Théologie
radicale
Spong a-t-il raison ou
tort ?
Spong:
Right or Wrong?
Greg
Spearritt
Brisbane, Australie
.
Il a raison sur plusieurs points
1
24 février 2004
Son approche est bonne. On voit parfois
dans nos locaux de paroisse une publicité pour les « cours
Alpha » : « Ce cours est une occasion
pour chacun de s'interroger sur le sens de la vie et de
découvrir la foi chrétienne », ce qui serait, en effet, bien nécessaire.
Mais il ne s'agit que d'une publicité mensongère car
Alpha ne s'intéresse pas aux questions et ne les écoute
que pour leur fournir des réponses préalablement
préparées.
Spong dit que le christianisme orthodoxe
est devenu un corset de fer et c'est
assez vrai. Nous en prenons conscience dans le réseau de « Sea of
Faith » en pratiquant la
libre réflexion, devenue si rare dans les paroisses. Et on
sait que l'orthodoxie doctrinale d'aujourd'hui n'était pas
forcément autrefois le point de vue le plus « juste », mais celui du plus fort. Souvenons-nous
qu'« hérésie » signifie en grec « libre choix » et réjouissons-nous de vivre une
époque où la réflexion est libre.
La lecture de la Vie
de l'empereur Constantin d'Eusèbe, ouvre les yeux de ceux qui croyaient que le symbole
de Nicée était l'oeuvre du saint Esprit. Eusèbe
rapporte qu'après que Constantin eut restauré
l'unité de l'Église en menaçant les « hérétiques » ou en les achetant,
l'empereur commanda l'occupation
des lieux de refuge des hérétiques et l'expulsion des
bêtes sauvages qui y avaient leur repaire (je parle des
responsables des doctrines impies) et l'emprisonnement de ceux qui
possédaient des écrits interdits, preuves de leur
perversité. Pour sauver leur vie, certains
cédèrent aux menaces de l'empereur, reconnurent avoir
été abusés et se réunirent
discrètement à l'Église. chapitre 21
Eusèbe
poursuit :
C'est ainsi que fut
restaurée l'harmonieuse unité qui est celle de
l'Église catholique, qui brilla à nouveau de tout son
lustre, préservée, comme il convient de toute
déviation et de tout hérétique. Le mérite
de cette belle oeuvre en revient à notre empereur, béni
du Ciel, plus que quiconque avant lui. chapitre 21
Mais je voudrais citer une autre voix qui
me plait davantage :
L'hérésie,
à mes yeux, est sacrée. Elle est l'inattendue mutation
génétique qui permet le développement de la vie.
L'hérésie est la source des couleurs et des formes, des
peines et des joies du monde. Je suis l'ennemi de tous ceux qui
s'efforcent de la réduire.
Robert Dessaix, Night
Letters
2
J'approuve Spong lorsqu'il dit
que la doctrine chrétienne et
les pratiques ecclésiastiques sont démodées, et
perdent tout sens. La naissance virginale du Christ s'explique par la
conception que l'on avait à l'époque, des rôles
respectifs de l'homme et de la femme dans la conception des enfants.
On croyait que les organes féminins étant le simple
réceptacle du sperme masculin qui, seul, constituait l'enfant.
On croyait aussi que le péché était sexuellement
transmissible.
Aujourd'hui où l'on poursuit normalement sa vie quotidienne
sans prévoir d'intervention particulière de Dieu, on ne
peut plus se représenter Dieu comme un organisateur surnaturel
de miracles.
Le pasteur anglican Scott
Cowdel (principal de l'École
de théologie Saint-Barnabas, Adélaïde, Australie),
vient de publier « A God
For This World » (Un Dieu
pour ce monde). Il nous y invite à reconnaître que
l'image de Dieu que nous valorisons instinctivement et à
laquelle nous nous attachons trop fréquemment est tellement
peu crédible qu'elle ne peut qu'entraîner le scepticisme
de nos contemporains. Un potentat distributeur de miracles, qui vous
trouve un stationnement aux heures de pointe, qui stupéfie les
médecins en guérissant une leucémie (de tels
récits courent partout) et qui pourtant, dans sa sagesse,
permet les souffrances que la télévision nous montre
quotidiennement est une image qui fait sourire même les enfants
du catéchisme !
Les prières aussi font
problèmes, requêtes et
supplications dans nos églises, humblement, à genoux,
yeux fermés, tête inclinée, adressées
à ce potentat comme Robin des Bois devant le roi revenu !
A ce propos, moi qui suis prêtre anglican, j'ai prié
tous les dimanches pour les évêques anglicans, les
diocèses et les paroisses de la Communion anglicane, mais les
textes ne mentionnaient jamais les paroisses catholiques, baptistes
ou réformées, ni même, Dieu me pardonne, les
bouddhistes et les musulmans : leurs noms ne sont pas
prononcés dans nos églises !
Il y a aussi la question de la
moralité de l'enseignement chrétien
actuel, que le théologien
anglais Don
Cupitt juge
sévèrement et pense même être parfois
nocif. Don Cupitt est d'accord avec Spong pour parler de « banqueroute
morale » : machisme,
main mise des prêtre sur le pardon, hypocrite invitation des
homosexuels à la continence, pression morale produite par la
promesse du paradis et la menace de l'enfer, invocation du soutien de
Dieu pendant la guerre, promesse de guérisons miraculeuses
pour les fidèles ; un Dieu qu'il faut apaiser, qui aime
être flatté et qui demande un sacrifice sanglant comme
prix de son salut...
Spong a raison, tout ceci n'est pas crédible et a un
côté parfaitement déplaisant.
3
Spong a une approche de l'Écriture
très juste. Il ne voit pas en
la Bible un ensemble d'affirmations « révélées une fois pour toutes aux
saints ». Les
évangiles, dit-il, ne sont pas des « histoires
vraies », « saintes » et « exactes ». Ce sont de magnifiques portraits qui orientent nos
esprits vers la réalité sainte. Mais la Bible n'est
certainement pas un manuel de bonne vie.
4
Spong a raison de souligner le facteur
humain à la base la religion.
C'est l'humanité qui fonde l'éthique et non une loi
révélée du ciel de toute éternité.
Certes, on peut s'interroger sur la valeur humaniste d'une
éthique qui ne serait pas guidée par les lois de Dieu.
L'optimisme humaniste est peut-être naïf, cruellement
contredit par l'horreur des deux Guerres mondiales, les massacres du
Rwanda etc, tant il est vrai que la pureté des intentions
n'éloigne pas du mal.
Pourtant il se fait autant de mal et même davantage, lorsque
Dieu lui-même est censé diriger pensées et
actions.
Je suis de ceux qui
proposent, comme Bonhoeffer il y a
un demi-siècle, l'humanisme chrétien qui consiste
à vivre devant Dieu comme s'il n'y avait pas de Dieu.
John Spong avait raison de dire que demain l'Église sera moins
autoritaire, plus égalitaire, moins sur la défensive,
davantage libérée de ses anciennes traditions et plus
ouverte à la créativité des
fidèles.
5
Spong a raison de critiquer la
pauvreté de la réflexion théologique
actuelle, l'insuffisance de son
vocabulaire et de ses expressions, auxquels une importance
démesurée semble pourtant attachée. Il reprend
à son compte une phrase de Clifford L. Stanley : « tuons tous les dieux que
nous rencontrons ».
Il faut résister à la
tentation d'idolâtrer les
anciennes formulations. Il est absolument indispensable de trouver un
nouveau vocabulaire pour exprimer credo, doctrines et pratiques
religieuses. C'est, d'ailleurs ce à quoi s'emploie Sea of Faith.
.
Je lui donne tort sur
trois points
1
Sa conception de Dieu. Il dit rejeter le Dieu du théisme, ne pas chercher Dieu à l'extérieur
mais « dans les profondeurs
de l'homme ». Dieu
« en nous, derrière
nous, devant nous, à côté de
nous » saint Patrick. Dieu dans le tissu même de la vie. Non pas un
être personnel mais une rencontre dans l'être personnel
de toute la création. Spong dit, comme Tillich : « Dieu est le Fondement de
l'être ».
Mais je ne trouve pas que
Spong rejette aussi radicalement le
théisme qu'il le dit. Il est « pan-en-théiste » ce qui
n'est, au fond, qu'une variante du théisme. Cela ne me semble
pas aller assez loin. Je préfère, comme Don Cupitt,
parler de Dieu en termes de « non-réalisme »,
l'envisager comme le symbole de nos valeurs les plus sacrées.
Dieu est un idéal, un concept intégrant toutes nos
expériences plus qu'un être réel se
présentant à notre expérience.
Une conséquence de mon
désaccord avec Spong est que
je ne partage pas sa croyance en une vie après la mort.
J'approuve comme lui nos contemporains qui se focalisent sur la vie
terrestre et je trouve même cette attitude excellente,
comparée au manque d'intérêt à
l'égard du monde qu'a montré le christianisme dans les
générations passées. Mais l'idée d'une
existence personnelle au-delà de la tombe me semble de plus en
plus bizarre au fur et à mesure que je prends de
l'âge.
2
Je diffère aussi du bon
évêque lorsqu'il dit
que les bouddhistes « croient tout à fait en Dieu, ont la conscience de
Dieu, mais non pas à la manière
théiste ». Il ne
lui paraît pas suffisant de dire que bien des bouddhistes sont
profondément religieux et mènent une vie riche et
morale, il croit devoir recourir à des catégories
chrétiennes pour définire une spiritualité qui
ne l'est pas. Pourtant bien des bouddhistes, notamment ceux du Theravada n'accepteraient pas de dire qu'ils « croient en
Dieu ». Prétendre
que seul un regard occidental et chrétien peut comprendre
vraiment le bouddhisme, est certainement une forme subtile
d'impérialiste.
3
Tout en respectant son idée de
réforme du christianisme, je
ne suis pas d'accord avec Spong pour dire qu'il suffirait de
remplacer les dogmes faux et moralement douteux du christianisme par
des affirmations justes et moralement édifiantes.
Ce qu'il faut, c'est nous dispenser de
tout dogme, de toute doctrine et ne
plus prétendre que nous sommes ou devrions tous être
unis dans la même croyance. Nous centrer sur les valeurs que
nous avons, en fait, en commun : la grâce, l'amour et la
fraternité qui fondent toutes les communautés
spirituelles d'hommes de bonne volonté.
C'est d'ailleurs ce qui se produit
déjà : personne
ne va à l'église pour y chercher des dogmes. Spong
devrait s'intéresser davantage à ce qui se passe dans
la vie communautaire, car c'est elle qui est sacrée, bien plus
que sa métaphysique.
Traduction Gilles
Castelnau
voir aussi
Greg
Spearitt : Miracles
John Spong
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