Si qu’y r’viendrait !

Par

Les Soliloques du Pauvre,   1903

Extraits d’un très long poème

Des fois je m’dis, lorsque j’charrie
À douète… à gauche et sans savoir
Ma pauv’bidoche en mal d’espoir,
Et quand j’vois qu’j’ai pas l’droit d’m’asseoir
Ou d’roupiller dessus l’trottoir
Ou l’macadam de « ma » Patrie,


Je m’dis : — Tout d’même, si qu’y r’viendrait !
Qui ça ?… Ben quoi ! Vous savez bien,
Eul’l’trimardeur galiléen,
L’Rouquin au cœur pus grand qu’la Vie !
[…]
Si qu’y r’viendrait ! Si qu’y r’viendrait,
L’Homm’Bleu qui marchait su’la mer
Et qu’était la Foi en balade :

[…]

Car y disait à ses apôtres :
— Aimez-vous ben les uns les autres,
Faut tous êt’copains su’la Terre,
Faudrait voir à c’qu’y gn’ait pus d’guerres
Et voir à n’pus s’buter dans l’nez,
Autrement vous s’rez tous damnés.
[…]
Si qu’y r’viendrait… si qu’y r’viendrait
Quéqu’jour comm’ça sans crier gare,
En douce, en pénars, en mariolle,
De Montsouris à Batignolles,
Nom d’un nom ! Qué coup d’Trafalgar !
[…]
D’où c’est qu’t’es v’nu ? D’en bas, d’en haut ?
Quelle est la rout’que t’as suivie ?
C’est-y qu’tu r’commenc’rais ta Vie ?
Es-tu v’nu sercher du cravail ?
(Ben… t’as pas d’vein’, car en c’moment,
Mon vieux, rien n’va dans l’bâtiment) ;
(Pis, tu sauras qu’su’nos chantiers
On veut pus voir les étrangers !)

[…]
Yaou… ! T’entends pas ce hurlement ?
C’est l’cri des chiens d’fer, des r’morqueurs,
C’est l’cri d’l’Usine en mal d’enfant,
C’est l’Désespoir présent qui beugle !

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