Les religions des Parisiens

Par

D’hier à aujourd’hui

édité par Marie Aynié, Laurence Croq, Nicolas Lyon-Caen, Michel Sot, Danielle Tartakowsky

512 pages – 30 €

Comité d’histoire de la Ville de Paris / éditons de la Sorbonne

Recension Gilles Castelnau

Cet important ouvrage publie les actes d’un colloque qui s’est tenu à l’initiative de Me Anne Hidalgo, maire de Paris, au Petit Palais (dont la verrière est représentée sur la couverture) et qui a accueilli un large public. 41 interventions concernant toutes les principales religions présentent des aspects particuliers et souvent inattendus permettant de pénétrer la vie quotidienne des divers Parisiens à toutes les époques.

Voici quelques-uns de ces articles : 

Première partie. Les religions des Parisiens en leurs lieux

Les processions et La rue à Paris au XVIIIe siècle             

Croix et calvaires entre Paris et Saint-Denis

Paris et ses statues anticléricales (1870-1914)

L’Oratoire du Louvre, haut Lieu du catholicisme affecté au culte protestant

Juifs et quartiers juifs à Paris du Moyen Âge à l’époque moderne

L’Institut musulman-mosquée de Paris dans l’entre-deux-guerres. 

Deuxième partie. Des marqueurs religieux de la vie privée des Parisiens

Baptiser les petits Parisiens au XIXe siècle

Tardive mythologie. La cornette et l’imaginaire de la charité des Parisiens

L’hindouisme tamoul à Paris : contours et perspectives

Les couples islamo-chrétiens contemporains face à leurs convictions

Mourir à Paris. L’imaginaire de la dernière demeure

Religion et identité chinoise dans l’espace public. 

Troisième partie. Paris, capitale intellectuelle des religions

Le Paris des intellectuels juifs XIXe-XXIe siècle)

Du prince à l’ouvrier : figures musulmanes à Paris entre 1830 et 1930

L’abbé Fauche, le« cirque» révolutionnaire au cœur de Paris

Quatrième partie. Religions sous tension

Le procès et le brûlement du Talmud, 1239-1248

Paris contre Henri IV

Faire et défaire une communauté : le jansénisme parisien au XVIIIe siècle

Le débat entre évangéliques et libéraux dans l’Église réformée de Paris durant la seconde moitié du XIXe siècle

Le mur des Fédérés. Quand l’Histoire fait communauté

Le Paris des orthodoxes : un lieu d’antagonismes et d’enjeux géopolitiques

Présence du religieux dans l’espace public et nouveaux débats sur la laïcité

Et en voici quelques passages (Le texte complet en est d’ailleurs entièrement disponible sur internet en ligne)

1ère partie

Juifs et quartiers juifs à Paris du Moyen-Age à l’époque moderne

Claire Soussen

D’après les rôles de la taille de 1292, on peut estimer le nombre des juifs a un millier environ, sur une population totale de plus de 100 000 personnes (50 000 personnes vers 1220). En 1296, ce chiffre a diminué de moitié, ce qui est sans doute une conséquence de l’affaire des Billettes qui s’est déroulée en 1290. Cet épisode prend place dans la longue série des Légendes du sang, dont les origines sont tardo-antiques, mais dont la survenance reste relativement peu fréquente jusqu’au milieu du XIIe siècle, date à laquelle les inventions se multiplient. Après l’affaire de Blois qui conduisit au massacre d’une trentaine de juifs en 1171, l’affaire de Paris, dite « des Billettes », qui se produit un siècle plus tard, provoque de graves désordres. Le juif Jonathas, prêteur de son état, est alors accusé de s’être procuré une hostie auprès d’une pauvre chrétienne, de l’avoir fait bouillir, puis de l’avoir poignardée, ultime profanation. Or, un miracle se produit, du sang jaillit de l’hostie, preuve qu’il s’agit bien du corps du Christ. D’après certaines sources, le juif est condamné à mort et exécuté en place de Grève, ses biens sont confisqués et redistribués. Au-delà de l’exemplum, l’affaire est attestée par d’autres sources que les seules sources apologétiques. En 1294, Philippe le Bel autorise ainsi Reinier Flaming, bourgeois de Paris, à bâtir une chapelle sur la maison confisquée au juif, et une bulle du pape Boniface dVIII confirme la fondation ecclésiastique en juillet 1295. L’affaire a occasionné des troubles anti-juifs très graves et conduit au départ beaucoup d’entre eux. Il est donc vraisemblable que lorsqu’en 1306 Philippe le Bel décrète l’expulsion des juifs du royaume, il n’en reste que peu à Paris, quelques centaines au maximum.

Les synagogues : une histoire du judaïsme parisien

Dominique Jarrassé

L’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord ouvre donc une nouvelle période de renaissance du judaïsme parisien. Cette phase cruciale débute dès 1956 avec le départ le plus souvent forcé des Juifs des pays musulmans qui, largement francisés par l’action de l’Alliance israélite universelle et par la colonisation, choisissent de se réfugier en France ; pour certains, c’est un paradoxal « rapatriement ». L’ampleur de cette migration, dont le pic est atteint en 1961-1962 avec les « événements de Bizerte » et l’indépendance de l’Algérie, amène les autorités à tenter de répartir les Juifs, arrivant majoritairement par Marseille, sur tout le territoire ; toutefois la plupart se concentrent en banlieue parisienne, à Marseille et sur la côte méditerranéenne, à Lyon et à Toulouse, implantation qui ne correspond en rien avec les anciennes communautés ; aussi assiste-t-on parallèlement aux nombreuses inaugurations de synagogues en banlieue et dans le Sud, à la vente dans l’Est de bâtiments, dont la valeur patrimoniale est reconnue seulement dans les années 1990. La sociologie bouleversée du judaïsme français, caractérisée aussi par l’ouverture de boucheries cachères et d’écoles, explique la multiplication des lieux de culte, les groupes originaires de tel pays, voire de telle ville, souhaitant reconstituer un oratoire assumant la double fonction de perpétuation de leur minhag et de sociabilité spécifique et solidaire. Les grandes synagogues se trouvent parfois délaissées au profit des oratoires qui s’installent dans leurs annexes avant de donner lieu, à partir des années 1990 qui voient un certain renouveau, à des synagogues plus monumentales. D’anciennes synagogues ashkénazes sont affectées au rite séfarade, en particulier à Paris rue des Tournelles et à Belleville (le Temple symboliquement reçoit le nom d’un sage tunisien, rebbi Haï Taïeb). Mais la caractéristique principale de cette évolution est liée à la pratique d’un judaïsme qui ne se réduit pas au culte et aux grandes fêtes.

2e partie

Baptiser les petits Parisiens au XIXe siècle

Vincent Gourdon

Dans le troisième tiers du XIXe siècle, s’opère à Paris une rupture à la fois franche, irrémédiable et spécifique. À partir des années 1860 – et surtout après l’épisode de la Commune qui engendre une flambée de l’anticléricalisme dans la capitale, à commencer par les quartiers populaires, les plus touchés par la répression des troupes versaillaises, le refus de baptême cesse d’être un phénomène marginal. Fernand Boulard a pu établir la chronologie de cette désaffection : alors que la proportion de bébés parisiens présentés au baptême catholique est de 89 % en 1865, elle tombe à 84 % en 1875, puis à 68 % dès 1885. Il n’en reste pas moins qu’elles montrent qu’une large part des bébés parisiens cessent d’être baptisés – d’une manière ou d’une autre dans les premières décennies de la III° République. Cette situation singularise alors Paris (et ses alentours) au sein du territoire national. Il faudra attendre près d’un siècle pour que la proportion de baptêmes catholiques à l’échelle nationale atteigne celle de Paris à la Belle Époque.

Les mariages mixtes interconfessionnels

Et leurs célébrations à Paris à la fin du Second Empire

Vincent Gourdon, Cyril Grange

Les pratiques visibles en 1869, en particulier le phénomène des doubles cérémonies catholiques et non catholiques, qui déroge de manière manifeste aux prescriptions de l’Église, montrent un processus croissant de détachement des Parisiens vis-à-vis des normes catholiques, y compris de la part de ceux qui font appel à l’Église en matière de ritualisation de leurs unions. Ce phénomène est une illustration supplémentaire de l’existence à Paris d’un « catholicisme à la carte », signalé par Jacques-Olivier Boudon ; mais il indique aussi le souci croissant de respecter les convictions religieuses individuelles des deux conjoints, au lieu d’exiger une conversion préalable de l’un d’eux ou d’imposer une célébration unique dans le lieu de culte d’un des futurs. En ce sens, la double célébration constitue un témoignage d’une montée, à Paris, de la tolérance religieuse et du respect de la liberté de conscience.

4e partie

Le débat entre évangéliques et libéraux dans l’Église réformée de Paris 
durant la seconde moitié du XIXsiècle

André Encrevé

Le second élément est d’ordre sociologique. Comme chacun sait, le XIXe siècle est celui de la révolution industrielle. Elle entraîne de nombreux bouleversements sociaux, avec en particulier l’urbanisation et le développement de l’instruction, ainsi que des changements dans le domaine intellectuel, induits par le progrès des connaissances scientifiques. Or il est clair qu’on ne peut croire que ce qui est regardé comme croyable au sein d’une certaine sphère culturelle. D’où, pour la question qui nous intéresse, une interrogation fondamentale, toujours actuelle d’ailleurs : comment rester chrétien dans un monde qui change vite ? C’est-à-dire, quel degré d’innovation est-il possible d’accepter dans la présentation de la vérité chrétienne sans la dénaturer (la vérité ne changeant évidemment pas, quant à elle). Au fond on se demande ce qu’il faut modifier et ce qu’il faut conserver dans la présentation classique du christianisme – élaborée dans le cadre d’un monde rural et agricole – pour que les citoyens d’un monde urbain et industriel continuent à avoir la chance de vivre de la foi en Jésus Christ. Cette question, les deux camps, évangélique et libéral, se la posent ; ce qui diffère, c’est la réponse qu’ils y apportent.

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