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Soldats de Jésus


Les évangéliques à la conquête de la France

 

Linda Caille

 

Éd. Fayard
224 pages – 17 €

 

Recension Gilles Castelnau

 


26 février 2013

Linda Caille est journaliste et depuis cinq ans elle fréquente les évangéliques de France et leurs communautés. Elle fait parler pasteurs et fidèles et, sans critique ni réflexion théologique, elle rend compte de ces contacts de manière vivante et claire.
Elle nous fait ainsi pénétrer tout simplement à sa suite dans ce milieu où nous sommes des hôtes sympathiques.

En voici quelques passages.

 

.

 

page 55

Des gens (presque) comme les autres

Plus de deux cents personnes se pressent, en ce jour d'août 2010, dans une salle polyvalente du XIe arrondissement de Paris. Dans l'assistance, en majorité jeune et féminine, beaucoup d'Africains et d'Antillais, des Blancs, quelques Maghrébins, un groupe de Tamouls et de Philippins. Les chemises et chemisiers sont propres et bien repassés, les souliers cirés. Il y a des infirmières, des informaticiens, des assistantes de direction, des professeurs des écoles. Tous sont membres de l'Église Philadelphia, l'une des Églises évangéliques les plus dynamiques de Paris. Créée en 1975, elle revendique aujourd'hui plus de sept cents fidèles.

Assis derrière son clavier, un jeune pianiste tout sourire lance joyeusement dans son micro : « Les soldats de Jésus peuvent-ils se lever ? J'aimerais entendre un peuple victorieux ! » Les fidèles, qui ne demandaient que cela, se lèvent tous comme un seul homme. [...]

Le pasteur Ettori prend la parole. Il explique que cette semaine est consacrée à la guérison. De fait, soixante-dix pour cent des évangéliques croient aux guérisons miraculeuses et, lorsqu'ils sont malades, préfèrent prier avant de consulter un médecin. « Nous allons provoquer un climat de foi pour chasser l'incrédulité, déclare Ettori en souriant. Il fait chaud, n'est-ce pas ? C'est la présence du Saint-Esprit ! »

« L'orateur d'aujourd'hui, poursuit-il en se tournant vers El Khoury, est un homme simple. Il dit souvent que Dieu est amour et humour. Dieu aime les humbles, il aime rire, il aime les anecdotes. Vous allez voir... »

Le vieil homme s'avance vers le pupitre dont il teste rapidement la solidité. Il règle le micro, puis lève les yeux. Son regard s'illumine. Il semble découvrir la salle. « Ne rêvez pas ! lance-t-il d'une voix assurée. Il n'y a pas de retraite avec le Seigneur. Il va vous utiliser jusqu'à la dernière seconde. » En quelques instants, son corps et son visage s'animent. Il sautille, lève les genoux comme un gamin enjoué. Il va se transformer en clown, en confesseur, en médecin de l'âme, du corps et de l'esprit. « Entrez en interaction avec moi, recevez un peu du feu qui est en moi ! » clame-t-il, avant d'interroger la salle : « Est-ce que vous voulez que le Saint-Esprit vous guérisse ? » Un tiers des personnes présentes lèvent la main. « Tournez-vous vers votre voisin et dites-lui : ‘Si tu es venu dans ce lieu, crois que Dieu va te guérir." »

George El Khoury alterne avec aisance les sentences assenées sur un ton professoral et les boutades agrémentées d'attitudes burlesques. Morceaux choisis : « Vous devez choisir entre le concubinage et Jésus. Il veut vous guérir, il veut assurer vos besoins, il vous laisse le choix de décider, c'est un gentleman. » Ou encore : « Avec Jésus, pas de compromis. Soumettez-vous à lui à cent pour cent, pas à quatre-vingt-dix-neuf pour cent ! » A un autre moment, tombant à genoux et joignant ses longues mains blanches, il singe une prière, les yeux plissés, tout en avertissant : « Ce n’est pas en récitant des prières que vous recevrez le salut. « Puis, soudain, il se relève et proclame : « Tout cela, c'est de la religion ! »

Au bout d'une heure débute une nouvelle séquence : la prière de guérison proprement dite. « Seigneur, augmente leur foi ! » prie l'ancien banquier à voix haute. L'assistance courbe la tête. « Il vous a entendus, vous allez avoir un travail, un enfant, un mari », assure-t-il. Puis, ouvrant avec précaution un grand cahier noir posé sur le pupitre, il le feuillette et exhorte la salle : « Répétez après moi : ‘Je renonce à tout ce qui est occulte et satanique.’ "Je révoque l'emprise de Satan sur moi.’ » Le public obéit dans un murmure collectif. D'une voix blanche, il égrène les pratiques auxquelles les fidèles doivent renoncer. « Demandez pardon pour l'adultère, pour les abus sexuels, pour les colères. Ouvrez vos cœurs, mes frères et sœurs, donnez-lui vos souffrances, demandez-lui de s'occuper de votre famille. » Dans les travées, plusieurs femmes sanglotent.

 

[…]

page 122

Où l’on apprend que les évangéliques ne sont pas tous de droite

Les positions des évangéliques français sont nettement plus affirmées dès qu'il s'agit d'aborder les grandes questions de société comme l'avortement, l'euthanasie active, le mariage homosexuel ou encore l'adoption par des couples gays. « Mon cœur est à gauche, explique Johanna, trente-trois ans, chef de projet dans une organisation caritative, mais je refuse de vivre dans un pays où les vieux sont assassinés. Leur vie a toujours un prix, même s'ils ne sont plus productifs. Leur valeur réside dans leur humanité et non dans leur activité professionnelle. »

Sur ces questions, les évangéliques sont donc particulièrement conservateurs. Ainsi, 60 % d'entre eux sont contre le droit à l'avortement, 68 % ne souhaitent pas que des couples pacsés puissent être bénis par les Églises et 85 % refusent les bénédictions d'unions homosexuelles. Enfin, 72 % ne souhaitent pas que, dans certaines circonstances, chacun puisse choisir le moment de sa mort. On note là une très grande proximité avec les jeunes catholiques : ainsi, en août 2011, parmi les catholiques âgés de dix-huit à vingt-cinq ans qui participaient aux Journées mondiales de la jeunesse, 71 % défendaient les positions du Vatican en matière de bioéthique et de « préservation de la vie ». En revanche, ces positions éloignent radicalement les évangéliques des autres protestants traditionnels, dont 87 % sont favorables à l'interruption volontaire de grossesse, 58 % acceptent que des couples pacsés puissent être bénis à l'Église, 62 % acceptent que chacun puisse choisir le moment de sa mort, et 54 % refusent que des couples homosexuels soient bénis à l'Église.

 

page 129

« On ne couche pas avant le mariage, mais jusqu’où peut-on aller ? »

D'où qu'ils viennent, les jeunes évangéliques sont taraudés par une question essentielle : comment rester chaste jusqu'au mariage ? Comme les catholiques, les évangéliques ont une conception traditionnelle du mariage, celle d'une union appelée à durer toute la vie.

Dans les faits, certains résistent, d’autres non. Marc, quarante-deux ans, marié, fils de pasteur, aujourd'hui ingénieur en bâtiment, a craqué. Cet homme à l'allure volontaire se souvient que, dans l'Église de ses parents, les questions sexuelles étaient. abordées par un couple de jeunes fidèles. « Tous deux s'étaient convertis et, forcément, ils nous disaient qu'il n'y avait rien de mieux que la virginité avant le mariage. Comme s'ils émettaient la ligne du Parti, c'est-à-dire la doctrine conservatrice de notre Église, leur ton était très docte. Ils nous donnaient tous les détails scientifiques et mécaniques. » Mais ces réponses ne satisfont pas l'adolescent qu'il est, plongé dans les affres de la puberté. « J'étais submergé par un tsunami d'hormones. Je croyais être pervers et seul au monde. »

[…]

page 134

À la différence des autres protestants, les évangéliques refusent aux femmes l'accès au ministère pastoral en vertu d'une lecture littérale de la Genèse et des épîtres de l'apôtre Paul. Ils rejoignent sur ce point l'Église catholique. En janvier 2012, à Montreuil, lors de la première Convention nationale des évangéliques français (Cnef), l'unique femme à être intervenue est Nancy Lefèvre, juriste et membre de la commission juridique du Cnef. Même le groupe qui a assuré l'animation musicale n'était composé que d'hommes !

Pour les évangéliques les plus rigoristes, les femmes ne doivent même jamais s'exprimer au micro, et encore moins faire partie d'un conseil d'administration. Michel Forey, pentecôtiste et vice-président du Conseil national des évangéliques de France, argumente : « il existe d'autres ministères [que le ministère pastoral] où les femmes s'engagent et s'épanouissent : l'enseignement des enfants, la chorale... »Bref, les postes de décision leur sont interdits, et nul ne songe à en faire un sujet de discorde, à commencer par les femmes elles-mêmes.

[…]

page 140

L'homosexualité est un interdit dans le livre du Lévitique : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C'est une abomination. » Conformément à ce précepte et de même que la majorité des catholiques, les évangéliques assument ainsi une conception traditionnelle du couple, de la famille et de la filiation.

Une participante hétérosexuelle reconnaît : « Tous les participants suivent le même programme. Lors de ces retraites spirituelles, certaines personnes demandent que l’on prie pour elles, car elles souhaitent quitter l'homosexualité pour l'hétérosexualité. Elles découvrent que leur sexualité change sous l'action du Saint-Esprit, car lui seul guérit. Elles réalisent que leur identité profonde n'est pas dans leur sexualité, mais en Jésus. »

 

page 189

 

Les déçus

Selon Frédéric, quarante ans, analyste informatique mulhousien, ses anciens coreligionnaires se sentent « frustrés et coupables » de n'être jamais « à la hauteur de leurs grands principes spirituels ». « Les catholiques sont moins normatifs, moins accrochés à la Bible. Les évangéliques se targuent d'avoir une relation personnelle avec Jésus, mais elle n'est jamais apaisée. Alors les plus charismatiques d'entre eux recherchent plus d'émotion et de miracles qu'ils n'obtiennent jamais ! » Un jour, Frédéric en a eu assez d'entendre des jugements à l'emporte-pièce sur la qualité de sa foi personnelle : « Tu n'as pas droit à l'erreur. Tu déprimes ? C'est un manque de foi ! Avec eux, c'est marche ou crève ! Ils reprochent aux catholiques leurs traditions, leur hiérarchie, mais chez eux aussi le cadre est verrouillé, même si leurs célébrations semblent désordonnées. Leur spontanéité est construite et organisée. Et le pasteur ne se gênera pas pour juger la vie personnelle d'un fidèle. Le contrôle des fidèles par les fidèles est rigoureux. Il y a le pasteur tout en haut, et le reste suit. » […]

Oui, les évangéliques répondent aux souffrances de l'homme moderne, ils recueillent les isolés, les familles éclatées. Mais, à leur tour, ils s'érigent en censeurs lorsque leurs principes ne sont pas respectés. Ils sont encore plus intransigeants avec les leurs, ceux qu'ils considèrent comme des convertis. » Et de conclure, amère : « Et la compassion, dans tout ça ? »

 

page 218

 

Les évangéliques sont-ils l’avenir de la foi chrétienne ?

Même s'ils se présentent souvent comme des Monsieur ou Madame Tout-le-Monde, les évangéliques, à toutes les époques, se sont aussi tenus à l'écart de leurs contemporains, affichant leur mépris pour la société dans laquelle ils vivent et pour ceux qu'ils cherchent à convertir. Pourquoi s’intéresser à l’actualité puisque nous vivons dans un monde amoral qui part à vau-l'eau ? À quoi bon lire le dernier prix Goncourt puisqu'il ne comporte pas un seul verset biblique ? En découle une lecture parfois étriquée de la Bible. Les théologiens catholiques et protestants reprochent ainsi aux pasteurs « formés sur le tas » leur manque de formation universitaire, ce qui les conduit à prononcer des prédications sans surprise, convenues, voire « au ras des pâquerettes ». De nombreux évangéliques, sans renier leur foi, reprochent aussi à leurs Églises d'avoir exercé sur eux, lorsqu'ils étaient plus jeunes, un contrôle collectif pesant. Malgré tout cela, les évangéliques ont le vent en poupe. Dans une société sans repères, la clarté de leurs valeurs conservatrices séduit des jeunes avides de certitudes, de combats collectifs et de règles. […]

 

_____________________________________

 

 

Voir sur ce site :

Philippe Gonzalez, Suisse La lutte des charismatiques contre les démons    

Jörg Stolz, Olivier Favre, Caroline Gachet, Emmanuelle Buchard  : Le phénomène évangélique

Véronique Lecaros : l’Église catholique face aux évangéliques

Véronique Lecaros : La conversion à l'évangélisme, le cas du Pérou

Linda Caille Soldats de Jésus

 


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