Enquête sur les représentations de la Résurrection

Par

Un message pour notre temps

Préface de Christiane Bascou

Éd. Karthala

216 pages – 23 €

Recension Gilles Castelnau

Odile Ponton est professeur de Lettres classiques. Elle a acquis une énorme culture biblique et en fait bénéficier les groupes bibliques qu’elle anime. Elle y a pris conscience de la difficulté qu’éprouvent nombre des participants à intégrer l’idée même de la Résurrection du Christ à leur réflexion, arrêtés qu’ils sont par les affirmations désormais non crédibles d’un mort sorti de sa tombe, d’apparitions surnaturelle du Ressuscité et surtout des contradictions inexplicables des récits qu’en donnent les évangiles et le épîtres de Paul.

Dans une 1ère partie, Odile Ponton survole les traditions anciennes des Babyloniens, des Égyptiens, des Romains et des Juifs.

Dans une 2e partie, elle analyse très précisément les textes des évangiles, du Tombeau vide et des apparitions ainsi que des promesses de notre propre résurrection.

Dans une 3e partie, très importante, elle présente 17 conceptions différentes de la Résurrection chez les meilleurs théologiens protestants et catholiques de notre temps.

Dans la 4e partie, c’est « la Résurrection, un message pour notre temps ».

Nul doute que ceux qui s’interrogent et ne craignent pas un certain effort d’approfondissement théologique trouveront ici une très grande récompense pour leur peine et un enrichissement certain de leur spiritualité.

En voici des passages : 

Deuxième partie : La Résurrection dans le Nouveau Testament

Les apparitions pascales

Un événement inatteignable

Certes, les récits du tombeau vide et des apparitions, malgré leurs différences, voire leurs contradictions d’un évangile à l’autre, sont riches d’enseignements sur ce qu’ont vécu les disciples et sur ce qu’ils ont compris. Mais ils risquent de nous conduire à nous représenter la Résurrection comme la réanimation d’un cadavre. Or, ce que découvrent les disciples, c’est que leur maître a accédé à une vie nouvelle en Dieu, à un être nouveau. La lecture historico-critique nous aide, certes, à décrypter les récits. Mais, même si elle est très utile pour nous libérer de la lecture littérale, pour nous conduire aux portes du mystère, elle se révèle impuissante à nous faire entrer au cœur de celui-ci, foyer incandescent où est née la foi chrétienne. « Un événement […] s’impose », mais nous sommes devant « l’impossibilité d’en rendre compte de façon adéquate ». Puissions-nous dire comme les pèlerins d’Emmaüs : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin […] » (Lc 24,32).

Troisième partie : Une lecture plurielle

Cette partie III, composée de seize textes, est intitulée : Une lecture plurielle. Pourquoi cette partie ? Parce que je profondément que ce que nous dit le Nouveau Testament et ce qu’il ne nous dit pas laissent une grande ouverture à notre imaginaire pour se représenter la résurrection et exercer notre foi critique. Ce que ne semble pas accepter l’Église qui veut nous imposer une lecture intangible, définie une fois pour toutes, finalement dogmatique de cet événement mystérieux, fondement de la foi chrétienne. Ces textes montrent à l’évidence que la résurrection, celle de Jésus, la nôtre, est intensément présente dans l’esprit de certains de nos contemporains, plus nombreux peut-être qu’on ne le pense. Ils révèlent aussi la grande variété, la grande richesse des réponses aux questions qu’elle pose. On ne peut que s’en réjouir.

Comment caractériser l’événement de la Résurrection

 John Shelby Spong

Oui à Jésus, oui à la résurrection
oui à la vie après la mort


Ni récompense ni châtiment dans la vie après la mort

« Je ne crois pas en une vie après la mort qui servirait à contrôler les comportements. Le côté récompense/châtiment de la vie après la mort ne m’intéresse pas du tout. Une personne qui, au plus profond d’elle-même, ne serait généreuse dans la vie que pour obtenir la récompense ultime du paradis, serait directement coupable d’égoïsme.

[…] J’aimerais que le christianisme se débarrasse de ces thèmes de châtiment et de récompense et qu’il les considère comme une façon aberrante de comprendre les évangiles, et comme indignes du Seigneur que nous prétendons servir.

Séparer l’expérience centrale de la Résurrection 
des légendes qu’elle a inspirées

On nous dit ainsi que Jésus mangea un morceau de poisson grillé, qu’il leur interpréta les Écritures, qu’il invita à ce qu’on examine physiquement ses plaies, et qu’il les chargea d’être ses agents dans le monde entier. […]

On pouvait admettre une telle transformation à une époque de foi prémodeme, mais ce genre de magie et ces tours de passe-passe ne peuvent perdurer dans notre monde contemporain qui tient en suspicion le miracle et le surnaturel. Si nous tenons absolument à ce que la vérité de Pâques soit portée dans un tel cadre littéral, nous condamnons cette vérité de Pâques à mourir faute de vouloir dire quelque chose.

[…] Je reconnais les légendes, les ajouts, le contexte de cet ancien monde qui a eu la tâche de transformer en langage humain l’irruption de la résurrection. J’explore tous ces éléments jusqu’à ce que, au-delà d’eux, j’atteigne l’expérience qui les a produits. Ici les mots me manquent. Le silence m’engloutit. Mon regard se porte au-delà des limites dans lesquelles je vis ma vie, et je prononce mon oui priant…

L’importance de la mémoire

                                                             Daniel Marguerat

« Je ne sais rien de l’au-delà
mais j’ai confiance en ce que je crois »

J’existe dans la mémoire de Dieu

De même, je pense et j’espère – au sens fort – qu’au moment où me seront arrachés ceux que j’aime, au moment où je ne suis plus rien pour les retenir à la vie quand ils me glisseront des mains, Dieu se tiendra en face pour les recueillir et redresser en sa mémoire leur corps affaibli. Ils rendront leur souffle ici pour le reprendre ailleurs, auprès de Dieu ».

Puissance de la vie dans le cosmos

Théologie du Process

Nous vivons la résurrection « chaque fois que nous nous laissons entraîner et transformer par le dynamisme créateur de Dieu »28

« La Résurrection, qui constitue la réponse et la réplique de Dieu à Golgotha, récupère, intègre et dépasse l’horreur de la Croix. Dieu invente une solution positive et créatrice. Il confirme et restaure la valeur unique de la personne et de la vie de Jésus. Il efface le caractère destructeur et négatif de son exécution. Le croyant doit toujours regarder la Croix à la lumière de la Résurrection. »

La position des théologiens du Process

Du point de vue théologique et spirituel, le message évangélique n’impose pas la matérialité de la résurrection de Jésus. On peut avoir une foi authentique et profonde sans croire que Jésus est corporellement sorti de la tombe, et en attribuant à l’événement de Pâques une réalité existentielle et non objective.

Les différentes apparitions : hypothèse invérifiable 
et question non centrale pour la foi

En tout état de cause, il faut fortement souligner que la nature de l’événement pascal ne constitue pas un problème central pour la foi. Nous vérifions, nous concrétisons et nous matérialisons la Résurrection quand nous la vivons etquand nous en vivons, autrement dit chaque fois que nous nous laissons entraîner et transformer par le dynamisme créateur de Dieu ».

La vie après la mort :« un processus dynamique 
qui ne prend jamais fin »

« Je ne pense pas que la vie après la mort soit un repos. Je n’imagine pas le Royaume, pour prendre cette importante image biblique, de manière statique ; il ne s’agit pas d’un lieu ou d’un temps où il ne se passerait plus rien. Je me le figure plutôt comme un processus dynamique qui ne prend jamais fin. 

[…]

Cet univers clos, toujours identique à lui-même, aurait quelque chose de terrible et d’insupportable. Le Royaume réalisé ressemblerait beaucoup à l’enfer. On pourrait inscrire aussi à sa porte : « Vous qui entrez ici, perdez tout espoir ». »

José Arregi

La pâque de Jésus dans la pâque de l’univers

La pâque de Jésus est inséparable de la pâque universelle. La pâque de la première pleine lune du printemps que tant de cultures ont célébrée depuis des millénaires avant notre ère chrétienne. La pâque des agriculteurs et des bergers néolithiques, qui vivaient au rythme des nouvelles lunes et des pleines lunes, des solstices et des équinoxes, au rythme de la terre mère et du cosmos sans mesure, qui, à la lumière du soleil et de la lune, entrevoyaient la force irrésistible de la vie dans la nuit. La pâque de l’univers qui, dans sa mémoire ou son cœur infini, garde peut-être vivante la mémoire vivifiante de toutes les formes qui ont été.

La résurrection dans le présent de nos vies

Bruno Mori

La Résurrection, un événement spirituel,
qui nous invite à rester en vie, à aimer et espérer
sereinement rejoindre ce Dieu qui nous attend

La Résurrection de Jésus : l’expérience spirituelle intense et profonde vécue par ses disciples

« Les témoignages de résurrection que les évangiles nous rapportent décrivent fondamentalement des sensations psychologiques et spirituelles, des états d’âme à travers lesquels ces disciples sentent et perçoivent leur Seigneur comme étant toujours vivant et présent.

L’intensité de la foi et de l’attachement de ces disciples à l’homme de Nazareth produit en eux la conviction que cet homme extraordinaire qui, après sa mort, participe désom1ais de la plénitude de vie en Dieu, est maintenant plus que jamais capable de susciter, d’activer, d’intensifier et d’éterniser dans l’existence de chacun des disciples les valeurs et les énergies bénéfiques et salutaires qu’il leur avait confiées lorsqu’il était parmi eux.

La résurrection est donc un phénomène spirituel qui se passe dans les profondeurs de ces personnes pour lesquelles le Maître, même après sa mort et surtout après sa mort, continue à être aimé, important, influant, agissant, présent et donc vivant ».

Jacques Musset

« Nous savons que nous sommes passés
de la mort à la vie, parce que
nous aimons nos frères »
(I Jn 3,14)

Nous sommes déjà des ressuscités, nous éprouvons et nous vérifions, tout bancals et tordus que nous sommes, ce qu’est la vraie vie, non pas en sortant du monde, mais au cœur du monde, de ses aléas, de ses tourments et de ses incertitudes. Et qu’est-ce qui nous donne cette conviction si assurée dont rien ne peut nous faire douter ? C’est « parce que nous aimons nos frères », ce n’est que cela, mais c’est tout cela ! C’est parce que nous nous efforçons de les aimer à la façon dont Jésus a aimé celles et ceux qu’il a rencontrés : en les accueillant, en les écoutant, en ayant foi en eux, en les accompagnant sur leurs sentiers éprouvants, en leur redonnant confiance en eux-mêmes, en les aidant à trouver leur propre voie. Il n’est pas nécessaire d’être chrétien pour expérimenter et témoigner que l’amour véritable rend pleinement vivant. Mais on ne peut être chrétien sans emprunter ce chemin.

Quatrième partie : La Résurrection
un message pour notre temps

Première approche

Et nous ? Première approche
des questions essentielles

Aujourd’hui, cette expérience peut être la nôtre, le Christ peut être en nous source de résurrection, dynamisme qui nous porte vers nos frères et nos sœurs en humanité pour vivre en solidarité avec eux, partager avec eux le efforts et les luttes pour construire un monde juste, capable de vivre en paix et de respecter notre planète terre et la merveilleuse diversité des êtres vivants qui l’habitent même si tous ces projets nous paraissent très éloignés de la cruelle réalité à laquelle nous sommes parvenus. 

Notre résurrection

Pourquoi parler de notre résurrection ? Parce que Dieu, 
puissance d’être, ne peut nous abandonner au néant

Il est possible de recourir à un langage plus abstrait, celui de Paul Tillich : Dieu est l’être, le fondement, la puissance de l’être. La création n’est pas un acte initial posé une fois pour toutes, mais relation permanente entre Dieu et le monde. Celui-ci ne tient pas sans ce « rocher » (Ps 18,3). Comment ce Dieu, être et fondement de l’être, pourrait-il renvoyer au néant ce monde et ces créatures qu’il soutient, au cœur desquels il est présent ? Tous doivent donc être entraînés dans le dynamisme de la résurrection.

Mise en avant d’une vérité anthropologique

Présence au fond de l’être humain 
d’une puissance de relèvement

Le message de Pâques a une portée unique dans l’histoire de la pensée. C’est d’abord une foi, celle que la vie et l’amour sont plus forts que la mort, et même que, de la mort, peut jaillir la vie. Celui qui a été condamné, Jésus, le prophète de Nazareth, qui a vécu et enseigné l’amour inconditionnel, mais qui est mort comme un exclu, est plus vivant que jamais et il fait vivre ceux qui croient en lui. Cette victoire de la vie sur la mort et le mal ne correspond-elle pas à cette conviction et à l’expérience que nous pouvons en faire, qu’habite au fond de l’être humain une puissance de relèvement, de libération ?

Les pauvres, les peuples se relèvent

Dans l’enfer de Gaza, en cet hiver 2024-2025, les Gazaouis tentent de survivre. Sous les bombes et sous les balles, privés d’eau, privés d’électricité, privés de nourriture, ils risquent leur vie à tout moment pour trouver de quoi nourrir et protéger leur famille, leurs enfants et leur parents âgés. Certains quitteront leur terre pour sauver leurs proches, la plupart, malgré l’absence de tout horizon, resteront, quoi qu’il leur en coûtera de souffrances et de privations, tous restant animés par une invincible aspiration à se relever.

Les exemples ne manquent pas de malades, de handicapés, qui accomplissent des exploits, retournant leur faiblesse en force, de parents qui soutiennent un enfant malade ou atteint d’un handicap, transformant ce mal en une invincible force de vie.

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