Le dernier mot de l’Assemblée, ou le dernier renoncement. La bataille sur la fin de vie n’est pas terminée. Elle ne fait que commencer. Après le passage au Sénat, le texte reviendra à son point de vérité : l’Assemblée nationale.
En remplaçant le « droit à l’aide à mourir » par une vague « assistance médicale à mourir », le Sénat a fait ce qu’il fait toujours dans les moments décisifs : il a retiré un droit pour le dissoudre dans la prudence, la tutelle et le langage anesthésiant de la médecine. Ce n’est pas un amendement technique ; c’est un recul politique assumé.
Désormais, tout repose sur l’Assemblée nationale. Elle peut céder au compromis, avaliser l’effacement du mot « droit », et entériner une loi qui autorise sans reconnaître, qui permet sans affirmer, qui encadre pour mieux neutraliser. Ce serait une loi de renoncement, rassurante pour les conservatismes, décevante pour les citoyens.
Ou bien elle peut assumer pleinement ce qu’elle avait commencé : reconnaître qu’un être humain n’est pas un mineur sous protection médicale jusqu’à son dernier souffle. Qu’il puisse, sous conditions strictes, décider de sa fin de vie sans que cette décision soit confisquée par l’institution. Qu’un droit n’est pas une menace, mais une reconnaissance.
Car il faut le dire clairement : retirer le mot « droit », ce n’est pas protéger les plus fragiles. C’est les rendre dépendants. C’est faire de la fin de vie un privilège accordé au cas par cas, soumis aux convictions locales, aux peurs individuelles, aux rapports de force invisibles. C’est produire une inégalité silencieuse devant la mort.
La majorité parlementaire est maintenant face à un choix politique net. Non pas entre la vie et la mort — cet argument est un écran de fumée — mais entre la confiance et la tutelle, entre la responsabilité et la peur, entre une citoyenneté adulte et un paternalisme d’un autre âge.
L’histoire parlementaire retiendra une chose simple : soit l’Assemblée aura tenu tête au Sénat et reconnu un droit jusqu’au bout, soit elle aura accepté que, même au seuil de la mort, le citoyen français n’ait jamais le dernier mot sur sa propre vie.
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