A Philadelphie, la mémoire de l’esclavage effacée des murs
L’administration Trump a fait démanteler, le 22 janvier, à Philadelphie, l’exposition de la President’s House, qui retraçait le passé esclavagiste du Président George Washington. Un décrochage qui s’inscrit dans la politique de réécriture de l’histoire des États-Unis par Donald Trump. George Washington, la légende s’en est emparé et un pasteur évangélique et colporteur, Mason Weems, l’a alimentée abondamment avec son livre « La vie de Washington » qui tient de l’histoire et de l’hagiographie. A l’époque, le 18e siècle, être un riche planteur considéré comme un citoyen honorable, un homme de bien et avoir des esclaves sur sa plantation est normal. La correspondante du quotidien Le Monde raconte, le 28 janvier, que « Lorsque, en 1790, George Washington s’installe à Philadelphie, en Pennsylvanie, alors capitale temporaire du pays, le premier Président des États-Unis possédait neuf esclaves. Comme la Pennsylvanie avait adopté en 1780 une loi accordant la liberté à toute personne asservie ayant séjourné six mois dans l’État, George Washington s’arrangeait pour faire « tourner » ses esclaves entre Philadelphie et sa plantation de Mount Vernon, en Virginie. Parmi ces esclaves, deux s’enfuirent, dont Ona Judge, qui, à 22 ans, s’échappa après avoir compris que Martha Washington, l’épouse du Président, comptait la donner en cadeau à sa petite-fille. »
« L’histoire de la démocratie américaine et celle de l’esclavage sont indissociables. Elles se sont déroulées à la même époque et, parfois, dans les mêmes lieux. Proclamer la liberté tout en institutionnalisant l’esclavage, c’est cette contradiction que documentait The President’s House, à Philadelphie, avec une exposition en plein air à l’endroit même où résidèrent les deux premiers présidents du pays (John Adams, le second, n’avait pas d’esclave). Aujourd’hui, des murs de briques rouges reconstruits marquent l’emplacement de cette maison démolie au début des années 1830. En 2007, des fouilles archéologiques ont mis au jour le sous-sol, désormais visible sous une plaque de verre, où les domestiques, parmi lesquels des esclaves, travaillaient. « L’histoire de l’esclavage a été enterrée au sens propre comme au figuré », y lisait-on sur un panneau.
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En 2002, quand Michael Coard, avocat et militant pour les droits civiques et l’égalité raciale, apprend que George Washington était propriétaire d’esclaves, il n’en revient pas : « Je me suis senti trahi. Je n’en avais jamais entendu parler. Je suis né à Philadelphie, je suis allé à Masterman [lycée d’excellence de Philadelphie], à Cheyney University [université noire de Philadelphie], à l’école de droit de l’université d’État de l’Ohio, comment ai-je pu passer à côté ? » Ce non-dit de l’histoire américaine l’a conduit, avec d’autres militants noirs américains, à se mobiliser pour que ce passé sorte de l’ombre. Après huit années d’efforts, en 2010, le site de The President’s House et son exposition « Liberté et esclavage dans la construction d’une nouvelle nation » voyaient le jour. « Le président de l’époque, George W. Bush, bien que républicain, nous a encouragés », rappelle Michael Coard, ce samedi 24 janvier,au public venu l’écouter à la Bethel Church, première Église afro-américaine indépendante des États-Unis. Car, deux jours plus tôt, le 22 janvier, des employés du Service des parcs nationaux sont venus décrocher les panneaux. Sur l’un d’eux, il était rappelé que, dans ces mêmes murs, George Washington avait signé le Fugitive Slave Act de 1793, loi autorisant les chasseurs d’esclaves qui s’étaient échappés à les arrêter dans d’autres États, même abolitionnistes. Comme le formulait une des légendes de l’exposition, « l’Histoire n’est pas simple. Elle est compliquée et confuse. Elle concerne des personnes, des lieux et des événements à la fois admirables et déplorables ». Cette complexité vaut pour George Washington. Propriétaire d’esclaves, il fut aussi ce premier Président américain qui, après deux mandats, renonça volontairement au pouvoir. Un geste inédit – à l’heure où l’Europe restait empreinte de culture monarchique –, qui posa les bases de la démocratie américaine et de la transmission pacifique du pouvoir. Mais Donald Trump n’aime pas la complexité et encore moins les parties sombres de l’histoire des États-Unis, relève Le Monde. Le 27 mars 2025, l’actuel président signait le décret « Rétablir vérité et raison dans l’histoire américaine », dans lequel il déplorait un « mouvement révisionniste » éclairant le passé américain d’une « lumière négative », une « idéologie corrosive »encouragée par le gouvernement précédent. A charge pour, son Secrétaire à l’intérieur, de s’assurer que tous les monuments et autres lieux fédéraux ne contiennent rien qui « dénigre de manière inappropriée les Américains présents ou passés ». A la suite de ce texte, le Service des parcs nationaux a entrepris de passer en revue les documents présentés dans plus de 400 sites historiques et naturels. Il a fait retirer des panneaux évoquant l’importance des arbres face à la crise climatique, déprogrammer des vidéos sur les conditions de travail des immigrants dans les usines textiles au XIXe siècle, ou encore enlever des rayons des boutiques de souvenirs les objets promouvant la diversité, l’équité et l’inclusion. « On s’y attendait, tous les décrets que le gars à la Maison Blanche a signés l’annonçaient (…), à chaque fois les Noirs sont visés », martèle Michael Coard à l’assemblée présente à l’église. La ville de Philadelphie a annoncé, le jour même du démontage, vouloir intenter un procès au gouvernement. Après avoir supprimé la gratuité des parcs nationaux pour le Martin Luther King Day, un jour férié autour du 15 janvier, en hommage au pasteur, Donald Trump a aussi tenté d’inscrire avec un défilé militaire, le 14 juin 2025, son anniversaire dans le calendrier américain.Avec le démontage de l’exposition de la President’s House, il semble donner le coup d’envoi des batailles autour du récit national, le 4 juillet, qui marqueront les festivités du 250 anniversaire de la Déclaration de l’Indépendance des États-Unis.
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Le récit national américain
La bataille autour du récit national que Donald Trump a engagée, vient de subir une première défaite. Une juge fédérale de Philadelphie a adressé un avertissement sévère au ministère de la Justice à propos du retrait de l’exposition sur l’esclavage sur le site de l’ancienne maison du Président américain George Washington, dans le parc national historique de l’Indépendance. Elle a déclaré sa profonde inquiétude sur la représentation que le gouvernement fait de l’histoire des États-Unis. Lors de l’audience, les avocats du ministère de la Justice ont soutenu que l’administration Trump « détient l’autorité de décider quels récits historiques sont présentés dans les parcs nationaux. Les avocats ont affirmé que le gouvernement dispose d’un large pouvoir discrétionnaire sur le contenu des affichages sur les propriétés fédérales. » Une prétention juridique que la juge a qualifié de « dangereuse » et d’ « horrifiante ». Que se passerait-il, si une seule administration pouvait dire la vérité historique ? La ville de Philadelphie a intenté une action en justice après le retrait de l’exposition destinée à une compréhension complète du passé de l’Amérique. La critique sévère de la juge dit la grande inquiétude à propos du pouvoir du gouvernement et de de réécrire ou d’omettre l’histoire. De nombreux défenseurs soutiennent que les sites historiques publics appartiennent aux citoyens et non au parti politique actuellement au pouvoir. En tout cas, la question de la gestion des sites historiques controversés par l’administration Trump est ouvertement posée…
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Une preuve de citoyenneté
Autre péripétie trumpienne : Le Président américain veut imposer une réforme électorale qui obligerait les électeurs à présenter, en personne, une preuve de citoyenneté avec une photo au moment de voter, ce que des millions d’Américains ne possèdent pas. Cette obligation serait en place dès les élections de mi-mandat en novembre « qu’elle soit approuvée ou non par le Congrès ! a affirmé Trump. La réforme a été votée le 13 février par la Chambre des représentants où les républicains ont la majorité mais au Sénat les républicains n’ont pas le nombre de voix suffisant et les démocrates sont fortement opposés à la réforme. Ils affirment qu’elle a avant tout pour but d’empêcher les populations issues de minorités et moins susceptibles de posséder une pièce d’identité de voter. En 2024, on évaluait ainsi à près de 21 millions les citoyens américains en âge de voter et ne possédant pas de permis de conduire, la pièce d’identité la plus courante aux États-Unis. Mais se cache sous cette réforme l’obsession sans fondement que la « fraude massive » (qu’il n’a jamais pu prouver malgré les multiples recomptages) l’avait privé de victoire face à Biden…
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Le Pape soutient l’Ukraine

L’arrivée des camions transportant des générateurs t es médicament offerts par le Pape (cardinale Krajewski)
Enfin, les Nouvelles du Vatican raconte que le pape Léon XIV a fait livrer à l’Ukraine 80 générateurs électriques, des médicaments tels que des antibiotiques et des anti-inflammatoires, ainsi que des compléments alimentaires comme de la mélatonine pour aider à trouver le sommeil dans ce climat de peur et de stress et des vivres. La prière pour l’Ukraine invoquée par le Pape lors de l’audience générale du mercredi 4 février devient charité face aux « conséquences des bombardements qui, comme l’avait dit Léon XIV, ont recommencé à frapper également les infrastructures énergétiques ». Le pape a aussi exprimé sa gratitude lors de l’audience générale du 4 février pour les actions de solidarité en Pologne et dans d’autres diocèses. Une manière de répondre à l’appel de nombreux évêques dans cette région qui tentent d‘aider ces populations frappées par un froid intense qui obligent certains à quitter leur maison et à se réfugier par exemple dans les bouches de métro à Kiev et dans d’autres villes ukrainiennes. Dans ce climat de violence que vit l’Ukraine, chaque geste de solidarité est un instant de paix. Mais pourquoi le Vatican ne mentionne pas les Églises orthodoxes ukrainiennes et leurs fidèles ?
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