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Spiritualité des images



 

Turner inspiré
à la lumière du Lorrain

 

 

« Turner inspired in the light of Claude »

 

Londres, National Gallery

 

jusqu’au 5 juin 2012

 

Gilles Castelnau

 

22 avril 2012

La splendide exposition de la National Gallery présente une cinquantaine de tableaux de William Turner (1775-1851) en les mettant en rapport avec une quinzaine de tableaux du Lorrain. Cette excellente initiative de la commissaire part de la remarque que lorsque William Turner (1775-1851), le prestigieux peintre romantique anglais a légué à la National Gallery et à la Tate Gallery de Londres un grand nombre de ses tableaux, il précisait que deux tableaux de Claude Gellée dit le Lorrain (et que les Anglais appellent Claude) devraient y demeurer toujours accrochés entre deux de ses propres tableaux. Cette volonté a été respectée et l’est aujourd’hui encore.

Voici ces 4 tableaux


Le Lorrain, Paysage avec les noces d’Isaac et de Rebecca » 1650


Turner, Lever de soleil à travers la vapeur, avant 1807

 

Le Lorrain, Port de mer et embarquement de la reine de Saba, 1648

 

Turner, Didon faisant construire Carthage, 1815

 

Turner a toujours, en effet, voulu représenter le soleil et sa lumière comme le Lorrain l’avait fait un siècle et demi avant lui.
C’est lorsqu’il avait 25 ans, en 1799 que le jeune Turner découvrit deux tableaux du Lorrain dont le Port de mer et embarquement de la reine de Saba qui appartenait alors au riche collectionneur londonien John Julius Angerstein :

« Alors qu’il était encore jeune (il avait 25 ans), Turner vint voir les tableaux d’Angerstein. Celui-ci entra dans la pièce alors que le jeune peintre regardait le « Port de mer » de Claude. Il trouva Turner dans tous ses états et en larmes, lui en demanda la raison et le pressa de lui répondre. Turner s’écria alors avec véhémence : « c’est que jamais je ne serai capable de peindre quelque chose de semblable ! »

Ce tableau est typique de la méthode du Lorrain, premier peintre au monde a avoir osé peindre le soleil : celui-ci est d’un jaune d’or très pâle et l’impression de lumière aveuglante est apportée par la légère brûme sur laquelle il se détache qui est d’un jaune moins clair ainsi que par la présence d’un mince nuage qui passe devant lui, très clair lui aussi. Les nuages présentent un côté éclairé et un côté sombre et les colonnes et recoins des deux grands bâtiments souligner eux aussi les contrastes entre la clarté et l’ombre, ainsi que les vagues de la mer. Mais surtout une longue ligne de lumière étrangement rectiligne traverse l’eau et conduit le regard jusqu’au soleil.

C’est exactement la technique que Turner adoptera un siècle et demi plus tard. L’atmosphère générale aura cependant changé : le siècle du Lorrain est celui de l’architecture classique, aux lignes droites et épurées. Les bâtiments à la perspective parfaite encadrent rigoureusmeent la scène et apportent une ambiance paisible et calme. Tout est à sa place et le monde est en ordre. Le Français du 17e siècle domine le cadre de sa vie.

Le paysage romantique de Turner ne se laisse pas encadrer ; les bâtiments ne sont pas alignés, leurs lignes ne sont pas nettes ; la nature est sauvage, le sol a en grande partie disparu, les personnages sont flous et leur activité indistincte. L’Anglais vivant dans un 19e siècle romantique se sent flotter dans la liberté d’un monde ondoyant.

 

Turner, Italie moderne, les pifferari, 1838

 

Ce tableau est plus tardif et manifeste l’évolution personnelle de Turner vers un monde de plus en plus vaporeux et fluide. La nature n’est plus vraiment représentée ; même les parties les plus proches du spectateur sont imprécises et indistinctes. Les couleurs où les jaunes et les bruns dominent sont sans doute plus symboliques que réalistes. Le grand ciel aux fins nuages qui s’étirent et leur reflet dans l’eau, la lumière baignant le paysage créent une atmosphère onirique. Le spectateur est renvoyé à lui-même et à sa méditation intérieure.

Celle-ci est d’ailleurs prolongée par l’intégration dans cet immense paysage onirique d’un petit groupe explicitement religieux : celui des « pifferari » représentés dans le coin en bas à gauche. C'étaient des musiciens des Abruzzes en Italie qui se rendaient au moment de Noël en pèlerinage à Rome pour atténuer les douleurs de l’accouchement de la Vierge Marie en jouant de leurs cornemuses. En représentant ces petits personnages et en les mentionnant explicitement dans le titre, Turner semble suggérer qu’une telle élévation pieuse s’harmonise parfaitement avec le mouvement de la nature telle que l’homme spirituel peut se la représenter.

 

Turner, Keelmen Heaving in Coals by Night, 1835

 

Le tableau placé en exergue « Keelmen Heaving in Coals by Night » représente des dockers chargeant sur des bateaux, à la lumière d’immenses torches, le charbon arrivé sur les barges de la rivière Tyne. La lune a pris la place du soleil au centre de la toile.

Ce n’est plus la religion qui élargit l’horizon de la pensée de Turner mais une réflexion sur le travail et la peine des hommes. Leur lumière rougeoyante et ses fumées noires font un contraste impressionnant et fantastique avec la pureté du ciel et ses reflets sur la mer.

En s’efforçant d’imiter la lumière et le soleil du Lorrain, Turner ne peut plus accepter sa vision de la France officielle et figée du 17e siècle. Il ne se contente pas non plus de regarder et de représenter la nature comme Corot et les impressionnistes le feront quelques décennies plus tard. Il peint la nature avec certainement une grande élévation de pensée en la représentant de manière floue et vague de sorte que le spectateur peut y voir ce qu’il porte lui-même dans son âme.

 

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