

Les Byzantins furent donc scandalisés de voir arriver des prélats en armes parmi les croisés, comme le relate Anne Comnène, fille de l’empereur, dans L’Alexiade : « Des prêtres parcouraient les rangs, rappelant à tous qu’ils avaient pris la croix pour délivrer le tombeau du Christ et qu’il était juste de verser leur sang pour une cause si sainte. »

Pour l’Orthodoxie byzantine, la guerre peut être tolérée pour défendre la communauté mais elle demeure moralement imparfaite : elle n’en fit pas un acte méritoire. L’Europe qui se réarme face à la menace russe me semble alignée sur cette position.

Ce qui ne fut de loin pas le cas, en Occident, de tant de guerres offensives considérées d’abord saintes, puis civilisatrices, ou punitives comme nous le voyons plus près de nous avec celles lancées par les États-Unis ou Israël.

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