« Cette souffrance n’est pas le dernier mot »

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Article publié dans l’hebdomadaire protestant français Réforme le 8 janvier 2026

CRANS-MONTANA La Suisse observe ce 9 janvier un deuil national après le tragique incendie qui a fait 40 morts et 116 blessés la nuit du Nouvel An dans un bar de la station du Valais. En ces jours terribles, les pasteurs des Églises protestantes se sont mobilisés. 

« Des bougies et le silence parlent plus que les mots dans ces circonstances, reconnaît Guy Liagre, pasteur de Crans-Montana dont le temple a accueilli un office samedi 3 janvier à 21 heures après une marche silencieuse. Beaucoup de jeunes et de personnes extérieures à notre communauté y ont participé, par exemple des familles d’origine italienne qui ont perdu des proches. » Dans la nuit du réveillon du 31 décembre, un incendie s’est déclaré dans le bar Le Constellation de la station suisse de Crans-Montana. Selon les premiers éléments de l’enquête, le feu aurait démarré à cause de bougies incandescentes. Quarante personnes sont décédées – la moitié d’entre elles étaient mineures – et 116 personnes sont blessées. Les services hospitaliers suisses spécialisés ont accueilli des victimes gravement brûlées. Trente-cinq autres ont été évacuées vers des hôpitaux européens, dont certaines en France, notamment à Lyon, en région parisienne, à Nantes. Une journée de deuil national est prévue vendredi 9 janvier.

« Ces derniers jours ont été éprouvants pour les familles car elles attendaient les résultats des enquêtes et les derniers noms des disparus, confie le pasteur de Crans Montana au téléphone. Des paroissiens sont touchés directement et indirectement ici. » Dimanche, le pasteur a célébré un culte dans son église réformée. « Contrairement à ce qui avait été annoncé,  nous avons choisi de maintenirle culte dans l’église réformée pour les protestants qui ne souhaitaient pas aller à la messe. Moncollègue le pasteur Gilles Cavina assisté à la messe. La célébration n’était pas œcuménique. Le contexte religieux est très majoritairement catholique, car jusqu’au XXe siècle, il y avait très peu deprotestants dans le Valais. Les communautés protestantes viennent de la diaspora et les paroissiens sont issus des cantons voisins deVaud,  Neuchâtel et Genève »,  explique-t-il.

Soutien spirituel

Mardi soir, un autre office devait être célébré par Qilles Cavin, président du synode de l’Égliseévangélique réformée de Suisse et pasteur de Sierre, la ville voisine située en bas de la station de Crans- Montana. « Nous essayons d’organiser au mieux le soutien spirituel, aussi longtemps que lebesoin de se réunir pour se recueillir sera présent », précise Guy Liagre. Ses quarante-cinq années de ministère sont utiles au pasteur retraité pour faire face à ce drame d’une si grande ampleur par le nombreet la jeunesse des victimes.

Dans la banlieue de Lausanne, les paroisses de Pully-Paudex et de Belmont-Lutry ont appris rapidement que des jeunes de leurs communes se trouvaient parmi les victimes et les rescapés. Des pasteurs et des prêtres ont organisé une veillée le samedi 3 janvier et ouvert l’église protestante de Lutry entre 18 heures et 22 heures. Selon David Freymond, pasteur à la paroisse protestante de Pully-Paudex, quelque 3000 personnes sont passées au temple pour déposer une bougie, écrire un message, voir des amis. « Nous avons choisi des gestes simples : écrire des messages sur des papiers et les accrocher ou les déposer dans une corbeille, allumer des bougies. Ces rituels parlent à tout le monde, croyants ou non-croyants. » Le pasteur témoignait dimanche soir dans l’émission religieuse « Hautes Fréquences » sur RTS des bienfaits de cette écriture réelle, loin du monde numérique.

« Nous avons constaté que le fait d’écrire un mot sur un petit papier avait un effet presquethérapeutique. Certains en ont même écrit plusieurs. »

Lundi 5 janvier, soit cinq jours après le drame, les autorités suisses ont annoncé avoir terminé l’identification de toutes les personnes touchées par l’incendie. Sur les 116 personnes blessées, 83 sont encore hospitalisées, selon un communiqué de la police du canton du Valais. Comme certains collègues, le pasteur David Freymond est sollicité pour la préparation de funérailles. « Nous avons des demandes différentes : un culte protestant de funérailles, une célébration collective, une autre interreligieuse. Nous essayons d’y répondre au mieux. »

Le pasteur, également père de deux enfants de 16 et 20 ans, va devoir trouver des mots pour rassurer les jeunes. « ]’ai envie de leur dire : vous n’êtes pas seuls. Nous sommes ensemble pour faire face à ce drame, pour le traverser. Il y a quelque chose de l’ordre de la lumière qui nous attend au bout de cette obscurité. Cette souffrance n’est pas le dernier mot de tout, mais quelque chose de l’ordre de la paix nous et vous attend. Ce sera long, mais nous serons à vos côtés. Je voudrais leur transmettre cette espérance d’une paix à venir, même si on ne la sent pas aujourd’hui. » 

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