Vers l’Église une

Par

Œcuménisme et théologie réconciliatrice

Éd. Olivétan

284 pages – 24 €

Recension Gilles Castelnau

.

Paul Avis est un prêtre anglican qui s’est occupé durant tout son ministère de relations œcuméniques entre les diverses Église chrétiennes. Il nous livre ici de profondes réflexions qui en présentent l’importance biblique et théologique. Il montre que sans « réconciliation » entre elles, les Églises ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Il est familier des grands auteurs ecclésiastiques et nous familiarise avec les différentes conceptions théologiques d’autrefois et d’aujourd’hui. 

Il nous fait aussi partager son expérience de la réalité humaine de l’œcuménisme concret, des enthousiasmes et des peines que l’on y rencontre.

Ce gros livre est une somme de connaissances auxquelles se référeront avec un grand intérêt tous ceux qui vivent, aiment et… critiquent aussi les Églises dans leur évolution si rapide et importante dans l’évolution actuelle postmoderne et… déchristianisée.

En voici des passages significatifs :

Surmonter le « dénominationnalisme »

Les dénominations en perte de vitesse

Ces dernières décennies, de nombreux chrétiens fervents se targuaient de faire partie d’une dénomination. Ils étaient fièrement convaincus que Dieu avait suscité leur type d’Église pour témoigner de vérités importantes, et s’enorgueillissaient peut-être aussi du succès dû à leur fort sens de l’organisation. 

[…]

Dieu ne les avait-il pas appelés en effet à être séparés, et, par définition, moralement supérieurs et doctrinalement plus sains que les autres ?

[…]

Personnellement, je trouve toute complaisance  à  l’égard  du dénominationnalisme – toute connivence avec cette tendance – non seulement profondément déplaisante, mais coupable. Je considère le dénominationnalisme comme une évolution rétrograde et un problème ecclésiologique et œcuménique majeur.

Dénominationnalisme et unité chrétienne

Parfois, ce n’est que lorsque nous voyons pour la première fois notre propre Église comme une Église parmi d’autres, que nous prenons conscience, de façon troublante, de la désunion de l’Église de Christ.

Vatican II : 60 ans plus tard, un héritage contesté

« Vatican II n’a rien changé »
À la différence de nombreux conciles précédents, Vatican Il n’a pas énoncé de définitions doctrinales précises ou prononcé des anathèmes à l’encontre de ceux qui croyaient différemment, ni ajouté des canons pour la mise en pratique de ses enseignements (même si le droit canonique a été révisé en 1983). Il a exposé ses enseignements dans un style conciliaire unique : ouvert, cherchant à convaincre, non à menacer, invitant son public mondial à un dialogue amical. La posture d’affrontement – caractéristique de l’Église romaine envers le monde moderne pendant plus de deux siècles était remplacée par une invitation à la réconciliation. 

[…]

Pour Lanzetta, le concile s’est mis en quatre pour satisfaire les protestants et a donc modéré ses attaques dogmatiques, et ceci sous l’influence des experts, mais aussi sous la pression du cardinal Augustin Bea, premier président du Secrétariat (puis Conseil pontifical) pour la promotion de l’unité des chrétiens. Lanzetta voit là un « déficit métaphysique » (p. 129) dans son enseignement et prétend que le souci pastoral l’a emporté sur les préoccupations doctrinales.

Benoît XVI, résistance tardive à Vatican II
Dès la conclusion du concile, un flot ininterrompu d’opinions réactionnaires s’est exprimé au sein de l’Église catholique, rejetant complètement le concile, le considérant comme la quintessence de toutes les hérésies de l’histoire, et donc dépourvu de toute légitimité ou autorité. 

« Vatican II a tout changé »
Ceci dit, pour d’autres catholiques romains, le second concile Vatican a été une révolution et a tout changé. Pour eux, il a fait entrer l’Église catholique dans le monde moderne. Il l’a débarrassée de l’esprit de clocher, de la frilosité – voire la paranoïa – qui la caractérisaient depuis le XVIIIe siècle, époque des Lumières et de la Révolution française.

Richard Gaillardez, défenseur de Vatican II
Pour les interprètes progressistes de Vatican Il, le concile demeure au stade « d’œuvre inachevée ». Dans certains domaines clés, son programme n’a pas été appliqué. Sa mise en pratique a été avortée, de la façon la plus flagrante, en ce qui concerne la collégialité épiscopale et les responsabilités confiées aux laïcs. Ses tensions et même ses contradictions internes n’ont pas été résolues.

Pour conclure
Il y a en tout cas une chose dont je suis sûr : toute Église – et je dis bien toute Église – qui, face aux critiques, investit lourdement dans des stratégies défensives pour protéger sa réputation et celle de ses plus hauts représentants, ne s’engage pas clairement dans une réforme d’elle-même sur la base d’un examen de conscience devant la parole de Dieu, et donc hésite à exprimer un repentir collectif pour ses manquements. Une telle Église s’est fourvoyée et est passée à côté de sa vocation, qu’elle soit catholique romaine, anglicane ou tout autre. L’humilité, l’auto-examen et la transparence sont les conditions préalables pour qu’une Église puisse se réconcilier avec le monde qui l’observe, avec le meilleur d’elle-même et avec Dieu.

Guérir une Église blessée

L’Esprit du Christ
Je voudrais donc proposer une définition assez pratique et assez tranchée de l’unité chrétienne : l’unité des chrétiens est la quête de la réunification de ce qui appartient à l’un et à l’autre mais s’est disloqué. Formulé de façon plus concise, c’est rassembler ce qui ne fait qu’un.

La réconciliation engendre une nouvelle relation
La réconciliation signifie amener deux réalités’ opposées – personnes, communautés, nations, croyances, exigences ou situations – à s’accorder, à trouver une harmonie, une communauté d’esprit et une unité de pensée. 

[…]

Je crois que ceux qui prêtent l’oreille à l’appel de la réconciliation entre chrétiens et entre Églises le font parce qu’ils entendent, vaguement et dans le lointain, quelque chose qui s’apparente à cette musique imaginaire des sphères. Ils croient qu’une harmonie innée dans l’Église est un signe de la présence du Saint-Esprit et de l’approche du royaume de Dieu. Opérer la réconciliation, c’est accomplir une œuvre humaine parfaite ; mais c’est également accomplir l’œuvre de Dieu. 

La reconnaissance mutuelle: clé de la réconciliation

Reconnaître les-autres avec empathie, et être reconnu positivement par eux sont les clés de notre façon d’être dans la sphère sociale.  

Reconnaître les autres librement et par nous-mêmes comme ce qu’ils sont dans la plénitude de leur identité est un acte constitutif de notre propre identité. Et être reconnu par les autres pour ce que nous sommes et selon nos propres termes, c’est voir la réalité de notre identité mise en valeur.

[…]

Quand les Églises parviendront à reconnaître formellement l’une dans l’autre la présence de l’Église une de Jésus-Christ, elles recevront un degré de réalité accru, un nouveau statut dans l’oikoumene. Elles auront fait un pas décisif vers la pleine communion ecclésiale et seront alors en passe d’avancer jusqu’à la réconciliation ecclésiale.

Reconnaissance et altérité
Il ne peut y avoir de réconciliation sans reconnaissance préalable. Nous n’avons aucune envie de nous réconcilier avec ceux qui ne sont rien pour
nous.

Reconnaissance et statut de la personne
Être reconnu et apprécié par les autres, surtout par ceux que nous respectons, estimons et prenons pour modèle, est une aspiration humaine universelle, un besoin fondamental, un désir viscéral. Le fait que les autres nous considèrent de façon encourageante nous aide à construire notre conscience de qui nous sommes et où est notre place. 

Imaginer une communauté réconciliée et réconciliatrice


Je vais donc ici présenter Jésus-Christ comme le médiateur et réconciliateur divin et humain, et son Église comme une communauté de réconciliation – à la fois réconciliée et réconciliatrice. J’envisage de démontrer comme vérité de la foi et essence du christianisme une thèse en trois points :

1/ le Dieu de la Bible et de la théologie chrétienne est, avant tout, un Dieu réconciliateur. Le dessein juste, bienveillant et miséricordieux de Dieu pour le monde est de surmonter son éloignement d’avec son Créateur et la séparation, causée par le péché, des créatures humaines de Dieu d’avec leur Créateur et entre elles ;

2/ l’œuvre de réconciliation de Dieu court tout au long de l’histoire humaine, s’ancre historiquement dans le témoignage prophétique de !’Israël ancien et trouve son expression et son aboutissement définitifs dans la personne et l’œuvre de Jésus-Christ dont les Écritures témoignent ;

3/ la mission réconciliatrice de Dieu-en-Christ s’accomplit de manière spéciale et privilégiée à travers le culte, le témoignage et la proclamation de l’Église et par-dessus tout dans le ministère de la Parole et du sacrement. 

Mot de conclusion
Voici ce que je dirais pour résumer et conclure : la révélation divine de [‘Écriture nous enseigne que les chrétiens et leurs Églises ne peuvent se réconcilier avec Dieu en étant séparés desautres chrétiens et leurs Églises. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *