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L'Évangile
selon mademoiselle Marguerite

 

Transmis par Roger Parmentier

 

 

11 janvier 202

Mademoiselle Marguerite me demanda :

« Monsieur sait comment Jésus a donné à manger aux pauvres ? »

Je pris mon verre en faisant signe que je l'ignorais. Mademoiselle Marguerite attendit quelques secondes.

« Alors beaucoup d'hommes et de femmes ont suivi Jésus dans le désert, où il a fait un sermon, dit-elle à voix basse. J'entends tous les dimanches les sermons de M. le curé de Notre-Dame des Victoires, mais après l'homélie, il ne demande jamais aux pauvres s'ils ont faim et soif. Jésus l'a demandé. Pourquoi ? »

Je répondis après avoir entamé mon Bleu de Bresse :

« Le curé de Notre-Dame des Victoires n'a probablement pas les moyens de nourrir ceux qui ont faim ».

Mademoiselle Marguerite hocha la tête.

« Jésus était bien plus pauvre que M. le curé. "Ils mangeront tous avec nous", qu'il a dit.
Les disciples rouspétaient parce qu'ils n'avaient plus que cinq pains et sept poissons, et c'était leur dîner.
Jésus n'était pas content : Tous ces hommes et des femmes n'ont pas mangé depuis midi et il ne pouvait pas les renvoyer le ventre vide. Qu'est-ce qu'ils auraient pensé de lui ? »

.

 

Cette dialectique était subtile et rigoureuse et cependant pour mon goût un peu provocatrice.

« Si les disciples n'avaient que cinq pains et sept poissons, il était difficile de donner à manger à tant de monde », dis-je.

Mademoiselle Marguerite eut un sourire qui effaça ses rides. Les paupières mi-closes elle me lança un regard malicieux :

« Oui, oui, mais la boulangerie et la poissonnerie étaient toutes proches. Aussi proches que Monsieur l'est de moi ».

« Ils se trouvaient donc dans un village ? »

« Non, dans le désert où il n'y avait pas de magasin ni de bistro, rien que du sable. Monsieur sait comment Jésus a fait ? »

Je ne lui donnai aucune indication, ni dans un sens ni dans l'autre : j'attendis.
Sa main droite, qui n'avait que quatre doigts, avançait vers la corbeille où il ne restait que quelques morceaux de pain.

« Regardez, chuchota-t-elle. Jésus a pris un pain, comme moi ».

Elle leva les yeux vers le plafond peint en vert.

« Il a montré le pain à son Père et il a prié ; terrible comme il a prié ».

Je vidai mon verre et demandai brusquement :

« Je serais heureux de savoir ce que Jésus a dit afin de pouvoir devenir à la fois une boulangerie et une poissonnerie ! »

.

Mademoiselle Marguerite resta imperturbable.
D'un geste lent, elle posa le morceau de pain dans la corbeille et murmurant quelques mots incompréhensibles.

« Ce qu'il a dit ? voilà... il a dit : "Vous êtes mon Père et le Père de tout le monde. Alors vous savez que quand les pauvres ont faim, ça fait mal au coeur et mal au ventre" ».

Sa voix devint implorante.

« "Donnez-nous, s'il vous plait, du pain et du poisson pour que tout le monde mange bien. Que votre volonté soit faite et ils connaîtront votre miséricorde et votre amour" ».

Mademoiselle Marguerite se tut. Pendant quelques minutes elle sembla être isolée du reste du monde.
J'avais le sentiment d'être délaissé, livré à la solitude.
Comme réveillée en sursaut d'un sommeil profond, elle tourna son visage radieux vers moi.

« Alors, le morceau de pain est devenu deux morceaux de pain, puis encore un autre et il y en eut cent et deux cents et mille morceaux. Et les poissons de même. On a allumé un grand feu et les femmes ont fait frire des merlans, des soles, des sardines, de tout.
Il y avait tellement de pains et de poissons que les chiens et les chats se régalaient eux aussi. »

 

Lucien Farago
« Mademoiselle Marguerite »
CERF

 

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