Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Théologie radicale

 

Sea of Faith Australie

 

Spong a-t-il raison ou tort ?

 

 

Spong: Right or Wrong?

 

 

Greg Spearritt

Brisbane, Australie

.

 

Il a raison sur plusieurs points

 

1

24 février 2004

Son approche est bonne
.
On voit parfois dans nos locaux de paroisse une publicité pour les « cours Alpha » : « Ce cours est une occasion pour chacun de s'interroger sur le sens de la vie et de découvrir la foi chrétienne », ce qui serait, en effet, bien nécessaire. Mais il ne s'agit que d'une publicité mensongère car Alpha ne s'intéresse pas aux questions et ne les écoute que pour leur fournir des réponses préalablement préparées.

Spong dit que le christianisme orthodoxe est devenu un corset de fer et c'est assez vrai. Nous en prenons conscience dans le réseau de « Sea of Faith » en pratiquant la libre réflexion, devenue si rare dans les paroisses. Et on sait que l'orthodoxie doctrinale d'aujourd'hui n'était pas forcément autrefois le point de vue le plus « juste », mais celui du plus fort. Souvenons-nous qu'« hérésie » signifie en grec « libre choix » et réjouissons-nous de vivre une époque où la réflexion est libre.

La lecture de la Vie de l'empereur Constantin d'Eusèbe, ouvre les yeux de ceux qui croyaient que le symbole de Nicée était l'oeuvre du saint Esprit. Eusèbe rapporte qu'après que Constantin eut restauré l'unité de l'Église en menaçant les « hérétiques » ou en les achetant,

l'empereur commanda l'occupation des lieux de refuge des hérétiques et l'expulsion des bêtes sauvages qui y avaient leur repaire (je parle des responsables des doctrines impies) et l'emprisonnement de ceux qui possédaient des écrits interdits, preuves de leur perversité. Pour sauver leur vie, certains cédèrent aux menaces de l'empereur, reconnurent avoir été abusés et se réunirent discrètement à l'Église. chapitre 21

Eusèbe poursuit :

C'est ainsi que fut restaurée l'harmonieuse unité qui est celle de l'Église catholique, qui brilla à nouveau de tout son lustre, préservée, comme il convient de toute déviation et de tout hérétique. Le mérite de cette belle oeuvre en revient à notre empereur, béni du Ciel, plus que quiconque avant lui. chapitre 21

Mais je voudrais citer une autre voix qui me plait davantage :

L'hérésie, à mes yeux, est sacrée. Elle est l'inattendue mutation génétique qui permet le développement de la vie. L'hérésie est la source des couleurs et des formes, des peines et des joies du monde. Je suis l'ennemi de tous ceux qui s'efforcent de la réduire. Robert Dessaix, Night Letters

 

 

 

2

 

J'approuve Spong lorsqu'il dit que la doctrine chrétienne et les pratiques ecclésiastiques sont démodées, et perdent tout sens. La naissance virginale du Christ s'explique par la conception que l'on avait à l'époque, des rôles respectifs de l'homme et de la femme dans la conception des enfants. On croyait que les organes féminins étant le simple réceptacle du sperme masculin qui, seul, constituait l'enfant. On croyait aussi que le péché était sexuellement transmissible.
Aujourd'hui où l'on poursuit normalement sa vie quotidienne sans prévoir d'intervention particulière de Dieu, on ne peut plus se représenter Dieu comme un organisateur surnaturel de miracles.

Le pasteur anglican Scott Cowdel (principal de l'École de théologie Saint-Barnabas, Adélaïde, Australie), vient de publier « A God For This World » (Un Dieu pour ce monde). Il nous y invite à reconnaître que l'image de Dieu que nous valorisons instinctivement et à laquelle nous nous attachons trop fréquemment est tellement peu crédible qu'elle ne peut qu'entraîner le scepticisme de nos contemporains. Un potentat distributeur de miracles, qui vous trouve un stationnement aux heures de pointe, qui stupéfie les médecins en guérissant une leucémie (de tels récits courent partout) et qui pourtant, dans sa sagesse, permet les souffrances que la télévision nous montre quotidiennement est une image qui fait sourire même les enfants du catéchisme !

Les prières aussi font problèmes, requêtes et supplications dans nos églises, humblement, à genoux, yeux fermés, tête inclinée, adressées à ce potentat comme Robin des Bois devant le roi revenu ! A ce propos, moi qui suis prêtre anglican, j'ai prié tous les dimanches pour les évêques anglicans, les diocèses et les paroisses de la Communion anglicane, mais les textes ne mentionnaient jamais les paroisses catholiques, baptistes ou réformées, ni même, Dieu me pardonne, les bouddhistes et les musulmans : leurs noms ne sont pas prononcés dans nos églises !

Il y a aussi la question de la moralité de l'enseignement chrétien actuel, que le théologien anglais Don Cupitt juge sévèrement et pense même être parfois nocif. Don Cupitt est d'accord avec Spong pour parler de « banqueroute morale » : machisme, main mise des prêtre sur le pardon, hypocrite invitation des homosexuels à la continence, pression morale produite par la promesse du paradis et la menace de l'enfer, invocation du soutien de Dieu pendant la guerre, promesse de guérisons miraculeuses pour les fidèles ; un Dieu qu'il faut apaiser, qui aime être flatté et qui demande un sacrifice sanglant comme prix de son salut...

Spong a raison, tout ceci n'est pas crédible et a un côté parfaitement déplaisant.

 

 

3

 

Spong a une approche de l'Écriture très juste. Il ne voit pas en la Bible un ensemble d'affirmations « révélées une fois pour toutes aux saints ». Les évangiles, dit-il, ne sont pas des « histoires vraies », « saintes » et « exactes ». Ce sont de magnifiques portraits qui orientent nos esprits vers la réalité sainte. Mais la Bible n'est certainement pas un manuel de bonne vie.

 

 

4

 

Spong a raison de souligner le facteur humain à la base la religion. C'est l'humanité qui fonde l'éthique et non une loi révélée du ciel de toute éternité. Certes, on peut s'interroger sur la valeur humaniste d'une éthique qui ne serait pas guidée par les lois de Dieu. L'optimisme humaniste est peut-être naïf, cruellement contredit par l'horreur des deux Guerres mondiales, les massacres du Rwanda etc, tant il est vrai que la pureté des intentions n'éloigne pas du mal.
Pourtant il se fait autant de mal et même davantage, lorsque Dieu lui-même est censé diriger pensées et actions.

Je suis de ceux qui proposent, comme Bonhoeffer il y a un demi-siècle, l'humanisme chrétien qui consiste à vivre devant Dieu comme s'il n'y avait pas de Dieu.
John Spong avait raison de dire que demain l'Église sera moins autoritaire, plus égalitaire, moins sur la défensive, davantage libérée de ses anciennes traditions et plus ouverte à la créativité des fidèles.

 

 

5

 

Spong a raison de critiquer la pauvreté de la réflexion théologique actuelle, l'insuffisance de son vocabulaire et de ses expressions, auxquels une importance démesurée semble pourtant attachée. Il reprend à son compte une phrase de Clifford L. Stanley : « tuons tous les dieux que nous rencontrons ».

Il faut résister à la tentation d'idolâtrer les anciennes formulations. Il est absolument indispensable de trouver un nouveau vocabulaire pour exprimer credo, doctrines et pratiques religieuses. C'est, d'ailleurs ce à quoi s'emploie Sea of Faith.

 

.

 

Je lui donne tort sur trois points

 

1

Sa conception de Dieu. Il dit rejeter le Dieu du théisme, ne pas chercher Dieu à l'extérieur mais « dans les profondeurs de l'homme ». Dieu « en nous, derrière nous, devant nous, à côté de nous » saint Patrick. Dieu dans le tissu même de la vie. Non pas un être personnel mais une rencontre dans l'être personnel de toute la création. Spong dit, comme Tillich : « Dieu est le Fondement de l'être ».

Mais je ne trouve pas que Spong rejette aussi radicalement le théisme qu'il le dit. Il est « pan-en-théiste » ce qui n'est, au fond, qu'une variante du théisme. Cela ne me semble pas aller assez loin. Je préfère, comme Don Cupitt, parler de Dieu en termes de « non-réalisme », l'envisager comme le symbole de nos valeurs les plus sacrées. Dieu est un idéal, un concept intégrant toutes nos expériences plus qu'un être réel se présentant à notre expérience.

Une conséquence de mon désaccord avec Spong est que je ne partage pas sa croyance en une vie après la mort. J'approuve comme lui nos contemporains qui se focalisent sur la vie terrestre et je trouve même cette attitude excellente, comparée au manque d'intérêt à l'égard du monde qu'a montré le christianisme dans les générations passées. Mais l'idée d'une existence personnelle au-delà de la tombe me semble de plus en plus bizarre au fur et à mesure que je prends de l'âge.

 

 

2

 

Je diffère aussi du bon évêque lorsqu'il dit que les bouddhistes « croient tout à fait en Dieu, ont la conscience de Dieu, mais non pas à la manière théiste ». Il ne lui paraît pas suffisant de dire que bien des bouddhistes sont profondément religieux et mènent une vie riche et morale, il croit devoir recourir à des catégories chrétiennes pour définire une spiritualité qui ne l'est pas. Pourtant bien des bouddhistes, notamment ceux du Theravada n'accepteraient pas de dire qu'ils « croient en Dieu ». Prétendre que seul un regard occidental et chrétien peut comprendre vraiment le bouddhisme, est certainement une forme subtile d'impérialiste.

 

 

3

 

Tout en respectant son idée de réforme du christianisme, je ne suis pas d'accord avec Spong pour dire qu'il suffirait de remplacer les dogmes faux et moralement douteux du christianisme par des affirmations justes et moralement édifiantes.

Ce qu'il faut, c'est nous dispenser de tout dogme, de toute doctrine et ne plus prétendre que nous sommes ou devrions tous être unis dans la même croyance. Nous centrer sur les valeurs que nous avons, en fait, en commun : la grâce, l'amour et la fraternité qui fondent toutes les communautés spirituelles d'hommes de bonne volonté.

C'est d'ailleurs ce qui se produit déjà : personne ne va à l'église pour y chercher des dogmes. Spong devrait s'intéresser davantage à ce qui se passe dans la vie communautaire, car c'est elle qui est sacrée, bien plus que sa métaphysique.

 

Traduction Gilles Castelnau

 

voir aussi

Greg Spearitt : Miracles

John Spong répond à Don Cupitt

 

Retour vers "Spiritualité"
Retour vers "théolgie radicale"
Retour vers "John Spong"
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.