Deux textes contradictoires ( 3 )

Par

Luc 2.1-30

. 1 .

En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre.

Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville.

Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléhem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David afin de se faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

Pendant qu’ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva et elle enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.

Il y avait, dans cette même contrée, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. Et voici, un ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Ils furent saisis d’une grande frayeur. Mais l’ange leur dit : 
. Ne craignez point ; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie : c’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une crèche.

Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant :

Gloire à Dieu dans les lieux très hauts et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée !

Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres :
. Allons jusqu’à Bethléhem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître.

Ils y allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche.

Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant.

Tous ceux qui les entendirent furent dans l’étonnement de ce que leur disaient les bergers.

Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur.

Et les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, et qui était conforme à ce qui leur avait été annoncé.

. 2 .

Le huitième jour, auquel l’enfant devait être circoncis, étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus, nom qu’avait indiqué l’ange avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.

Et, quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur et pour offrir en sacrifice deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, comme cela est prescrit dans la loi du Seigneur.


Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était sur lui.

Il avait été divinement averti par le Saint-Esprit qu’il ne mourrait point avant d’avoir vu le Christ du Seigneur.

Il vint au temple, poussé par l’Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu’ordonnait la loi il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit :

. Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur aller en paix, selon ta parole. car mes yeux ont vu ton salut, salut que tu as préparé devant tous les peuples, lumière pour éclairer les nations, et gloire d’Israël, ton peuple.

Son père et sa mère étaient dans l’admiration des choses qu’on disait de lui. Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère : 
. Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, et à toi-même une épée te transpercera l’âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées.


Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était fort avancée en âge, et elle avait vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité. Restée veuve, et âgée de quatre vingt-quatre ans, elle ne quittait pas le temple, et elle servait Dieu nuit et jour dans le jeûne et dans la prière.

Étant survenue, elle aussi, à cette même heure, elle louait Dieu, et elle parlait de Jésus à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

Lorsqu’ils eurent accompli tout ce qu’ordonnait la loi du Seigneur, Joseph et Marie retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville.

.

Au début de son Évangile, Luc nous décrit Joseph et Marie (puis l’enfant Jésus) quittant leur ville de Nazareth pour un double voyage. D’abord à Bethléem selon le décret de César Auguste où ils rencontrent les bergers, puis à Jérusalem selon la loi de Moïse où ils rencontrent Syméon et Anne.

Les récits de ces deux rencontres sont tout à fait analogues et parallèles mais présentent une contradiction si flagrante que chacun s’en trouve éclairé d’une lumière saisissante qui traversera d’ailleurs tout le 3e Évangile.

L’analogie est que pour la première fois le titre de sauveur et la gloire sont reconnus à l’enfant Jésus et proclamé à tout le monde d’abord par les bergers puis par Siméon et Anne. Ils en avaient été avertis, les bergers par un ange puis par une multitude de l’armée céleste, Siméon par l’Esprit saint et Anne par son statut de prophétesse.

C’est d’ailleurs ce titre donné à l’enfant Jésus qui provoque l’intérêt et la surprise des gens présents et non pas ces révélations divines qui ne sont pas précisées aux auditeurs :
Après le témoignage des bergers : Tous ceux qui les entendirent furent dans l’étonnement de ce que leur disaient les bergers.

Après le témoignage de Siméon : Son père et sa mère étaient dans l’admiration des choses qu’on disait de lui.

La contradiction est que cette révélation fondamentale est accordée dans le voyage qui lieu à Bethléem sous l’autorité de César Auguste à des bergers parfaitement respectable mais ne manifestant aucune attitude religieuse et occupés à l’occupation tout à fait profane de garder leurs troupeaux. Alors que dans le voyage ordonné par Moïse, elle est donnée à un homme juste et pieux qui avait « l’Esprit saint sur lui » et à une femme prophétesse qui vivait au Temple et y passait la nuit. (La nuit, les bergers ne priaient pas mais gardaient simplement leurs troupeaux).

Ce double voyage inaugure l’Évangile dans lequel la présence divine est proposée sans distinction à tous, juifs ou païens, fidèles ou pécheurs, sous l’autorité de César Auguste ou celle de Moïse. Dieu n’est pas plus proche des uns que des autres, il n’est pas plus exigeant pour les uns que pour les autres. Il est amour et salut pour tous. L’Évangile de Luc est l’Évangile de la grâce.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *