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Dialogue interreligieux

 


l’Église catholique

face aux évangéliques


Le cas du Pérou

 

Préface du professeur Jeffrey Klaiber s.j.

 

Véronique Lecaros

 

Éd. L’Harmattan

252 pages - 25 €

 

Recension Gilles Castelnau

4 janvier 2013

Mme Véronique Lecaros est docteur en théologie catholique de l’université de Strasbourg, elle enseigne actuellement à la Pontificia Universidad Catolica du Pérou. Elle est l’épouse d’un diplomate péruvien qui a été longtemps ambassadeur du Pérou. C’est dire qu’elle connaît la situation, les problèmes et les efforts de l’Église catholique du Pérou.

Elle montre, par contre, une très faible connaissance des milieux évangéliques qu’elle ne semble pas avoir beaucoup fréquentés. Il aurait sans doute été important d’évaluer dans quelle mesure la différence de théologie et de spiritualité entre catholiques et évangéliques est responsable des changements sociaux-politiques en Amérique latine.

1. L’évangélique lisant la Bible entre en communion avec le Jésus-Christ des évangéliques qui accueille, guérit, relève et « sauve » les malheureux qu’il rencontre ce qui lui insuffle un esprit de renouveau et de courage personnel bien différent de celui du catholique que la vénération de la statue d’un Christ en croix sanguinolent maintient dans l’acceptation de sa pauvreté (Dieu aurait une « préférence pour les pauvres ») et dans l’idée que le « salut » se trouve dans l’au-delà.
La fréquentation dans la lecture des évangiles d’un Jésus-Christ fraternel et proche des gens suscite une relation avec Dieu bien différente de la vénération des statues de la Vierge chargée d’or et de bijoux, inaccessible dans sa gloire céleste, ressemblant davantage aux souveraines de l’Ancien Régime qu’au Père du « Seigneur Jésus ».

2. D’autre part l’évangélique lit la Bible et prie avec un pasteur indien comme lui, issu de la même communauté et nommé par elle : les pasteurs évangéliques ne sont guère instruits et les charismatiques encore moins mais ce qui compte dans ces milieux est plutôt leur foi exubérante et l’extrême proximité qu’ils pratiquent avec leurs fidèles. Aucun pape, aucun évêque, aucune « ordination sacerdotale » ne situe le pasteur au-dessus de la communauté ; c’est « d’en bas » et collectivement que les décisions sont prises. Les fidèles donnent pour l’ « œuvre de Dieu » la dîme de leurs revenus mais c’est la communauté elle-même qui gère directement cet argent qui demeure donc sa propriété. Les évangéliques latino-américains, poussés par la tradition protestante de l’instruction personnelle, construisent des écoles, des collèges et des lycées. Ils y envoient leurs enfants, car ils y sont chez eux. Ils éditent et impriment des journaux et des livres. Ils ont même des stations de radio et de télévision. Ils construisent des dispensaires et des hôpitaux.

Le « Dieu de la prospérité » (certainement discutable sur le plan théologique !) remplace le « Dieu préférant les pauvres ».

Voici quelques passages de ce livre :

 

page 13

Préface

L’Église catholique qui dominait sans partage l’ensemble de la vie religieuse latino-américaine depuis la Conquête au XVIe siècle est en train de perdre son monopole et doit à présent composer avec d’autres acteurs religieux. Selon les pays, les proportions varient. D’après les évaluations du Pew Center, think tank étatsunien qui étudie les tendances sociales, en particulier les croyances et les identités religieuses, au Brésil, en 2011, il n’y avait plus que 67% de catholiques (60,4% en France), en revanche, ils sont 85% au Mexique.
Les évangéliques sont 21% au Brésil, à peu près la même proportion au Chili. C’est en Amérique centrale que les évangéliques ont gagné le plus de terrain : de 30% au Nicaragua, à 40 au Guatemala et à plus de 40 au Salvador et au Honduras.
Face à cette érosion continue du nombre de catholiques, la préoccupation de la hiérarchie est compréhensible : 43% de l’ensemble des fidèles vivent en Amérique latine.
Au Pérou, les recensements nationaux révèlent la croissance rapide et imparable des évangéliques aux dépens des catholiques : en 1972, la quasi-totalité de la population péruvienne, 96,4% s’identifie comme catholique ; en 1993, ils sont 89,2% et en 2007, 81,3%. Dans le même temps, le nombre d’évangéliques augmente considérablement : 2,5% en 1972, 6,75% en 1993 et 12,5% en 2007.
En proportion, la croissance des membres des autres religions, surtout adventistes, mormons et témoins de Jéhovah, reste bien inférieure, 0,7% en 1972, 2,6% en 1993 et 3,3% en 2007.
L’augmentation du nombre de temples évangéliques est un indice révélateur du dynamisme du mouvement et du changement du paysage urbain : en janvier 1989, ils sont 962 et en novembre 2003, 2442.

 

page 17

La hiérarchie catholique péruvienne et latino-américaine, en général, élabore des stratégies dans les deux domaines où elle exerce une influence, le domaine public et la pastorale, « par le haut » et « par le bas », selon les termes de J.-P. Bastian. Il s’agit de maintenir l’exclusivité de son rapport privilégié à l’État et aux hommes politiques et donc d’éviter que les évangéliques puissent eux aussi avoir accès à des avantages qui pourraient favoriser leur croissance, non seulement dans un sens matériel, dégrèvement d’impôts, éventuellement salaires, aumôniers, professeurs de religion ou encore collaboration avec l’État dans des ouvres d’éducation ou de santé, mais encore en un sens symbolique, présence évangélique dans des rituels civiques, officiels, ce qui pourrait remettre en cause « la signification du catholicisme en tant que partie intégrante de la culture locale ».

 

page 51

L’Église catholique n’accepte pas que les religions soient considérées comme égales, ce qui voudrait dire équivalentes les unes aux autres et qui aurait donc pour conséquence de relativiser la vérité. Selon les termes du concile Vatican II, « De par la volonté du Christ, en effet, l’Église catholique est maîtresse de vérité

 

page 53

Le surnaturel légitime et informe la structure sociale. Le saint patron protège la communauté qui lui rend hommage dans les fêtes patronales ; fonctions civiles et religieuses ne sont pas séparées. Concrètement, il est presque impossible pour un évangélique d’occuper un poste d’autorité civile dans un village ou petite ville. Comme le rapporte l’anthropologue L. Millones :

« Plus d’une fois, il est arrivé qu’un membre de ces églises [c'est-à- dire un groupe évangélique] parvienne à occuper des postes administratifs (maire, conseiller municipal…), mais dans l’accomplissement de ses tâches, il a dû retourner au catholicisme, sa participation dans la vie cérémonielle de la communauté le rendait indispensable (c’est-à-dire qu’il devait être parrain de baptême, compère, témoin de mariage…) ».

Le patron de Lima, le Seigneur des Miracles, sort en procession plusieurs fois durant le mois d’octobre et « visite » les principales autorités municipales et nationales ; celles-ci doivent l’honorer, s’incliner devant « l’image » et éventuellement apporter une offrande. M. Cabanillas, présidente du congrès en octobre 2006, malgré ses convictions évangéliques, n’a pas pu se soustraire au rituel et a dû rendre hommage au Seigneur des Miracles90. Selon les termes de C. Romero, « le monopole historique du catholicisme continue à influencer le peuple du Pérou. Bien que la loi ait changé et que les personnes soient maintenant libres d’aller d’une religion à l’autre, la présence d’officiels de l’Église dans les rituels civiques et les célébrations et la référence permanente au catholicisme dans les réunions publiques laissent très peu d’espace pour d’autres représentations religieuses ».

 

page134

Une des expressions les plus remarquées de Jean-Paul II est celle de son discours inaugural à la Conférence générale de Santo Domingo en 1992 : il y qualifie, reprenant l’image biblique de l’évangile de saint Matthieu, Mat (10,16), les évangéliques de "loups voraces" dévorant les "catholiques latino-américains" et "causant divisions et disputes dans nos communautés".

 

page 167

La religiosité populaire s’étant développée en marge de la hiérarchie, nombre de ces pratiques ne correspondent pas aux critères du magistère, entrent même en contradiction avec ceux-ci. Un des exemples les plus célèbres dans la région de Lima est celui du culte à Sarita Colonia, une jeune fille (1914-1940) originaire du Callao, pauvre et pieuse dont la vie est devenue une légende. Elle est considérée entre autres comme la protectrice des prostituées et des voleurs, son nom a été donné à des espaces commerciaux, mais aussi à l’une des plus grandes prisons de la région335. Bien évidemment Sarita Colonia, malgré la clameur du peuple qui ne comprend pas que l’Église ne la considère pas comme une sainte, n’est pas en voie d’être canonisée.

[...]

Dans ce contexte, accorder une place unique et privilégiée au culte du Seigneur des Miracles peut être considéré comme un moyen de canaliser la religiosité populaire afin de lui faire jouer le rôle programmé, c'est-à-dire revitaliser la foi, contenir l’avancée des évangéliques sans tomber dans des pratiques comme la dévotion à Sarita Colonia, cible facile des critiques évangéliques. Il est symptomatique que, dans la publication du bilan de l’archevêché de Lima, le seul culte populaire péruvien mentionné soit celui du Seigneur des Miracles338. À ces débuts, le culte du Seigneur des Miracles se déroulait en marge des clercs qui s’y opposaient férocement, mais à présent, le culte du Seigneur des Miracles a évolué de telle manière que tous peuvent s’y reconnaître, la hiérarchie gère l’ensemble des pratiques qui consistent essentiellement en des processions ou des actes de vénération dans l’église qui fonctionne selon les normes habituelles comme un sanctuaire339. La hiérarchie pourrait ainsi espérer que les dévots de Sarita Colonia se retourneraient éventuellement vers le Seigneur des Miracles dont le culte leur est proposé en grande pompe.

 

page 176

Si l’Eglise reprend des initiatives évangéliques, elle les adapte et les assimile. Nous distinguons trois grands domaines d’action, la lecture de la Bible et la formation, l’usage des moyens de communication et des techniques et l’appel au prosélytisme volontaire.

Lire la Bible et éducation dans la foi

La seule influence positive que les évêques, dans le Document de 2004, reconnaissent aux évangéliques, est d’avoir fomenté le désir de lire la Bible : « Néanmoins, toutes les conséquences ne sont pas négatives : le fait que les nouveaux groupes insistent autant sur la Bible, a motivé beaucoup de catholiques à vouloir mieux connaître les Saintes Écritures ». L’influence évangélique dans ce domaine est en résonance avec la perspective du Concile Vatican II qui invite les fidèles à « se nourrir » des Écritures [Dei Verbum, §21]
[...]
Si la lecture de la Bible se répand, l’Église entend l’orienter ; critiquant la perspective évangélique, elle affirme, dans le Document de 2004 : « On ne peut pas comprendre son contenu seulement à partir de la libre interprétation personnelle sinon à la lumière de la tradition et du Magistère de l’Église catholique ». Elle préconise que soit dispensée une « formation biblique et théologique » parce que c’est « seulement quand les gens connaissent leur foi qu’ils peuvent éviter les interprétations ambiguës et erronées »

 

page 187

Les médias

Dans la relation entre médias et religion, des distinctions importantes doivent être faites. En termes de présence, l’Église catholique domine dans les médias, en particulier les médias de grande écoute et laïcs. En revanche, les évangéliques, en particulier les néo-pentecôtistes, utilisent les médias de manière innovante, non pas pour transmettre un événement religieux, mais en tant que moyens de formation, d’évangélisation, voir même en tant que partie de rituel en soi. À l’exception des charismatiques et hormis au moment des fêtes ou de la messe retransmise à la télévision, les catholiques n’utilisaient pas (ou peu) jusqu’à présent les médias de cette manière.

 

page 191

La Rénovation charismatique

La Rénovation charismatique est aujourd’hui bien établie dans l’ensemble de l’Amérique latine, bien que le mouvement soit très récent. La Rénovation Charismatique est née dans la mouvance du pentecôtisme, dans les années 1960. Les historiens la considèrent comme faisant partie de la « deuxième vague » du pentecôtisme, la première étant à l’origine, au début du XXe siècle, de la formation de divers groupes, dont les Assemblées de Dieu. La Rénovation s’est développée en Amérique latine sous l’influence de prêtres missionnaires nordaméricains. La première retraite en espagnol, pour une assistance d’environ 250 personnes, a lieu à Lima en 1972.
[...]
Le mouvement, surtout au Brésil et au Guatemala, pays où la croissance évangélique est la plus rapide, est perçu par l’épiscopat comme une possibilité de revitaliser la ferveur et un frein aux évangéliques, le principe étant que si les catholiques trouvent dans le Renouveau ce qu’ils pourraient chercher dans le pentecôtisme, émotion, guérison, enthousiasme…, ils ne seront pas tentés de quitter le catholicisme. Selon l’appréciation de J.-P. Bastian, il s’agit pour l’Église « de canaliser la force dévastatrice du pentecôtisme à son profit en l’endiguant selon ses normes ». À propos du Guatemala, J. Garcia Ruiz écrit : « De nombreux évêques soutiennent le mouvement de Rénovation Charismatique car ils supposent qu’il s’agit d’un moyen efficace pour contenir l’hémorragie conséquente à l’attraction des sectes et des Églises protestantes ».

Cependant, bien que la méfiance vis-à-vis du mouvement ait diminué, elle reste une constante dans l’attitude de la hiérarchie. Selon les termes de R. A. Chesnut, « Les évêques brésiliens, bien sûr, comme tous leurs pairs latino-américains étaient aussi très préoccupés par l’éventualité d’une évolution du Renouveau Charismatique en un mouvement ecclésial parallèle et la menace que cela pouvait représenter pour leur autorité de la part d’un groupe qui affirmait avoir un lien direct avec le Saint- Esprit.

 

page 206

Conclusion

Victoire de l’Église sans défaite évangélique

Si les évangéliques ont connu une croissance exponentielle dans les années 1980-1990 et si leur nombre continue d’augmenter, il est hors de doute que la présence de l’Église catholique en tant que religion majoritaire n’est pas en danger, en tout cas à moyen terme. Sans toutefois parvenir à juguler l’exode des fidèles catholiques, la réaction de la hiérarchie catholique a été efficace. Dans un système politique corporatiste, elle a su profiter de la stabilité de l’institution, du respect qu’elle inspire et de la manière dont les dirigeants politiques recourent traditionnellement à elle pour maintenir la cohésion sociale. Étant donné la fragilité et l’absence de crédibilité de l’ensemble des institutions mises à mal par le terrorisme, le régime autoritaire d’A. Fujimori et la corruption rampante, l’Église fait figure d’institution stable et digne de confiance. Elle continue à jouer un rôle essentiel dans le maintien de la paix sociale, par ses œuvres dans les domaines de l’éducation et de la santé et par son rôle d’arbitrage et de garant dans les conflits ; finalement, les hommes politiques utilisent la considération dont l’Église jouit de manière médiatique : la piété étant signe de correction éthique. Elle est aussi facteur de cohésion et de paix sociales, en particulier lors des grandes fêtes du Seigneur des Miracles, patron de Lima, qui rassemblent dans un même culte l’ensemble de la société, depuis le président de la République jusqu’au plus humble.
[...]
Si l’Église catholique garde sa prééminence sur la scène politique et religieuse, en à peine une vingtaine d’années, les groupes évangéliques ont réussi à acquérir droit de cité, avec ses corollaires, visibilité et respectabilité. Au Te Deum traditionnellement célébré le jour de la fête nationale, le 28 juillet (jour férié), dans la cathédrale par le cardinal, en présence de l’ensemble du gouvernement, fait pendant depuis 2006 le culte d’Action de Grâces évangélique célébré le 30 juillet (jour ouvrable !). Dans une proportion moindre et avec des nuances, les dénominations évangéliques jouissent d’une influence comparable à celle de l’Église catholique. Malgré leurs difficultés pour harmoniser leur position, étant donné leur diversité et les luttes intestines, leurs associations sont prises en compte dans les débats et la gestion publics, les partis politiques les courtisent… Même s’ils profitent, peut-être encore plus que les catholiques, d’une aura de rectitude éthique et si les dénominations commencent à jouer un rôle social similaire à celui de l’Église, bien que moindre, les leaders disposent d’autres atouts : les alliances politiques ou la formation de partis politiques. Lorsque la majorité n’est pas claire, ni dans les élections générales, ni au congrès, les évangéliques peuvent faire la différence.

 

__________________________

 

Voir sur ce site :

Philippe Gonzalez, Suisse La lutte des charismatiques contre les démons    

Jörg Stolz, Olivier Favre, Caroline Gachet, Emmanuelle Buchard  : Le phénomène évangélique

Véronique Lecaros : l’Église catholique face aux évangéliques

Véronique Lecaros : La conversion à l'évangélisme, le cas du Pérou

Linda Caille Soldats de Jésus

 

 

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