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La prière

 

Prayer

 

 

 

Michael Maasdorp

Prêtre anglican
Membre de la Society of the Sacred Mission

 

5 août 2010

La manière dont les Occidentaux pensent aujourd’hui la vie et le monde est radicalement différente du passé. On considère de plus en plus que notre monde et nos relations sont du domaine de notre propre responsabilité. On a de la difficulté à imaginer une puissance divine intervenant de l’extérieur dans le monde. Les chrétiens devraient peut-être repenser la signification de la prière dans le culte et dans la vie quotidienne.

 

C’est une conception de la vie qui provient d’une ancienne compréhension du monde. Même en ce début de 21e siècle, des millions de personnes pensent que la « vie spirituelle » permet d’entrer en relation avec une dimension surnaturelle et supra-sensible de l’être. Elle disent que certaines pratiques et certaines techniques nous ouvrent au surnaturel que l’on ne saurait atteindre autrement.

La clé de la vie spirituelle est généralement la prière ; ceux qui en maîtrisent les  techniques s’y unissent à Dieu et en reçoivent les messages spirituels qui leur permettent de vivre mieux leur vie ordinaire (c’est-à-dire leur vie non-spirituelle).

Certains expliquent qu’ils utilisent la prière pour manifester leur préoccupation de l’état du monde - que ce soit à propos de problèmes internationaux, d’une maladie ou d’une personne individuelle - afin que Dieu intervienne pour régler une situation indésirable.

Une autre clé de la vie spirituelle est la méditation personnelle. Des pratiques de méditation peuvent apaiser les émotions et les anxiétés et introduire à un état de détachement où la dimension spirituelle se fait sentir. Certains disent qu’un état de profonde méditation – qu’ils nomment contemplation – peut les mettre en relation directe avec Dieu en un état de bonheur spirituel que l’on appelle parfois « numineux ».

La vie spirituelle n’appartient pas qu’au chrétiens. Bien des gens, en Occident, la pratiquent en dehors de toute religion, sans avoir nécessairement les mêmes intentions. De nombreuses religions se focalisent sur la vie spirituelle. Les bouddhistes, notamment, qui ne croient pas à un monde du sacré, ont néanmoins développé plus que d’autres des méthodes de prière et de méditation. Des techniques bouddhistes ont trouvé place dans le New Age occidental. Quant à l’islam, il a une ancienne tradition de spiritualité.

Il est possible de penser à la fois la prière et la méditation tout en ne croyant pas en l’existence d’un monde sacré au-delà :

- Un univers ainsi pensé est « moniste », c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’« extérieur », d’« au-delà ». Si l’on conçoit un Dieu demeurant « en dehors » du monde, il est évident qu’on ne peut pas le connaître dans une pensée moniste.
On peut, sans doute, le connaître dans la Nature existante. Mais ce n’est pas la position traditionnelle de la théologie chrétienne qui est largement fondée sur l’idée du surnaturel.

- L’univers peut être pensé de manière parfaitement claire et satisfaisante sans faire appel à une dimension surnaturelle. Le principe du « rasoir d’Ockham » dit : « les hypothèses les plus simples sont les plus vraisemblables » ou « Les entités ne doivent pas être multipliées au delà de ce qui est nécessaire » et à mon avis le surnaturel est justement une complication qui n’est pas nécessaire. Le surnaturel n’est pas démontrable, il est contre l’expérience de la plupart des gens et en dehors de la pensée générale contemporaine.

[...]

Que dire alors de la prière ?

Dans un univers moniste on peut légitimement poser la question : « pourquoi prier ? » Y a-t-il un Dieu qui puisse entendre ? Si l’on pense que le big bang est le début de la création, il me semble impensable que Dieu ignore nos besoins, qu’il n’est donc pas nécessaire de lui rappeler. Et pourtant c’est bien cela que nous nommons la « prière ».
La grande question, dans un univers moniste, est de savoir si Dieu « exauce » les prières en intervenant dans sa création. Mais si c’est le cas c’est toute notre compréhension de la réalité qui s’effondre : en effet, pour faire court, l’univers est un système global, constitué d’une multitude de sous-systèmes reliés les uns aux autres et constituant ensemble un tout cohérent. Toute intervention venue de l’« extérieur » déstabiliserait l’ensemble du continuum de l’espace-temps. La structure physique de l’univers ne supporterait pas une telle intervention de Dieu.

On pourrait aussi imaginer que ce ne soit pas tellement l’univers qui réagisse aux interventions de Dieu mais la conscience individuelle. Mais si chaque élément de l’univers est connecté à la totalité du système, en changer un, si petit soit-il, influencerait l’ensemble. Et d’ailleurs, si ceci est vrai, chacun de nous serait également changé par chaque intervention divine « extérieure » et nous ne serions pas forcément conscients que quelque chose a changé en nous. Peut-être donc, ne sommes-nous pas conscients des interventions de Dieu dans l’univers. Et dans ce cas, comment la prière d’intercession aurait-elle le moindre sens pour les autres et pour le monde ?

 

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Je pense que la prière est, en réalité, une manière naturelle et puissante de modifier et de consolider notre mode de fonctionnement individuel cognitif et émotionnel. Prier pour nous-même, en nous focalisant sur les aspects de notre comportement que nous souhaitons améliorer ou sur ceux que nous voulons réduire, peut effectivement nous aider à nous améliorer.

Que penser de la prière d’intercession ? Si l’on admet qu’il n’y a pas de surnaturel, on ne s’attend pas à ce que Dieu intervienne à notre demande. On peut trouver deux sens à la prière d’intercession.

- C’est d’abord une manière de nous mobiliser nous-même. Intercéder pour des gens ou pour des situations où nous sommes directement impliqué nous pousse à agir nous-même. Intercéder pour un but hautement improbable nous incite à l’espérance, vertu qui nous incite toujours, de par sa propre nature, à « accepter les choses comme elles sont ». La certitude exclut l’espérance.

- Intercéder pour des sujets plus lointains et en dehors de notre sphère d’influence est une manière de reconnaître  que nous n’y pouvons nous-même rien. Mais la prière mobilise notre manière de vivre et de penser d’une manière qui n’est pas sans influence sur notre entourage. Ainsi prier pour un peuple éloigné qui meurt de faim nous amène à nous mobiliser dans une action locale.

 

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Cet article peut faire penser que la prière traditionnelle qui demande à Dieu d’agir à notre place ne marche pas et c’est sans doute vrai. On ne peut pas le démontrer, de même qu’on ne peut pas non plus prouver que Dieu intervient en fait en réponse à nos prières.

Mais une chose est sûre : une prière, une intercession qui ne se concrétise pas en action est une hypocrisie : comment, en effet, prier pour son prochain sans s’impliquer soi-même dans son exaucement ? Compter sur Dieu pour agir à notre place est une attitude hautement discutable si l’on pense vivre dans un univers moniste.

 

Traduction Gilles Castelnau

 

 

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