Le bibliologue

Par

Nouvelle animation de groupe autour de la Bible

Éd. Olivétan

230 pages – 18 €

Recension Gilles Castelnau

Le bibliologue est une sorte de jeu biblique pratiqué en groupe sous la direction d’un animateur expérimenté permettant à tout le monde et n’importe qui de pénétrer dans le monde de la Bible.

Imaginé aux États-Unis, il s’est développé en Allemagne il y a plus de 20 ans – cet ouvrage est traduit de l’allemand – et il naît désormais en France, surtout, pour le moment, dans les milieux protestants : la pasteure Laurence Hahn, qui est animatrice et formatrice de bibliologue le présente ici.

Ce livre fournit des explications très détaillées sur la manière de vivre un « bibliologue ». Il indique notamment que l’on peut le faire aussi bien toute l’assemblée d’un culte dominical qu’avec un groupe d’enfants ou de catéchumènes et même avec des participants ignorant tout de la Bible.

Uta-Patalong écrit :

« Ma joie et mon plaisir en pratiquant le bibliologue et en formant les gens à cette approche restent intacts. Il est fascinant et gratifiant pour moi de voir combien de personnes se laissent de nouveau ou pour la première fois enthousiasmer par la Bible grâce au bibliologue. »

L’idée fondamentale est de distinguer, puis de rapprocher, le « feu noir », souffle vivant du texte biblique écrit en noir sur les pages blanches de nos bibles et le « feu blanc », souffle vivant sortant de la bouche des participants et qui surgit entre les lignes du texte écrit.

L’animateur lit un passage de la Bible, puis s’arrête et demande aux participants d’imaginer les réactions – non écrites – des personnages mentionnés. L’animateur vient se tenir à côté de celui qui lève la main pour prendre la parole et répète son intervention avec ses propres mots afin que tout le monde en profite. Puis il continue de même avec la suite du texte.

Uta-Patalong, formée à la précision et la rigueur germanique, l’explique à plusieurs reprises dans son livre : 

« Je vais vous introduire dans une histoire biblique, vous en raconter le début et ensuite lire un extrait. Puis je vais en quelque sorte mettre l’histoire en pause et vous demander de vous identifier à un personnage de cette histoire. Je poserai alors une question à ce personnage. En tant que personnage biblique, vous pourrez répondre. Cela ne doit être ni long ni particulièrement fort. Faites-moi signe si vous souhaitez dire quelque chose. Je viendrai à vous et je répéterai vos paroles pour que tout le monde les entende. Peut-être vous poserai- je aussi une question supplémentaire. »

En voici des passages

La pratique du bibliologue

La préparation d’un bibliologue

Formuler la première question

Dans un bibliologue sur l’appel des premiers disciples (Mc 1.16-18). André ne peut être interrogé sur ce qu’il va faire en réponse à l’invitation de Jésus à le suivre et à devenir pêcheur d’hommes – car cela est raconté dons la phrase suivante. On peut toutefois lui demander : « André, cet étranger t’adresse la parole et te dit : « Suis-moi. » Quelle est ta première réaction ? » Étant donné que des réponses exprimant l’irritation et le rejet sont à prévoir (« Qu’est-ce que c’est que ça ? » « De quoi se mêle-t-il ? »), la prochaine question pourrait être : « André, quelle que soit ta première réaction, tu as finalement décidé de le suivre. Qu’est-ce qui t’a poussé à le faire ? » Cela permet à tous les André d’abord irrités de se sentir pris ou sérieux et leur donne également la chance de dépasser leur réaction initiale pour découvrir d’autres aspects, peut-être plus profonds : « Aussi étrange que cela soit, cet homme a une aura qui a un effet sur moi. » « Je suis maintenant curieux de savoir ce qu’il veut dire par « devenir pêcheur d’hommes » ».

Décider des autres scènes, rôles et questions

Pour un bibliologue sur l’appel des disciples Jean et Jacques (Mt 1.21-22 ; Mc 1.19-20), il importe de ne pas demander ou père comment il se sent après que ses fils ont suivi Jésus, le laissant seul avec les journaliers dons le bateau. Lui demander ce qu’il souhaite pour ses fils dans leur cheminement avec Jésus est cependant une bonne conclusion.

Les rôles dans le bibliologue

Rôles issus du « feu blanc »

De même, une amie de Marie et Marthe, qui a été témoin de la visite de Jésus chez les sœurs ou qui en a entendu parler plus tard, peut être interrogée ; ou encore la femme de Noé en Gn 1la mère du fils prodigue en Lc 15.11-32, ainsi que la femme du paralytique en Mc 2.1-12 (avant ou après sa guérison).

Les bases herméneutiques du bibliologue

Le bibliologue en tant que déconstruction des fonctions des genres

Dans Luc 8.1-3, il est raconté que des femmes suivaient Jésus à travers le pays. Après avoir été guéries par lui. Qu’est-ce qui retient ces femmes auprès de Jésus ? Qu’ont-elles abandonné pour cela, quel prix ont-elles payé ? Comment perçoivent-elles les disciples masculins, et Jésus lui-même ? Quelle relation s’établit entre elles ? Que signifie pour une femme de suivre Jésus à travers le pays ?

Le bibliologue dans différents champs d’activité

« Est-il fou ? Et ça dans le temple ! »
Le bibliologue dans les cours de religion

(Propos d’Ulrich Jung, pasteur, catéchète à l’école à Nuremberg)

Un bibliologue sur la purification du temple (Mc 11.15-11)

Dans le cadre d’une unité de cours sur la personne de Jésus de Nazareth, je souhaite faire mieux comprendre l’histoire de la purification du temple à des élèves de onze ou douze ans. Pour cela, je peux m’appuyer sur les connaissances déjà acquises de la structure et de la fonction du temple. Je formule brièvement l’objectif de la leçon et décris l’approche du bibliologue, puis vient une introduction en images avec une description animée du chemin vers le temple et de l’agitation sur le parvis.

Et puis, il se passe ceci (je lis Mc 11.15s) : « Ils arrivent à Jérusalem. Jésus entra dans le temple et commença à chasser ceux qui vendaient et achetaient dans le temple il renversa les tables des changeurs et les sièges des vendeurs de colombes et ne laissa personne transporter un objet à travers le temple. »

Tu es Joas, un homme qui était en train d’échanger son argent en monnaie du temple pour acheter des animaux à sacrifier. Joas, que penses-tu maintenant ? Que penses-tu de ce Jésus ?

Rapidement, l’indignation face au comportement de Jésus se fait entendre. « Est-il fou ? Comment vais-je maintenant acheter un animal pour un sacrifice digne ? » Les élèves expriment dans ce rôle leur incompréhension face au comportement de Jésus beaucoup plus ouvertement qu’ils ne le feraient en cours « normal », la provocation de son acte devient très claire.

[…]

Je continue à lire (Mc 11.17c) : « Mais vous, vous en avez fait une caverne de brigands. »

Tu es un changeur de monnaie dont la table était un peu à l’écart et qui a été épargné par le tumulte. Changeur de monnaie, tu as entendu chaque mot. Comprends-tu ce que cet homme vient faire ici ? Que penses-tu de lui ?

Les jeunes décrivent encore plus clairement les peurs déclenchées par l’action de Jésus et la provocation qu’elle représente.

[…]

Il apparaît que les jeunes ont pris conscience de la nature scandaleuse du comportement de Jésus. Le fait que quelqu’un se mette dans une telle colère dans un lieu religieux provoque une grande surprise. La violence de Jésus a également été perçue comme tout à fait nouvelle. De plus, les jeunes ont été frappés par le fait qu’il y avait du commerce dans l’« église ». Cela a même conduit, à ma grande surprise, à une discussion sur l’attitude actuelle de l’Église face à l’argent et aux biens. Par ailleurs, ils ont été impressionnés par la cohérence avec laquelle Jésus non seulement parlait, mais agissait également pour appuyer ses paroles. Son courage a été particulièrement souligné.

Cette leçon a montré qu’avec un bibliologue un texte biblique peut devenir beaucoup plus vivant qu’avec des méthodes traditionnelles. L’identification aux personnages laisse une impression beaucoup plus durable sur les élèves que les interprétations présentées par l’enseignant.

[…]

Les jeunes découvrent qu’ils sont pris au sérieux en tant qu’êtres humains avec leurs pensées et leurs propos, et qu’ils ont quelque chose à dire. L’effort de l’animateur, dans l’echoing, de réellement comprendre les propos permet de faire l’expérience d’être accepté : ici, quelqu’un s’intéresse vraiment à ce que je veux dire. 

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