Epstein et le diabolique

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article paru dans l’hebdomadaire protestant Réforme
du jeudi 19 février 2026



« Pour de l’argent, de la séduction ou du pouvoir, 
des hommes et des femmes 
ont renoncé à leurs principes
et à leurs valeurs. »

L’affaire Epstein nous laisse sans voix par son ampleur. Tout est dans la démesure. La perquisition de son appartement de l’avenue Foch à Paris a révélé une débauche de luxe, de photos présentant son propriétaire en compagnie des grands de ce monde et d’images pornographiques. Comment penser une telle perversion qui se situe à la hauteur de la fortune de son auteur ?
Le texte de l’Évangile de cette semaine peut nous aider. Il s’agit du récit des épreuves du Christ. Alors qu’il est dans le désert, le diable propose à Jésus de transformer les pierres en pain, ce qui est la tentation de la consommation et de la richesse : avec de l’argent, on peut tout transformer, tout obtenir. 
Lorsque Jésus lui répond que l’homme ne vivra pas de pain seulement, le diable l’emmène en haut du Temple et lui propose de se jeter dans le vide pour que des anges le sauvent. S’il l’avait fait, les foules l’auraient admiré et se seraient prosternées à ses pieds. Lorsque Jésus lui répond qu’il refuse la tentation de la divinisation – de la « starification » –, le diable l’emmène sur une montagne très haute et lui propose de dominer sur tous les royaumes du monde en se mettant à son service. 


Les trois tentations proposées au Christ sont celles de la richesse, de la séduction et de la domination ; l’argent, le sexe et le pouvoir. 
Ce qui est intéressant dans l’interprétation de ce passage, c’est que ces tentations sont présentées comme étant de nature diabolique. Il ne faut pas voir le diable comme un petit bonhomme rouge et cornu avec un trident à la main, de même qu’on ne croit pas en un Dieu qui aurait les traits d’un vieillard à barbe blanche siégeant sur un nuage. En revanche, nous devons entendre qu’il existe ce que la Bible appelle des « autorités », c’est-à-dire des forces spirituelles qui prennent possession de la liberté des humains. Pour de l’argent, de la séduction ou du pouvoir, nous connaissons des hommes et des femmes qui ont renoncé à leurs principes et à leurs valeurs dans une quête mortifère d’en vouloir toujours plus.



Jeffrey Epstein avait de l’argent, du talent et de l’entregent, mais il s’est laissé enfermer dans un engrenage de débauches et de perversions qui l’ont conduit au pire avec des femmes et des enfants. Il en est mort. Plutôt que de nous laisser entraîner dans un voyeurisme malsain, nous pouvons nous mettre à l’écoute du récit biblique et nous poser la grande question suggérée par cette triste affaire : quelles barrières érigeons-nous, individuellement et en société, contre l’emprise de l’argent, du sexe et du pouvoir ? 

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