A propos du supposé sacrifice de Jésus pour le pardon des péchés

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Quelle idée de Dieu avaient ces hommes pour inventer une pareille doctrine ! Un Dieu qui a besoin de faire souffrir et de mettre à mort un innocent pour pouvoir accorder son pardon aux hommes qui ne peuvent ne pas pécher car telle est leur nature. Le sentiment de culpabilité que les humains éprouvent devant Dieu est si puissant qu’ils ne reculent devant rien pour se rendre importants et se faire pardonner ! Le plus tragique de cette doctrine est qu’ils parviennent à leur fin en assassinant le propre Fils de Dieu ! Un péché plus énorme que celui de leur désobéissance originelle. Leur désir de toute-puissance se manifeste dans toute son ampleur. Nietzsche déclare à propos de cette doctrine : « Ah, comme tout à coup c’en fut fini de l’Evangile ! Le sacrifice expiatoire et cela sous la forme la plus répugnante, la plus barbare, le sacrifice de l’innocent pour la faute des pécheurs, quel paganisme épouvantable » (F. Nietzsche, L’Antéchrist).

Si on peut en trouver les prémices chez Paul avec la notion d’expiation (Rm 3, 21-26), elle ne figure absolument jamais dans la bouche de Jésus. Chez saint Augustin, elle prendra de l’importance, puis au XIe siècle avec la substitution vicaire d’Anselme de Cantorbéry et enfin chez certains réformateurs comme Luther et Calvin qui affirment que la colère de Dieu s’abat sur le Christ pour aboutir chez Bossuet et Bourdaloue au XVIIe siècle à une véritable dramatisation sadomasochiste de la doctrine avec la notion de justice vindicative du Dieu Père. « Oui, chrétiens, c’est Dieu lui-même et non point le conseil des juifs qui livre Jésus Christ… » La vindicte de Dieu est plus forte que sa miséricorde. « L’inexorable Loi saisissait sa victime. Un sang d’un prix immense apaise la fureur de Dieu […] Frappez maintenant, Seigneur, frappez : il est disposé à recevoir vos coups ; et sans considérer que c’est votre Christ, ne jetez plus les yeux sur lui que pour vous souvenir… qu’en l’immolant vous satisferez cette haine dont vous haïssez le péché » proclame le père Louis Bourdaloue dans un sermon.

Jésus n’est pas venu pour souffrir, mais pour annoncer le Règne de Dieu, un règne d’amour et de paix. Dieu n’a pas besoin de sang versé pour pardonner aux hommes. Le psychologue peut déceler dans le scénario du sacrifice de la substitution vicaire, que Dieu n’est pas seul à y trouver satisfaction, car elle permet à l’homme d’opérer une mise à mort de Dieu et ainsi d’assouvir sa haine de Dieu. La Passion doit être comprise autrement : Jésus est mort pour ses idées et pour ceux qu’il aimait, il meurt en fidèle, conséquence de son affrontement avec les puissances du mal et de son amour sans réserve pour les exclus. Ce n’est pas sa mort qui nous manifeste l’amour que Dieu a pour nous, mais comme John Cobb l’explique dans un article récent de ce site, c’est la fidélité au Dieu qui était le sien. Ce sont les hommes – les autorités religieuses et politiques de l’époque – qui ont voulu la mort de Jésus, et non pas Dieu.

C’est toujours gratuitement et sans préalables que Jésus fréquente les pécheurs et mange avec eux. C’est sans rien lui demander qu’il s’invite chez le publicain Zachée, il ne demande rien à la femme adultère pour la libérer de ceux qui l’accusent, il se laisse répandre le parfum de la pécheresse qui l’essuie de ses cheveux… etc. Comme l’écrivait fort justement Bruno Mori dans « Pour un christianisme sans religion, Karthala, 2021 », Jésus ne prononce jamais de paroles de pardon car c’est une façon subtile de mettre l’accent sur la faute. Le Dieu de Jésus aime et accueille de façon inconditionnelle car il est pure donation comme le disait Maurice Bellet (1923-2018).

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