Théologie radicale
Sea of
Faith Australie
Miracles
Greg
Spearritt
Brisbane, Australie
23 mai 2005
« Aucun observateur
honnête ne peut récuser ce qui se passe : D'une
manière ou d'une autre et toujours davantage, Dieu continue
d'intervenir sans cesse dans la vie de nos contemporains, qu'ils
soient hommes ou femmes, croyants pratiquants ou
non. »
Vous ne serez pas surpris si je vous dis
que celui qui a dit cela est pasteur
pentecôtiste aux États-Unis. Il se nomme Paul Prather. Il a
écrit Modern-Day
Miracles : How Ordinary People Experience Supernatural Acts of
God (Miracles d'aujourd'hui :
comment les gens ordinaires vivent l'expérience des
interventions surnaturelles de Dieu. Éd. Andrews &
McMeel, Kansas, 1996).
Il dit avoir été
personnellement témoin d'interventions miraculeuses de Dieu,
dont il donne des preuves incontestables.
.
« personnellement
témoin »
« Quelqu'un qui a
été personnellement témoin d'un de des
faits, dit Prather, n'est jamais impressionné par les arguments
contraires qu'on pourrait lui opposer. »
Ceci est évident.
Si je rêve qu'une de mes connaissances
est tué dans un accident et que cela arrive effectivement une
semaine plus tard - même si les circonstances ne sont pas
les mêmes que dans mon rêve - j'ai tout lieu de
considérer que mon rêve a été
prémonitoire. Il est à noter que de tels rêves
sont impressionnants et que le souvenir en demeure.
Le fait de me dire que, statistiquement nous
aurons été plusieurs cette semaine à avoir
vécu un tel rêve, ne me convaincra sans doute pas que
mon expérience n'aura été qu'une question de
hasard.
J'ai lu dans le Brisbane's Courier-Mail l'histoire d'une mère célibataire en
difficultés financières ; elle a prié et,
Dieu soit loué, a gagné au loto. Elle criait au
miracle !
Je pense bien qu'en effet, de son point de
vue, c'était vraiment un miracle. Mais il fallait bien que le
loto ait un gagnant. Et je suppose qu'une bonne partie de ceux qui
ont acheté un billet n'auraient pas non plus, s'ils avaient
gagné, été en peine d'utiliser leur gain.
Prather dit aussi que pratiquement tous
ceux qui ont reçu un miracle
avaient prié. Est-ce que cela signifie qu'il faut d'abord
flatter Dieu ? Ou que les gens-qui-prient ont plus tendance que
les autres à interpréter les événements
favorables comme des miracles ? Mais cela me paraît
être un peu insuffisant. A mes yeux, un vrai miracle serait
qu'une personne en détresse gagne au loto sans avoir
acheté de billet !
Il n'y a néanmoins pas de doute que
le sentiment d'avoir personnellement vécu un miracle est une
expérience impressionnante, même dans une
société sécularisée comme la
nôtre.
.
« Des preuves
incontestables »
- Premièrement la grande
majorité des « preuves » que donne Prather sont des récits
d'expériences vécues. Je n'ai certainement rien
contre : les gens aiment qu'on leur raconte des histoires
vécues et celles-ci sont souvent très significatives.
Mais sont-elles une manière juste d'exprimer une
vérité fondamentale et complète ?
Peut-être ; mais on remarquera
que ces récits ont toujours tendance à mettre
plutôt en valeur les détails qui vont dans le sens de ce
qu'on entend démontrer.
Les récits de guérisons
« miraculeuses » décrivent rarement la suite de
l'événement : la guérison a-t-elle
duré ? la personne aurait-elle été victime
d'un accident de la circulation dans les jours qui ont suivi sa
guérison ? Prather ne rapporte que
l'événement central du « miracle ». Il est évident qu'une guérison ne
garantit pas l'immortalité. Néanmoins l'impression
subsiste qu'il ne nous dit pas tout.
- Deuxièmement il est évident que tout le monde a envie de
croire aux miracles. Comme on le répète sans cesse dans
le réseau Sea
of Faith, les hommes cherchent
toujours le sens des événements et trouvent des causes
et des raisons d'être dans toutes choses.
C'est ainsi que James Randi, qui
est, aux États-Unis, un grand magicien et tout à fait
sceptique, a réalisé l'expérience suivante dans
une classe de jeunes collégiens. Il a distribué des
horoscopes qu'il présentait à chacun comme
« personnalisé » et décrivant sa personnalité propre
ainsi que les buts qu'il poursuivait au fond de lui-même dans
sa vie. Ils ont tous trouvé leur horoscope étonnamment
juste. Randi leur a alors révélé qu'ils
étaient tous identiques !
Mais tout le monde désire croire au
surnaturel.
Je participais, dans ma jeunesse, à
un camp d'évangélisation sur les plages et nous
demandions à Dieu qu'il nous accorde le beau temps
évidemment nécessaire. Lorsque nous voyions alors
s'éloigner un menaçant nuage d'orage, était-ce
Dieu qui, motivé par la force de notre prière, nous
exauçait en accomplissant un miracle ? Cette question est
évidemment de pure forme !
Je suis de ceux qui pensent que si Dieu est
aussi puissant que Prather le dit, il pourrait facilement me faire
devenir un de ses fidèles.
Pourquoi ne recolle-t-il jamais une jambe
coupée. Mais en fait il s'y refuse et se contente de rallonger
d'un petit centimètre la jambe un peu trop courte d'un de ses
fidèles ce qui comble sa foi !
Prather a vécu personnellement la
guérison de son père d'un cancer pour laquelle il avait
prié. Une telle affirmation est ambiguë : le
diagnostic est-il vraiment exact ? comment interpréter
une simple rémission ? comment interpréter les
guérisons de malades pour lesquels on n'a pas
prié ? doit-on cesser de croire si le malade pour lequel
on a prié ne guérit pas ?
- Troisièmement je ne suis pas convaincu par la « preuve » proposée par Prather qui se
réfère au grand nombre de miracles rapportés
depuis tant de siècles et écrit : « Comment tant de gens pourraient-ils
s'être ainsi trompés depuis si
longtemps ? »
Je lui répondrai avec les mots du
professeur Neil
Postman, président du
Département de culture et de communications de
l'université de New York, qui dit que la longue histoire de
l'humanité n'a été qu'une lutte incessante
contre la souffrance et le malheur.
La civilisation la plus ancienne et toujours
existante que nous connaissions est celle des Aborigènes
australiens. Dira-t-on leur ancienneté de 40, 50 ou
60 000 ans attribue au culte des esprits et au respect des
tabous la légitimation de la « Vérité » ?
De même à différentes
époques et dans différentes cultures on a bien cru
à l'influence bénéfique ou maléfique de
créatures fabuleuses.
.
Quelques
remarques
1. J'ai été
fasciné par un livre sur les miracles, que j'ai lu il y a quelques années, à
la Bibliothèque nationale de Queensland. Il décrivait
des miracles de tous les temps et de tous les lieux ; y compris
des miracles sans queue ni tête, comme celui d'une
prolifération d'élastiques !
Les miracles mentionnés par Prather
se réfèrent au moins à Dieu !
Pourtant l'apparition miraculeuse d'argent
destinée à un pasteur du Kansas et la protection de la
vie d'un ou deux Américains riches de Boston sont des miracles
qui me semblent bien frivoles quand on les compare au génocide
du Rwanda et à la catastrophe que vient de vivre
l'Afghanistan. On s'interroge sur les priorités de
Dieu !
2. L'implication politique des
miracles. Certains
considèrent que l'instauration de l'État d'Israël
est un miracle. Je me demande ce qu'en pensent les Palestiniens
expulsés de leurs maisons et de leurs terres.
Lors de l'élection de George Bush, le
Rev. Richard C. Weaver réussit à contourner
les services de sécurité pour lui transmettre en mai
propre une carte sur laquelle il avait écrit :
- « Sois fidèle au
Christ et Dieu t'accordera à nouveau dans quatre ans une autre
élection miraculeuse ».
Et le pasteur expliqua au Washington
Post :
- « les gardes ne
m'ont tout simplement pas vu passer. Cela m'arrive tout le temps.
C'en est amusant. C'est extraordinaire. Mais c'est peu de chose pour
Dieu : il ferme les yeux des gens pour qu'ils ne me voient
pas. »
Si c'est extraordinaire, si c'est vraiment
un miracle, à quoi rime-t-il ?
Une prière semblable a
été découverte dans la valise d'une autre
personne qui a contourné les services de
sécurité américains. Mais cette fois
c'était celle d'un des pirates du 11 Septembre, Mohamed
Atta. Il y disait :
- « Dieu, toi qui
écoutes les prières et qui exauces ceux qui s'adressent
à toi, je te demande ton aide ». (cité par David Boulton, The Trouble With God, éd. John Hunt, 2002)
3. Mais ce qui m'ennuie le
plus dans la conception des miracles
que présente Prather est qu'il me semble dévaluer ce
que le monde a de naturellement miraculeux.
J'ai vu le miracle dans la naissance de mes
enfants.
La réalité même de notre
vie est miracle.
Rechercher une magie reconnue par
l'Église me semble nous détourner de la magie de la vie
ordinaire.
Traduction Gilles
Castelnau
.
Voir aussi de Greg
Spearritt
Spong a-t-il
raison ?
Retour vers
"Théologie radicale"
Vos
commentaires et réactions
haut de la page