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Être honnête face à Dieu

que faire maintenant ?

 

Honest to God

where to now?

 

Ce titre est une allusion au fameux livre de l’évêque anglican John Robinson, de 1963,
portant le même titre, traduit en français par « Dieu sans Dieu »

 

Ian Harris

Chroniqueur à l’Otago Daily Times
Dunedin, Nouvelle Zélande

 


23 septembre 2011

Introduction

Vous pouvez vous demander comment un journaliste a l’audace de s’aventurer sur un terrain qui est un véritable champ de mines théologiques ! Je vous ferai une réponse courte : c’est justement par ce qu’il est là et que je me refuse à le contourner !

Ceci dit, je suis conscient du fait que les sujets débattus aujourd’hui par Sea of Faith était naguère l’apanage exclusif des Églises. Mais depuis quelques temps les questions se font pressantes, les réponses traditionnelles paraissent moins satisfaisantes et la discussion franchit les portes des églises pour être désormais sur la place publique et notamment dans la grande presse.

Dans cet exposé je vais prendre la question dans un sens très large : Être honnête face à Dieu n’est plus la même chose aujourd’hui qu’il y a 3000 ans, 1000 ans, 500 ou 200 ans. Parlons d’abord de la période d’il y a 3000 ans pour voir comment nos ancêtres d’alors cherchaient à être honnêtes face à Dieu – où si vous préférez, cherchaient à être honnêtes dans leur création de Dieu. Nous parlerons de cette notion de la création de Dieu qui peut sembler choquante mais qui est fondamentale et nous nous demanderons pour quelle raison cette question a pris de nos jours une actualité brûlante. Finalement je m’efforcerai de mon mieux et sans aucune prétention d’élargir notre horizon et de proposer des ouvertures.

 

Être honnête face à Dieu aujourd’hui

 

Il est évident que nous vivons un temps d’énorme et violent changement dans tous les aspects de notre existence : valeurs de notre société, conception des races, structures politiques. C’est vrai de la santé, de la durée de vie, de notre attitude à l’égard des femmes, des homosexuels, des enfants. C’est vrai de notre monde : pensons seulement au 11 Septembre. C’est vrai aux idées courantes

C’est également vrai de la religion, que j’aime définir avec les mots de Carlo Della Casa comme « la manière de comprendre et de vivre la vie », de sorte que présentée ainsi tout le monde a évidemment une religion, qu’il la nomme ainsi ou autrement : ce peut être un idéal politique comme le communisme, écologique, ethnique ou même humaniste athée

Presque certainement de nouvelles manières d’être et de nouveaux cadres de pensée apparaîtront demain ; pour le moment on n’en discerne que les signes avant coureurs. Avant de nous demander comment nous pourrons être alors honnêtes face à Dieu, commençons pas définir ce terme de « Dieu », car nous ne lui donnons pas tous le même sens. Personnellement je ne pense pas à un Etre existant objectivement dans un autre monde et intervenant dans le nôtre. Pour moi, Dieu n’est pas « réel » en ce sens. Néanmoins ce terme de « Dieu » est fondamentalement important.

-  Il désigne ce qui est le meilleur, le plus élevé et le plus profond de notre vie humaine quotidienne.

-  Il résume ce qui est central dans notre compréhension de la vie, ce que nous ressentons comme fondamental dans les valeurs qui sont les nôtres.

- Il fournit un centre de cohérence de toute l’expérience que nous avons de la vie. Pour dire les choses autrement, lorsque nous parlons aujourd’hui de Dieu, nous faisons simultanément deux choses : Nous pensons à une structure de cohérence servant de soubassement à tout ce que nous savons, tout ce que nous sommes, tout ce que nous pouvons être et en même temps nous atteignons la transcendance de notre existence à l’intérieur même de l’espace et du temps

Nous ne sommes certainement pas les premiers à découvrir l’évolution des plaques tectoniques de notre pensée religieuse. Avant de penser à nos problèmes, tournons-nous vers une période du passé où ceux qui ont vécu avant nous ont connu eux aussi des changements analogues

 

La période axiale

 

On appelle ainsi une période allant de 800 à 200 av. JC (Note de GC : période correspondant à la rédaction de l’Ancien Testament). Quelque chose de nouveau et d’excitant survenait dans l’histoire des hommes et s’exprimait dans la religion

Jusqu’alors les sociétés étaient essentiellement tribales et la religion n’était que l’expression de la vie de la tribu : pensons par exemple aux Romains, aux Juifs et aux Maoris. On peut définir leurs rituels et leurs croyances comme « religion des Romains, religion des Juifs et religion des Maoris. » Ces religions n’étaient pas quelque chose qu’ils avaient pu choisir comme on fait, de nos jours, son marché religieux : ils étaient nés dedans

Leur monde était plein de puissances invisibles, amicales ou hostiles que l’on pouvait invoquer, rendre favorables ou éloigner – d’où l’importance du rôle et du pouvoir des prêtres, des hommes-médecine et des tohungas mahoris. Ces religions étaient des religions de la nature. Elles sont loin d’avoir disparu aujourd’hui. Je les ai vues fonctionner lors de la plantation et de la moisson du riz à Java, dans les cérémonies maories du tapu qui éloignent les esprits invisibles

Les rites de ces cultures devaient être respectés dans les détails sans jamais aucun changement au risque de détruire le délicat équilibre des forces bénéfiques et maléfiques. Le bien-être de la société dépendait de ces traditions et ceux qui tendaient à les modifier devaient être tués ou exilés pour le bien de l’ensemble

Tout ceci a changé il y a 2500 ans lorsque, dans des pays différents et sans liens les uns avec les autres, quelques penseurs ont osé mettre en question des affirmations considérées jusqu’alors comme indiscutables. En Grèce, en Palestine, en Perse, en Inde du Nord, en Chine du Nord, des penseurs libres ont réfléchi de façon nouvelle au sens et au but de la vie, à ce qui est bien, à la nature du monde et à leur propre tradition culturelle

Dans le monde méditerranéen, aux environs de l’an 500 av. JC il y avait les philosophes grecs comme Platon et Socrate, Aristote, les prophètes hébreux come Esaïe, Osée, Amos (note de GC : ces trois prophètes datent en fait du 8e siècle. Il faudrait mentionner le 6e siècle avec la rédaction des textes de la Genèse et de l’Exode, la naissance du judaïsme actuel et la naissance du monothéisme) ; plus à l’est Zarathoustra, le Bouddha, Confucius

Chacun d’eux, a proposé à sa manière une nouvelle manière d’interpréter l’existence et de la vivre. Ils n’ont pas cherché à remplacer immédiatement l’ancienne religion mais ils ont semé des graines qui se sont profondément enracinées. Ces nouvelles idées ont remplacé les anciennes et c’est finalement tout l’hémisphère Nord qui s’est trouvé renouvelé de manière décisive

- D’une part les gens ont pu réfléchir à la manière dont ils réfléchissaient.

- Ensuite les gens ont pris conscience de leurs limites et de celles du monde. Ils ont commencé à voir plus loin que le monde des puissances invisibles et ils ont pensé qu’un autre ordre des choses existait au-delà de celui-ci.

- Le monde sensible commença dès lors à perdre graduellement sa dimension sacrée dans la mesure où seul le Dieu du nouvel ordre des choses pouvait être sacré. Et cette révolution a permis la naissance de la science.

- Cette évolution a également eu un effet négatif : la découverte d’un monde au-delà de celui des puissances célestes et terrestres a entraîné la dévaluation de celui-ci qui est devenu le lieu du péché, de la souffrance et de la mort.

-  On concevait désormais l’existence de deux mondes distincts : le monde de Dieu et le nôtre.

- La religion centrée jusque là sur les nécessités primordiales de la vie – nourriture, protection, reproduction – s’est élevée jusqu’aux nécessités de l’esprit considérées comme supérieures : le salut est désormais dans un autre monde.

- La religion s’est détournée de la seule préoccupation sociale ou tribale pour s’intéresser à l’individu. Elle est devenue une affaire personnelle (mais non individualiste).

- Les nouvelles structures de croyances, d’attitudes et de rites ont été considérées comme universelles, c’est-à-dire dépassant les besoins d’une tribu et utiles pour l’ensemble de l’humanité. Elles ont aiguillonné leurs fidèles à dépasser leurs frontières ethniques traditionnelles et à pénétrer les autres races et les autres continents : le christianisme a gagné le monde païen, l’islam l’est et l’ouest de l’Arabie saoudite. Les caractéristiques de cette période axiale ont perduré jusque dans nos Églises. Elles ont été fort utiles et ont parfaitement fonctionné. Mais désormais une nouvelle ère s’ouvre à nous dont je vais maintenant parler.

 

L’idée de créer Dieu

 

Un signe évident du changement que nous connaissons aujourd'hui est la manière dont on remet en question l’idée traditionnelle de Dieu. On se détourne progressivement de l’idée théiste de Dieu. Le théisme pense Dieu comme un être existant réellement et objectivement dans un monde surnaturel distinct du nôtre et qui intervient à son gré dans l’histoire des hommes pour y apporter la mort et la destruction des tremblements de terre et des ouragans, comme pour guérir et sauver

Dans la tradition chrétienne la principale intervention de Dieu a été de sauver l’humanité déchue depuis la Chute d’Adam et d’amener les élus de Dieu à une vie dans un au-delà de béatitude éternelle. Ces idées ont d’ailleurs toujours cours et sont facilement repérables dans nos liturgies dominicales, nos recueils de cantiques et les prières de l’Église

Actuellement le concept de Dieu se modifie - il prend, par exemple, en compte l’écologie et le féminisme qui n’existaient pas il y a 50 ans – et cette évolution se fait de toutes façons, que ce soit délibérément ou inconsciemment, qu’elle soit considérée comme une menace ou une promesse pour la foi

Tout ceci n’est d’ailleurs pas nouveau. Maître Eckhart au début du 14e siècle disait déjà :
« la manière la plus élevée de se conduire pour l’amour de Dieu est d’abandonner toute idée de Dieu ». Il disait aussi : « quitter Dieu afin de le trouver ».

Auparavant, Anselme qui est mort en 1109 disait :
« Dieu est l’Être si grand que l’on ne peut rien concevoir de plus grand ».
Mais évidemment si on ne peut pas le concevoir, il n’est pas d’une grande aide

Toujours est-il que la question demeure de savoir si nous créons Dieu ou si nous lui répondons. Les uns penchent vers l’idée que ce sont les humains qui se créent celui (ou ce) qui sera leur Dieu. Ils partent de l’humanité qui cherche le sens de la vie, du bien et du mal. Ils disent que toutes les cultures ont toujours spéculé sur la réalité des dieux (puis de Dieu) pour organiser leur vie. Par contre, la conception monothéiste traditionnelle présente Dieu comme une donnée universelle, comme la cause, l’origine, le créateur dont toutes choses proviennent. Et même si l’humanité n’existait pas, Dieu serait pourtant là

La différence semble considérable entre ces deux conceptions. Mais je trouve que le Dieu que l’on affirme révélé et non créé par l’homme est néanmoins tout aussi créé par l’esprit humain. La seule différence est qu’il est imaginé comme révélé et non créé. En d’autres termes on crée un Dieu dont on déclare qu’il ne peut pas avoir été imaginé ou créé

Karen Armstrong, théologienne britannique autrefois religieuse catholique, écrit dans son livre A History of God (Une histoire de Dieu) :

Dès que les prophètes d’Israël ont eu l’idée d’attribuer à Dieu leurs expériences et leurs sentiments, on peut dire que les monothéistes ont d’une certaine manière commencé à créer Dieu selon leurs idées. Dieu a rarement été conçu comme un fait évident que l’on pourrait rencontrer comme n’importe quel être à l’existence objective.
On a perdu aujourd’hui l’habitude de faire cet effort d’imagination, mais ce n’est pas une catastrophe. Les idées religieuses s’évanouissent toutes seules paisiblement lorsqu’elles ont perdu leur pertinence : si l’idée humaine de Dieu ne fonctionne plus pour les hommes d’aujourd’hui habitués à une réflexion empirique, elle disparaîtra d’elle-même.
Dans le passé les gens ont toujours recréé les symboles nouveaux dont ils avaient besoin pour leur spiritualité.
Les gens ont toujours recréé la foi nouvelle dont ils avaient besoin pour exprimer leur sens de la transcendance et de l’indicible signification de la vie.
Lorsqu’on voit l’absence de signification, l’aliénation, la violence et le manque de repères qui semblent vraiment caractériser la vie moderne, on peut penser que les hommes ne créent plus de foi en un « Dieu » - ou en quelque chose d’autre qui pourrait en tenir lieu – et que ce vide conduit au désespoir.
(page 456)

Ce que je pense est que si l’on veut être honnête face à Dieu dans le monde d’aujourd’hui, il nous faut partir de l’idée que c’est nous qui créons Dieu et non le contraire. Je ne pense pas rabaisser Dieu en disant cela mais essayer de rendre la divinité présente dans le monde d’aujourd’hui

 

 

La sécularisation

 

Et d’ailleurs comment se fait-il que ces questions surgissent maintenant ? Pourquoi les anciennes certitudes ne convainquent-elles plus nos contemporains ? C’est parce que depuis 400 ans l’axe de notre compréhension du monde a de nouveau changé. A nouveau les philosophes, les prophètes et les penseurs libres se sont mis à poser les questions fondamentales sur le sens et le but de la vie, la nature du monde et la pertinence des traditions culturelles et religieuses qui leur ont été transmises.

A nouveau ils sont ignorés ou contredits par ceux pour qui les réponses traditionnelles sont les meilleures et ont toujours le dernier mot. La réalité est pourtant que le monde change autour d’eux.

Les sondages disent qu’en Nouvelle Zélande, l’augmentation la plus rapide est celle des « sans religion » (Augmentation de 53 % entre 1991 et 2001). Ceci concerne 1 million d’habitants, c’est-à-dire 27 % de la population. Ce sont les plus jeunes : 80 % d’entre eux ont moins de 40 ans. Il nous faut essayer de comprendre pourquoi il en est ainsi et pourquoi cela semble irréversible

D’abord et surtout la conception que l’Occident a du monde a radicalement changé depuis 400 ans et naturellement aussi la conception de Dieu. La compréhension de Dieu a toujours été corrélée à la culture du temps. Cela a été le cas des Hébreux, des Grecs, des Romains ou des Européens du Moyen Age. Par exemple il fut un temps où on localisait Dieu au 3e étage d’un univers composé du ciel, de la terre et de l’enfer. On ne le fait plus mais nos liturgies et nos prières continuent à utiliser ce langage. Si l’on se bloque sur un tel vocabulaire on pourrait bien fossiliser l’idée de Dieu dans une compréhension périmée du monde

La racine du problème mais aussi - c’est mon idée - l’espoir d’un renouveau, se trouvent dans la sécularisation. C’est en elle que nous avons la vie, le mouvement et l’être

Je ne prends pas ce terme de sécularisation dans un sens antireligieux. Le latin saeculum signifie un âge, une génération ou un période de 100 ans, comme dans le mot français siècle. Il désigne ce monde en le distinguant de l’autre mode au-delà. On peut parler d’une éducation sécularisée dans un état sécularisé. L’Église catholique parle des prêtres « séculiers » qui sont au service des gens ordinaires dans des paroisses ordinaires et qui se distinguent ainsi des ordres « religieux » qui sont enfermés dans les monastères.

Une société sécularisée est celle où les institutions, les bâtiments etc ne sont plus attribués aux prêtres mais à des autorités neutres. C’est ce qui s’est produit pour les lois de nos pays, la science, les écoles, les universités, les hôpitaux qui ont pratiquement tous quitté le domaine de l’Église. Nous avons vu des bâtiments d’églises devenir des théâtres, des supermarchés, des cafés, des hôtels. Nous avons vu les cantiques et les lectures de la Bible abandonnées des salles de classes. Nous avons vu des célébrants laïcs proposer leurs services pour des mariages ou des enterrements. Nous avons vu discuter au Parlement à propos des prières que l’on y dit chaque matin

Tout cela est la marque de la sécularisation. Certains utilisent ce mot pour désigner les disparition de toute religion et de toute spiritualité de la société mais je ne l’emploie pas dans ce sens. Le mot de sécularisation est apparu dans les années 1840 pour désigner l’élimination de la religion des discussions sur les questions morales. Un résultat de cette sécularisation a été de détourner l’attention du royaume des cieux vers notre monde lorsqu’il s’agit de réfléchir au sens, au but et à la valeur de la vie. Et en effet, combien d’entre nous croient que le sens et la destinée de notre vie est à chercher dans le monde surnaturel de l’au-delà ? Et ceux qui le font doivent bien reconnaître qu’il s’agit d’une position qui est partagée par un nombre vraiment restreint de nos contemporains. Ceux-ci sont pris dans le nouveau changement Axial et c’est bien lui et non leur stupidité ou leur blocage intellectuel qui vide les églises dans tout le monde occidental.

Les gens qui ont créé leur Dieu selon l’ancien schéma sont parfaitement libres de continuer leur vie de manière conservatrice. Mais ceux qui vivent dans une culture sécularisée doivent pouvoir également y chercher Dieu

On ne cherche plus dans le surnaturel le sens de la vie en ce monde.

On ne cherche pas dans l’au-delà l’origine de tout ce qui est bon. On valorise la vie qui est ici et maintenant.

On essaye de trouver du sens à la vie, à la destinée dans ce monde-ci car il n’y a probablement pas d’autre monde ni d’autre vie après celle-ci. La vie actuelle n’est pas l’essayage de vêtements destinés à être portés en un ailleurs qui n’existe pas. L’accomplissement, l’épanouissement, le mystère, le salut doivent trouver place ici et maintenant.

On ne peut plus se permettre d’exploiter la nature comme dans la période pré-Axiale où l’on pensait que cela n’avait pas grande importance puisque le monde allait bientôt arriver à sa fin et que de toutes façon le salut était dans l’au-delà. Bien au contraire, on accepte la responsabilité d’être des gérants fidèles de la nature et on se conduit à son égard en partenaire respectueux.

Notre d’individualisme doit désormais laisser la place à une solidarité humaine. L’archevêque de Cantorbéry actguel Rowan Williams a déclaré lors de son intronisation en 2003 :
« lorsque des chrétiens souffrent de la guerre, de leurs dettes, de leur pauvreté, de préjugés qu’ils subissent c’est une insulte qui est faite à l’image divine de notre relations humaines ».

Si la sécularisation fait naître un monde nouveau, il devient urgent pour tous ceux qui respectent la dimension spirituelle de la vie humaine de se préoccuper des besoins fondamentaux de la condition humaine. Autrement dit, si on veut créer Dieu de manière digne de son nom, on devra prendre en compte les changements décisifs que connaît le monde moderne. Par exemple tenir compte des hommes que voici :

Galilée qui a montré que la terre n’était pas au centre de l’univers, ce qui a lancé une onde de choc qui a ébranlé toutes les structures théologiques de l’Église

William Smith, le géologue qui a montré que la terre était plus âgée que les 4004 ans calculés par l’archevêque anglican Ussher (1581-1656)

Charles Darwin qui expliqua la diversité des espèces animales d’une manière qui ne tenait pas compte du récit biblique de la création.

Sigmund Freud et Carl Jung qui explorèrent les profondeurs du psychisme humain (en grec le mot psychè désigne l’âme).

Ernest Rutherford qui réussit à diviser l’atome qui, par définition ne pouvait pas être divisé.

Albert Einstein qui révolutionna la manière dont on comprend l’espace, le temps, l’énergie et la matière.

Max Planck, Niels Bohr et Werner Heisenberg qui explorèrent le monde microscopique des quantums en physique.

Edouard Hubble qui ouvrit l’immensité de l’espace à l’exploration.

James Watson, Francis Crick et Rosalind Franklin qui commencèrent l’analyse de notre structure ADN.

Nous devons également tenir compte des 200 ans de critique biblique savante qui ont déjà été accomplis et qui ont rendu possible une compréhension nouvelle et approfondie de la Bible et de son univers.

Il nous faut faire un choix : Ou bien nous tenons compte de tout cela et davantage encore ou bien nous le rejetons et nous prétendons que rien n’a changé. Moi je pense que nous devrions en tenir compte et continuer notre réflexion. C’est ainsi que nous serons honnêtes face à Dieu en ce 21e siècle.

 

Que faire maintenant ?

 

Comment serons-nous honnêtes face à Dieu aujourd’hui si nous pensons que nous avons à créer notre Dieu et non le contraire ? Voici trois possibilités

On continue comme si rien ne s’était passé depuis 400 ans. Cela ne se fait jamais et nulle part (ni en matières juridiques, médicales, d’éducation, de technologie, de science) mais cela se fait en matière de religion.

On abandonne. Bien des gens l’ont fait.

On réunit notre religion occidentale et notre culture sécularisée jusqu’à ce que des courants d’énergie jaillissent entre elles et nous inspirent une compréhension nouvelle et un langage nous permettant d’écrire de nouveaux crédos, des liturgies, des cantiques et des prières.

Nous sommes sur la crête d’un nouveau changement axial et je rêve que nos Églises aient à cœur la tâche de ré-imaginer la foi chrétienne pour un âge sécularisé.

Il est vrai que je n’en vois de signe avant-coureur que dans les marges des Églises. Mais si c’est là que cela doit commencer, après tout pourquoi pas ?

Paul Tillich disait que le dynamisme le plus créateur était toujours dans les marges.

John Spong, l’évêque des marges – si jamais il y en eut – racontait qu’il avait reçu 10 000 lettres en réaction à son livre « Why Christianity Must Change or Die ». Les fidèles étaient positifs à 90 % et le clergé négatif à 90 %. Il semble que nous ayons comme un problème dans nos Églises !

Il n’est pas trop tard pour réagir. Le danger est plutôt d’être trop timoré

Il faudrait réorganiser l’ambiance qui règne dans les paroisses de façon à permettre aux fidèles de penser librement et honnêtement à la manière du 21e siècle sans être montré sdu doigt lorsqu'ils émettent des doutes sur certains points doctrinaux.

Nous vivons en un temps où les questions sont plus importantes que les réponses traditionnelles. Les réseaux et les groupes comme Sea of Faith sont des lieux dont les participants disent souvent qu’ils s’y sentent en sécurité pour réfléchir et s’exprimer librement. Parler ainsi implique évidemment qu’ils ne se sentent pas en sécurité dans leur paroisse.

Ces groupes de réflexion peuvent faire revivre l’esprit de l’œcuménisme qui s’est actuellement bien sclérosé, car les questions religieuses qui sont aujourd’hui les plus importantes – le salut ou la destruction de la planète par exemple – ne provoquent pas de différences entre les dénominations et se posent de la même manière pour tous. De plus ceux qui n’appartiennent à aucune dénomination peuvent se joindre librement à ces groupes sans perdre leur spécificité. Cela se vit pleinement à Sea of Faith

(Note de GC : les groupes « Evangile et Liberté » vivent cela en France). Les participants de ces groupes peuvent y travailler ensemble à élaborer des liturgies et des confessions de foi valables pour eux sinon pour le monde entier.

 

Traduction Gilles Castelnau

 

 

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