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Durant la guerre d’Algérie,
des PROTESTANTS français
devant l’Appel des 121

 

Pour la justice et la paix
et contre les tortures
un pasteur
prend parti pour le droit à
l’insoumission

 

pasteur Roger Parmentier

Édition L’Harmattan

136 pages. 13,50 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

17 décembre 2008
En octobre 1960 dans l’effervescence politique et éthique que soulevait la guerre d’Algérie, les diverses exactions commises par l’armée et en particulier l’usage systématique de la torture, l’appel de Sartre, dit « Appel des 121 » comportait notamment la reconnaissance du droit à l’insoumission des militaires français en Algérie.
Ce petit livre publie notamment la lettre de Roger Parmentier annonçant à ses amis et connaissances qu’il avait signé l’Appel ainsi que leurs diverses réponses, positives ou négatives. En voici quelques pages.

 

L'APPEL DES 121

Déclaration sur le droit
à l'insoumission
dans la guerre d'Algérie

septembre 1960

Page 131
Un mouvement très important se développe en France, et il est nécessaire que l'opinion française et internationale en soit mieux informée, au moment où le nouveau tournant de la guerre d'Algérie doit nous conduire à voir, non à oublier, la profondeur de la crise qui s'est ouverte il y a six ans.

De plus en plus nombreux, des Français sont poursuivis, emprisonnés, condamnés, pour s'être refusés à participer à cette guerre ou pour être venus en aide aux combattants algériens. Dénaturées par leurs adversaires, mais aussi édulcorées par ceux-là mêmes qui auraient le devoir de les défendre, leurs raisons restent généralement incomprises. Il est pourtant insuffisant de dire que cette résistance aux pouvoirs publics est respectable. Protestation d'hommes atteints dans leur honneur et dans la juste idée qu'ils se font de la vérité, elle a une signification qui dépasse les circons­tances dans lesquelles elle s'est affirmée et qu'il importe de ressaisir, quelle que soit l'issue des événements.

Pour les Algériens, la lutte, poursuivie, soit par des moyens militaires, soit par des moyens diplomatiques, ne comporte aucune équivoque. C'est une guerre d'indépendance natio­nale. Mais, pour les Français, quelle en est la nature ? Ce n'est pas une guerre étrangère. Jamais le territoire de la France n'a été menacé. Il y a plus : elle est menée contre des hommes que l'État affecte de considérer comme français, mais qui, eux, luttent précisément pour cesser de l'être. Il ne suffirait même pas de dire qu'il s'agit d'une guerre de conquête, guerre impérialiste, accompagnée par surcroît de racisme. Il y a de cela dans toute guerre, et l'équivoque persiste.

En fait, par une décision qui constituait un abus fondamental, l'État a d'abord mobilisé des classes entières de citoyens à seule fin d'accomplir ce qu'il désignait lui-même comme une besogne de police contre une population opprimée, laquelle ne s'est révoltée que par un souci de dignité élémentaire, puisqu'elle exige d'être enfin reconnue comme communauté indépendante.

Ni guerre de conquête, ni guerre de « défense nationale », ni guerre civile, la guerre d'Algérie est peu à peu devenue une action propre à l'armée et à une caste qui refusent de céder devant un soulèvement dont même le pouvoir civil, se rendant compte de l'effondrement général des empires coloniaux, semble prêt à reconnaître le sens. C'est, aujourd'hui, principalement la volonté de l'armée qui entretient ce combat criminel et absurde, et cette armée, par le rôle politique que plusieurs de ses hauts représentants lui font jouer, agissant parfois ouvertement et violemment en dehors de toute légalité, trahissant les fins que l'ensemble du pays lui confie, compromet et risque de pervertir la nation même, en forçant les citoyens sous ses ordres à se faire les complices d'une action factieuse et avilissante. Faut-il rappeler que, quinze ans après la destruction de l'ordre hitlérien, le militarisme français, par suite des exigences d'une telle guerre, est parvenu à restaurer la torture et à en faire à nouveau comme une institution en Europe ?

C'est dans ces conditions que beaucoup de Français en sont venus à remettre en cause le sens de valeurs et d'obligations traditionnelles. Qu'est-ce que le civisme, lorsque, dans certaines circonstances, il devient soumission honteuse ? N'y a-t-il pas des cas où le refus est un devoir sacré, où la « trahison » signifie le respect courageux du vrai ? Et lorsque, par la volonté de ceux qui l'utilisent comme instrument de domination raciste ou idéologique, l'armée s'affirme en état de révolte ouverte ou latente contre les institutions démocratiques, la révolte contre l'armée ne prend-elle pas un sens nouveau ?

Le cas de conscience s'est trouvé posé dès le début de la guerre. Celle-ci se prolongeant, il est normal que ce cas de conscience se soit résolu concrètement par des actes toujours plus nombreux d'insoumission, de désertion, aussi bien que de protection et d'aide aux combattants algériens. Mouvements libres qui se sont développés en marge de tous les partis officiels, sans leur aide et, à la fin, malgré leur désaveu. Encore une fois, en dehors des cadres et des mots d'ordre préétablis, une résistance est née, par une prise de conscience spontanée, cherchant et inventant des formes d'action et des moyens de lutte en rapport avec une situation nouvelle dont les groupements politiques et les journaux d'opinion se sont entendus, soit par inertie ou timidité doctrinale, soit par préjugés nationalistes ou moraux, à ne pas reconnaître le sens et les exigences véritables.

Les soussignés, considérant que chacun doit se prononcer sur des actes qu'il est désormais impossible de présenter comme des faits divers de l'aventure individuelle, considérant qu'eux-mêmes, à leur place et selon leurs moyens, ont le devoir d'intervenir, non pas pour donner des conseils aux hommes qui ont à se décider personnellement face à des problèmes aussi graves, mais pour demander à ceux qui les jugent de ne pas se laisser prendre à l'équivoque des mots et des valeurs, déclarent :

Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. 

Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d’apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français.

La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres.

.



Pourquoi j'ai signé le manifeste des 121

Théodore Monod

 

page 17
Bien que fonctionnaire, je persiste, à tort ou à raison, à me considérer comme un homme libre, D'ailleurs, si j'ai vendu à l'État une certaine part de mon activité cérébrale, je ne lui ai livré ni mon cœur ni mon âme. Si puissant soit-il, César s'arrête au seuil du sanctuaire, où règne un beaucoup plus grand que lui, et auquel l'Écriture nous prescrit d'obéir plutôt qu'aux hommes ...

À dire vrai, ce n'est pas à la question du refus de participer à une guerre inique que j'ai, en signant le manifeste des 121, attaché le plus d'importance : il s'agissait de cela, bien sûr, et il était salutaire que les puissants du jour - et d'un jour - se vissent rappeler que, si le Pouvoir veut être respecté, il lui faut, d'abord, se montrer respectable. Je voyais dans le document global une expression nouvelle, très forte et très nécessaire, de l'indignation, de la honte et de la douleur dont nos coeurs, désormais, débordent.

Il y en a trop... On n'en peut plus... Et s'il ne nous reste que nos cris et nos larmes, eh bien, qu'on crie, et qu'on pleure un bon coup : cela soulagera, et puis, qui sait si ce spectacle inaccoutumé d 'hommes respectables sortant de leur paisible retraite pour s'offrir à la réprobation des bien-pensants et, certains, aux persécutions, ne sera pas capable de réveiller, sous la cendre, des consciences assoupies et rassurées, l'étincelle qui va ranimer la flamme ?

Et pourquoi hésiterait-on à crier sa révolte ? Un gouvernement qui couvre systématiquement les tortionnaires - quand il ne les récompense pas par des décorations et des galons - est un gouvernement qui se déshonore et a perdu par là même le pouvoir d'exiger l'approbation de nos consciences.

Si les larmes d'un enfant sont plus précieuses que tout l'or du monde, qu'eût dit Dostoïevski de la fillette rendue folle par le bombardement français - et chrétien - des environs de Souk Ahras, et qui vit, depuis, attachée à un piquet comme une bête ? Lequel de nos seigneurs et maîtres lui rendra ses larmes et sa raison ?

On commence par mépriser, et puis, un beau jour, on tue, enfants compris pour faire bonne mesure, avec une parfaite bonne conscience et la patriotique certitude d'avoir louablement travaillé pour l'Occident et, pour un peu, pour le christianisme... Car ce n'est pas là une plaisanterie : ils en sont là... et sont prêts à prêcher la croisade, au napalm. Et l'on voudrait obtenir, au besoin imposer, voire acheter, notre silence ? De qui se moque-t-on ?

J'ai donc signé le fameux manifeste, non sans avoir d'ailleurs au préalable suggéré quelques modifications de détail, dont il n'a pas pu être tenu compte. Je faisais remarquer, par exemple, qu'il était inexact d'affirmer que c'est l'armée qui a inventé la torture en Algérie. Cette honteuse priorité revient, indubitablement, à la police et l'on n'a pas oublié la question fameuse : « Y a t-il une Gestapo française en Algérie ? » qui n'a jamais reçu, et pour cause, de démenti officiel.

Il s'agissait, avant tout, non pas tant d'insister sur tel ou t aspect de la résistance à la guerre d'Algérie que d' appuyer une tentative qui pourrait, pour beaucoup d'esprits et de consciences, constituer une chose salutaire et l'occasion - enfin - d'un réveil.

En 1767, le prince de Beauvau, coupable, aux yeux du roi d'avoir manifesté une indignation exagérée devant l'injustice faite aux prisonnières de la tour de Constance, est menacé par le ministre de se voir révoqué de ses fonction de gouverneur du Languedoc. Mais le fonctionnaire était un homme et un homme libre. Aussi sa réponse fut-elle que « le roi était maître de lui ôter le commandement que Sa Majesté avait bien voulu lui confier ; mais non de l'empêcher d'en remplir les devoirs selon sa conscience et son honneur ».

Ces mots de conscience et d'honneur ont-ils rien perdu cent quatre-vingt-treize ans plus tard, de leur actualité, de leur force et de leur signification, quand d'autres ministre s'emploient à réprimer d'autres révoltes du cœur et de l'esprit ?

 

.

 

Lettre circulaire

 

Roger Parmentier

pasteur de l'Église Réformée

1 avenue Louis Lacombe

RODEZ - Aveyron

page 27

Chers amis,

Il m'a semblé que je devais vous faire part de l'adhésion que je viens de donner à la Déclaration dite « des 121 » sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie.

Je n'ignore pas que les sanctions prévues par la loi en pareil cas viennent d'être renforcées en conseil des ministres et que certaines commencent à être appliquées

Ces mesures de représailles ont d'ailleurs contribué à me décider, ayant hésité à prendre position de façon analogue jusqu'ici, car il m'était pénible d'encourager des jeunes dans cette voie, alors que les adultes couraient bien moins de risques.

Je n'entends pas approuver les excès du nationalisme algérien poussé à bout par notre faute, ni approuver de façon inconditionnelle toutes les formes « d'aide » aux Algériens opprimés.

Mais je crois que nous ne pourrons contribuer un jour à les délivrer de l'idolâtrie nationaliste que dans la mesure où nous aurons commencé par rejeter la nôtre. Je crois que nous n'avons pas de devoir plus urgent que de lutter contre la poursuite d'une guerre aussi injuste et aussi sauvage qui entraîne trop de souffrances des deux côtés de la Méditerranée, détourne les peuples des vraies valeurs de l'Occident et démoralise gravement notre pays et sa jeunesse.

Je suis assuré que ce refus de soutenir les entreprises du militarisme français ne peut que nous contraindre à lutter contre toutes les autres formes d'oppression, mais en commençant toujours par celles dont nous sommes coupables nous-mêmes.

Ma foi n'est pas étrangère à la décision que j'ai prise. Je crois m'inspirer des recommandations de Karl Barth dans sa Dogmatique utilement résumées par le pasteur JP. Meyer dans Réforme du 17 septembre 1960.

La place centrale qu'il accorde à la sauvegarde de l'indépendance d'un peuple comme critère d'une guerre juste ou injuste, son refus de tout militarisme de principe, sa conviction que la décision doit être prise sans considération du succès ou de l'insuccès de l'entreprise, mais doit être un refus exceptionnel, parfaitement punissable ; sa certitude cependant que l'individu peut être appelé à prendre « dans certaines situations et de par ses relations avec "Dieu" des mesures qui contredisent et même combattent tout à fait consciemment et en sa qualité de citoyen fidèle, les jugements et les décisions du gouvernement ou de la majorité », tout cela m'a aidé à me décider ainsi. J'espère que d'autres membres de l'Église accepteront de me dire ce qu'ils en pensent, afin de continuer à rechercher ensemble ce que le Seigneur attend de nous. Vos conseils et votre prière me seront précieux.

Demeurant proche de vous à tous égards, je vous assure de mes sentiments respectueux et fraternels.

 

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Les 29 réponses

Lettre de sa mère, Laure Parmentier-Peloux

infirmière, assistante sociale, créatrice de dispensaires en Algérie

son frère de vingt ans, Roger Peloux, fils du pasteur Auguste Peloux, a été tué au front durant les premiers jours de la guerre en 1914. Et son mari, Alphonse Parmentier, grièvement blessé à plusieurs reprises, « gueule cassée ».

 

Page 87

Mon cher enfant,

J'ai attendu aujourd'hui pour répondre à ta lettre, je voulais laisser passer le chagrin qu'elle me fait et que tu devines. Il est triste à a fin de sa vie de voir ses enfants s'éloigner de vous, de vos pensées, de vos opinions, de tout ce que vous avez toujours considéré comme l'honneur le plus strict.

Je veux croire que tu as été entraîné par cette vague de snobisme intellectuel dont les jeunes font étalage en ce moment, mais il ne me paraît pas possible que tu hésites devant certaines élucubrations. J'ai lu l'autre jour un article de Sartre et la réponse de Thierry Maulnier et je t' assure qu'il n'y avait pour moi aucune hésitation.

Je comprendrais encore ton attitude si après 10 ans d'Algérie tu avais gardé des amis dans le monde musulman, si tu avais gardé une amitié profonde pour Ferhat Abbas qui fut presque ton voisin pendant plusieurs années, si tu avais gardé une admiration très grande pour le bien qu'ils faisaient autour d'eux, pour leur lutte contre la misère, le froid, la maladie qui nous serraient le cœur et que l'on rencontrait à chaque pas. A part quelques bonnes sœurs, quelques œuvres privées et quelques missionnaires anglaises ou payées par les missions anglaises, que faisaient les chrétiens pour les arabes pendant les vingt dernières années qui ont précédées ce qu'on appelle la guerre d'Algérie ? Et maintenant que ce conflit devrait être réglé en famille entre Français et par l'autodétermination on va envenimer les choses et en faire un champ de bataille russo-américain.

En commençant cette lettre je m'étais promis de ne rien te dire, mais je me laisse entraîner - pourtant tu es un homme, tu peux penser et réfléchir et tu n'es plus à 1'âge où tes amis t'entraînaient d'un côté ou de l'autre, pour moi tu es toujours mon fils et je te garde la même tendresse, mais il y a des choses que je ne comprends pas.

Ton départ d'Algérie au moment où tu aurais dû tout faire pour y rester - et maintenant cette signature compréhensible au besoin pour des gens qui ne connaissent pas l'Algérie, mais toi, mon chéri, qui la connais, qui connais l'Armée, qui connais de ses chefs, qui sais l'amour des Arabes pour les Français, je ne comprends pas ?

Je ne crois pas non plus qu'un ministère Pastoral puisse sortir grandi d'une prise de position politique et je ne parle pas des ennuis que tu peux avoir à un moment ou Annette aurait besoin de calme et de quiétude...

 


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